‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 204 sur 268 · LIVRE V, CHAPITRE I. 4Î · texte numérisé non relu

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rentes ou autres valeurs sûres sont les meilleurs placements en pareil cas.

» Bientôt les affaires prennent un aspect menaçant; il faut alors refuser l'escompte aux effets inférieurs et tenir ses capitaux réalisables. Pour obtenir ce résultat, il convient de parcourir plus attentivement que jamais les livres, de rappeler les avances, de veiller à ce que les comptes courants soient bien couverts, de réduire les escomptes et d'éloigner les comptes inférieurs. Tout ceci doit être fait avec discrétion et jugement, de manière à faire porter les réductions sur les effets douteux ou qui n'appartiennent point à la clientèle ordinaire. Il faut aussi surveiller avec soin les comptes dont le solde créditeur n'est pas proportionné aux escomptes obtenus.

» Lorsque la crise arrive, les fonds sont demandés de trois côtés : 1" les ayants-compte réduisent leurs soldes créditeurs ; les dépôts sont retirés, parce qu'alors les capitalistes peuvent trouver ailleurs un intérêt plus élevé ou sont tentés par le bas prix des rentes ; 2** les demandes d'escomptes et d'avances augmentent, et elles viennent non-seulement de la petite clientèle dont le banquier peut ne pas se soucier, mais aussi de négociants riches qu'il a intérêt à obliger et qu'il désire obliger; 3° lui-même jugera qu'il est prudent de garder un encaisse plus fort pour subvenir aux demandes. Il faut donc que le banquier réalise sa réserve en commençant par les valeurs sur lesqueUes il n'a pas de perte à subir.

» S'il a placé des fonds exigibles à volonté chez un escompteur, il les rappellera; s'il a prêté à la Bourse à courte échéance, il ne renouvellera point ses prêts; s'il a pris du papier d'escompteur, il le réalisera à échéance et n'escomptera plus. Si ces réalisations ne suffisent pas, qu'il vende ses rentes ou ses billets de l'échiquier ou qu'il les mette en gage. Le banquier de province qui a placé sa réserve en effets de commerce sera heureux alors de les réescompter, et plus heureux s'il peut les réescompter à des conditions qui ne soient pas trop dures.

» Loi^sque la crise a commencé, il ne faut plus songer ni à réduire les avances nia suspendre les escomptes. Il vaut mieux élever le taux de l'intérêt. Toute demande d'argent serait inu-

tîle et ferait croire que le banquier est court de fonds. La crise toutefois est un bon prétexte pour exiger des remboursements ou pour refuser des crédits à ceux auxquels on ne yeut pas prêter du tout.

» En temps de crise, un banquier est obligé de refuser souvent et il doit apporter beaucoup de discrétion dans la forme de ses refus. Mais quelque polie que soit cette forme, il offensera. L'offensé se plaindra peut-être et répandra dans le public que le banquier est gêné, peut-être même que le banquier est sur le point de suspendre. C'est là la cause des bruits de faillite qui courent dans ces moments et qui, détruisant la confiance, augmentent la gêne.

» En temps de crise, on offrira plusieurs fois au banquier de porter chez lui un compte à condition qu'il fera certaines avances.

» Il doit examiner avec précaution une telle offre. Il est bien possible que tel négociant, dont le compte est important et bon, veuille quitter son banquier, parce que celui-ci n*est pas en mesure de suffire à ses besoins. Mais il est possible aussi que des marchands de peu d'importance prennent le prétexte de la rareté de l'argent pour demander un crédit que leur banquier n'a pas pu, disent-ils, leur accorder, et qu'en fait il n'a pas voulu leur accorder. C'est au banquier auquel ils s'adressent à voir et à réfléchir. En acceptant et en refusant cette offre, il court la chance de se tromper, mais s'il commet une erreur, il vaut mieux que ce soit par excès de prudence.

» Il y a peu de sagesse à vouloir attirer à soi la clientèle des autres banquiers, en temps de crise, par des offres de crédit. Le meilleur moyen d'acquérir de nouveaux clients, c'est de bien traiter ceux que l'on a. Il vaut mieux employer ses capitaux à soutenir de vieux amis qu'à en acquérir de nouveaux. Si vous en avez assez pour suffire aux deux emplois, c'est fort bien! Encore faut-il ne prendre qu'avec prudence de nouveaux comptes, surtout s'il est nécessaire de faire les premières ouvertures. En temps de crise, le banquier verra venir quelquesuns de ses clients les plus riches qui, dans les temps ordinaires, négocient leur papier à l'escompteur chez lequel ils trouvaient des conditions plus douces. Si le banquier est

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obligé de réduire ses affaires dans la crise, il doit commencer par les clients de cette espèce. Mais s'il a des fonds et si le négociant est riche, le banquier acceptera le papier présenté et se contentera de percevoir un intérêt élevé en rappelant doucement au client ses anciennes infidélités. Les exhortations au bien font toujours plus d'effet lorsqu'elles viennent dans les temps d'affliction.

»... En temps de crise, les ayants-compte auxquels le banquier bonifie un intérêt demanderont un intérêt plus élevé, ce qui est juste; mais il faut avoir soin, en faisant droit à cette demande, d'engager le capitaliste pour un temps déterminé. Autrement il ne tarderait pas à retirer ses fonds ou à exiger un taux d'intérêt que le banquier ne peut pas accepter sans imprudence. Le banquier qui consentirait, en temps de panique, à payer un taux d'intérêt élevé, inspirerait des doutes sur sa solv6d)ilité, ce qui ferait retirer de chez lui plus de capitalistes que l'intérêt bonifié aux capitaux déposés n'y en retiendrait.

»... Autant qu'on peut juger de l'avenir par l'expérience du passé, toute crise ou panique est suivie d'un reflux de capitaux. Le banquier aurait un grand intérêt à savoir à quel point précis changera le courant des affaires. Mais il ne peut pas le savoir et il vaut mieux suivre au jour le jour les événements que de s'engager dans des spéculations sur ce sujet. Toutefois, dès que le changement se dessine, le banquier fera sagement de placer tous ses fonds disponibles sur les valeurs réalisables dont il est probable que le prix ne tardera pas à s'élever, telles que billets de l'échiquier et rentes. Il sera libéral dans ses avances et réduira l'intérêt bonifié aux capitalistes. Qu'il soit prudent toutefois dans ses escomptes, car, bien que l'argent reparaisse, le commerce ne se relève qu'avec lenteur, et le contre-coup de la panique occasionne souvent des faillites : il convient donc de n'escompter en un tel temps que du papier de toute sûreté.

» Observons en finissant que, dans les temps de crise, le banquier doit plus que jamais prendre soin de sa santé et observer son régime, se tenir en garde contre l'humeur noire et les sombres pressentiments. Qu'il s'efforce de conserver son

jugement calme, et en se préparant à tout, qu'il n'aille pas augmenter le mal en annonçant de plus grands malheurs. S'il se laisse abattre, il aura moins de force pour lutter contre les difficultés de sa position. Il refusera crédit, par exemple, à ses meilleurs clients, réalisera ses réserves à tout prix et en toute hâte pour fortifier outre mesure son encaisse. Cette façon d'agir aggrave la crise ; d'ailleurs la peur est contagieuse : un banquier triste effraye ceux auxquels il parle et augmente lui-même la panique. »

§ 3. — Administration intérieure.

Ici, plus que jamais, nous devons laisser la parole au praticien, voici quels sont ses préceptes :

Arrangements intérieurs. — « Il importe qu'une banque soit placée dans un des quartiers les plus beaux et les plus riches de la ville, et que la maison elle-même ait un bel aspect. Il ne faut pas même regarder de trop près aux dépenses d'établissement matériel, parce qu'elles sont une condition de succès. Il faut que le logement du banquier soit entièrement séparé des bureaux et ne communique avec eux, s'il est possible, que par une porte dont le banquier ait seul la clef, de manière à ne pas mettre sous les yeux du public la cuisine, le salon, les enfants et les nourrices.

» Le bureau, isolé du logement personnel du banquier, doit être spacieux, bien éclairé, bien aéré.

» Il doit être assez spacieux pour que les commis puissent travailler à l'aise. Il faut que le comptable ait la facilité de tenir plusieurs livres ouverts en même temps, parce qu'alors il travaille plus vite ; que les caissiers puissent se mouvoir à l'aise et qu'il y ait aussi de l'espace pour le public, car lorsqu'on est gêné on compte mal les espèces, et toute erreur commise prend beaucoup de temps aux caissiers par suite des explications avec le public auxquelles elle donne lieu. D'ailleurs l'espace est nécessaire à la santé des commis, auxquels il procure plus d'air respirable. On n'en a jamais trop dans un bureau où plusieurs personnes travaillent ensemble toute la journée et à la clarté des lampes.

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» Le bureau doit être bien éclairé. Tout banquier sait que Ton commet moins d'erreurs dans les écritures de toute sorte en été qu'en hiver. Pour lire de mauvaises écritures, des signatures presque illisibles, pour reconnaître celles qui seraient fausses, il faut de la lumière. Si une portion du local est mal éclairée, il vaut mieux TafFecter au public qu'aux employés de la banque. Ceux-ci ont toujours besoin de lumière, ne fût-ce que pour se préserver de la tristesse et de Thumeur noire sous l'empire de laquelle on travaille peu et mal.

» On a écrit des volumes sur l'impureté de l'atmosphère des villes et sur la salubrité de l'air des champs. Si l'atmosphère des villes est impure, quel sera l'air d'un bureau dans lequel plusieurs personnes sont entassées, où brûlent des becs de gaz, et où l'entrée et la sortie d'un grand nombre de personnes soulèvent incessamment la poussière ?... Le banquier qui néglige de faire aérer convenablement ses bureaux se verra souvent privé du travail de ses commis retenus chez eux par la -maladie. »

Choix des commis. — a Dans le choix des employés, il faut considérer d'abord l'âge de celui qui se présente. A Londres, on prend ordinairement des jeunes gens de dix-neuf ans : ils sont employés d'abord aux recouvrements, et, par conséquent, il faut qu'ils soient assez forts pour se défendre en cas d'attaque... En Ecosse, on prend des commis plus jeunes, mais leur emploi est différent.

» n faut considérer ensuite à quelle classe de la société appartient le candidat. En général, ceux qui se présentent sortent des familles du commerce moyen, ou de familles de pasteurs, d'officiers, de fonctionnaires. Pendant la dernière guerre, les commis de banque sortaient presque tous du commerce, parce que les gentlemen obtenaient facilement des fonctions publiques; maintenant que ces fonctions sont d'un accès plus difficile, ils entrent volontiers chez le banquier. Chaque classe a ses avantages : les fils de famille ont, en général, une meilleure éducation littéraire et des manières plus polies, mais ils n'ont aucune idée des affaires et des habitudes d'affaires. Accoutumés à aller à la chajsse et à la pèche avec les héritiers des familles riches, ils considèrent le travail de

banque comme une corvée à laquelle ils se soumettent par nécessité, mais bien peu digne de la destinée à laquelle ils se croient appelés. Les fils de marchands, au contraire, habitués aux affiaires, par les entretiens du foyer paternel, et sachant qu'ils doiventgagner leur vie, considèrent leur admission dans une banque comme un événement heureux et remplissent leurs fonctions de tout cœur.

» n convient encore de rechercher d'où vient le candidat qui se présente et s'il a déjà été employé. Ceux qui sortent de l'école ne sont encore propres à rien et doivent être pris trois ou six mois à l'essai. Ceux qui ont passé deux ou trois ans chez un marchand sont les meilleurs. Ce n'est pas une recommandation d'avoir été clerc d'avoué ou commis de courtier. Ceux qui viennent des banques de la campagne et spécialement des banques d'Ecosse, sont considérérés comme lents pour le travail de Londres.

» Il faut s'informer de la famille du candidat. Bien que ni l'honneur ni la probité ne se transmettent avec le sang, il est probable que des parents vertueux et religieux ont donné à leurs enfants une éducation vertueuse et religieuse, et on doit penser que le jeune homme habitué aux exemples de probité dans sa famille les reproduira dans sa vie. Une grande force morale est nécessaire pour remplir des emplois de confiance qui comportent une grande responsabilité, et cette force suppose des facultés intellectuelles d'un ordre élevé. »

Distribution du travail. — « La distribution du travail entre les commis est un objet important, mais l'expérience est le meilleur guide que l'on puisse consulter pour les arrangements de ce genre. On peut cependant formuler à ce sujet quelques principes généraux. Dans la distribution du travail, il convient de placer les employés de la comptabilité de manière à ce qu'ils contrôlent le travail des autres divisions. Il importe surtout de séparer la comptabilité proprement dite de la caisse, car si le même employé tenait la caisse et faisait la comptabilité, il lui serait facile, en cas d'erreur volontaire, de faire accorder les livres avec l'état de la caisse. Dans les grandes maisons, lorsqu'un livre sert de contrôle à un autre livre, il ne faut pas, autant que possible, les faire tenir par le même em-

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