‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 199 sur 268 · LIVRE V, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE I

la maison dont il prend la suite d'affaires ; à moins qu'il n'en sache les habitudes, la clientèle et les secrets les plus cachés, il ne peut acquérir une suite d'affaires en connaissance de cause et sans s'exposer aux risques les plus graves.

En effet, il est bien rare qu'après un long exercice une maison de banque n'ait pas quelques nounis$on$^ comme disent les Anglais» c'est-à-dire des comptes qu'elle n'a pas osé fermer de peur d'ocasionner la faillite du client et d'être obligée de passer par profits et pertes quelque somme importante. Plus rarement encore une maison de banque ancienne est exempte d'engagements à long terme et difficiles à réaliser, tels que prêts sur immeubles» crédits ouverts légèrement sur garanties hypothécaires, etc. Un homme expérimenté tiendrait compte de tout cela en acquérant une suite d'affaires ; mais les hommes expérimentés ne font une telle acquisition que lorsqu'ils ont une connaissance intime de la maison à laquelle ils veulent succéder et de la localité dans laquelle ils s'établissent.

Car c'est peu de chose de posséder même à fond la théorie de la banque et d'avoir du métier une expérience suffisante, si l'on ne connaît pas les mœurs, les habitudes, les routines, les préjugés du commerce avec lequel on va faire des affaires. Cette connaissance locale est iudipensable, mais un homme intelligent l'acquiert facilement et vite.

§ 2. — Habitudes et maximes.

J'emprunte à l'écrivain déjà cité dans ce chapitre la plupart des préceptes techniques de l'art du banquier. Ou trouvera peut-être ses maximes eu peu minutieuses ; mais elles révèlent le praticien, et en appelant l'attention du lecteur sur des détails que la plupart des hommes dédaignent et négligent trop souvent, elles peuvent avoir une grande utilité.

(X Un banquier, dit M. Gilbart, doit savoir choisir ses associés et collaborateurs, de manière à compenser par leurs qualités les défauts qu'il reconnaît en lui-même. Il faut qu'il

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sache employer ses commis aux détails de ses affaires en se réservant toujours la surveillance et la direction de Tensem* ble. On a vu des directeurs de banque user leur santé par un travail matériel excessif qu'ils auraient dû laisser à leurs commis, et négliger le travail intellectuel de la direction, au grand détriment de leurs affaires.

» Un banquier '.doit savoir économiser le temps, en assignant à chacun de ceux qui travaillent sous ses ordres des fonctions bien déterminées, en leur laissant une certaine lati^ tude pour exercer leurs facultés, se former un jugement indépendant et se sentir responsables.

» Il économise encore le temps en adoptant dans ses occupations un ordre régulier. Il doit venir tous les jours à la même heure au bureau, y travailler tous les jours dans le même ordre et se retirer à la même heure. En observant cette routine, il évitera l'agitation morale et prendra des habitudes de calme, de travail et de décision qui lui permettront d'expédier beaucoup de besogne sans être jamais ahuri.

» Un banquier doit encore économiser le temps en ayant avec ses habitués et le public des communications aussi courtes que possible. Il ne doit jamais encourager la conversation sur un sujet autre que celui dont il est question, et il fera bien de recevoir son monde debout, afin qu'on reste moins longtemps à l'entretenir. Le mobilier du bureau doit être arrangé de manière que le siège destiné à l'habitué soit plutôt à côté de la porte qu'auprès du feu. Il est utile aussi que le bureau soit placé de manière à avoir une porte pour le public et une autre qui communique avec les bureaux des commis, afin de pouvoir, au besoin, vérifier à l'instant un compte, etc. Il nVst pas bon qu'un habitué qui présente des valeurs importantes à l'escompte, assiste à la délibération du banquier : il vaut donc mieux établir l'usage de la présentation préalable au bureau du principal commis^ qui vient consulter le patron et rapporte sa réponse^

» Un banquier doit prendre des moyens pour obtenir et se fappeler les renseignemeûts qu'il reçoit. Il ne doit tenir luimême aucun livre^ mais il doit toujours avoir à son bureau : 1" le livre des soldes généraux où est inscrit, semaine par

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