LIVRE V, CHAPITRE I
naissements, sur warants, s'U veut escompter du papier qui ait plus de trois mois à courir, etc., etc.
» Le grand avantage des principes généraux, c'est qu'ils économisent le temps. Lorsqu'un banquier répond à un habitué : « U est contraire aux règles et principes de la maison de faire des avances sur connaissement, » il n'y a rien à répliquer. A défaut de principes généraux, il faudrait s'expliquer, causer et courir le risque d'être surpris par un interlocuteur habile et beau parleur. Le banquier qui s'est imposé une règle, écoute patiemment, sans changer de réponse ni de résolution.
» Il est utile à un banquier d'avoir des principes généraux, et plus il acquerra d'expérience, plus il en aura; mais il n'est pas utile de les exposer et de les discuter à tout propos. En général, en cas de refus, il vaut mieux ne pas motiver. La science de la banque est si peu répandue, que les explications du banquier ne seraient pas comprises. D'ailleurs quel raisonnement pourrait prouver à celui qui a besoin d'argent, que le banquier n'a pas tort de lui en refuser?... On peut toutefois, dans certains cas particuliers, s'écarter des principes généraux, mais il est bon de ne s'en écarter ni souvent, ni sans motifs graves.
» Dans les grandes villes, il vaut mieux prendre une ou deux branches d'affaires que de se livrer à toutes les opérations de banque. C'esL ce qui se fait à Londres.
» Un banquier doit être prudent lorsqu'il ouvre un nouveau compte sur ses livres. Le nouveau client doit être présenté par quelque négociant dont il soit personnellement connu. Plus ce négociant sera considérable, plus la recommandation aura de poids. A celui qui se présenterait sans parrain, il faudrait demander de qui il se recommande, ei en même temps l'interroger sur le genre d'affaires qu'il fait, et sur le crédit dont il présume avoir besoin. U devra dire dans cet entretien de quelle espèce et de quel caractère sont les effets qu'il apporte à l'escompte, et donner tous les détails qui méritent une considération particulière. C'est une grande faute à un commerçant de fournir au banquier chez lequel il ouvre un compte des renseignements inexacts. Tout banquier craint les comptes dou-
teux qui lui font soupçonner quelque fraude ou l'emploi de valeurs suspectes, et prend facilement ombrage. En général, il serait bon de ne jamais accepter le compte de celui qui a un autre banquier ; on n'a le plus souvent deux banquiers que pour obtenir de Tun et de l'autre autant de crédit que Ton peut. Si le commerçant a quitté son banquier, il est bon de savoir pourquoi.
» C'est une mauvaise politique d'attirer à soi la clientèle des autres banquiers en ouvrant des crédits plus larges. C'est aussi le plus souvent une mauvaise politique d'avoir des clients éloignés dont on ne peut suivre les affaires...
» Un petit banquier ne doit pas avoir chez lui de gros comptes. Des banques, d'ailleurs bien administrées, ont été ruinées par un gros compte, En effet si ce compte a besoin de crédit, il absorbe les ressources du banquier et l'oblige à restreindi'e le crédit de ses autres clients ou d'avoir recours, soit au réescompte, soit à quelque autre mode d'emprunt. Le gros compte, fût-il toujours créditeur, aurait encore de grands inconvénients. Un petit banquier ne peut pas employer un dépôt considérable de manière à le retrouver en cas de besoin : et il est obligé, pour faire face aux demandes de remboursement, d'augmenter son encaisse beaucoup plus que ne l'augmenterait un gros banquier. Ainsi 100,000 L déposées dans une maison qui a â millions de dépôts, ne donnent pas lieu à une augmentation d'encaisse. Mais si cette somme est placée chez un banquier dont les dépôts ne s'élevaient auparavant qu'à 300,000 t., ce banquier doit élever son encaisse. On a vu de petites banques fort incommodées par le remboursement de sommes considérables qui avaient été déposées chez elles par des compagnies de chemins de fer.
» On peut diviser en cinq classes les effets présentés à l'escompte : — 1° Lettres tirées par les manufacturiers sur les marchands en gros ; — 2° Lettres des marchands en gros sur les marchands au détail; — 3*" Lettres du marchand au détail sur le consommateur ; — 4° Effets dont l'origine n'est point commerciale, mais dont la valeur est réelle, tels qu'assignations sur rentes et baux, sur débiteurs par contrats, etc. ; — 8° Cerfs volants ou effets de complaisance.