LIVRE VI, GHiiPlTRE II
Ton a péniblemeDt introduit dans la banque, il y a quelques cinquante ans, la méthode dite nouvelle, que Ton appelle aussi quelquefois rétrograde ou indirecte et qui est actuellement la plus employée. En réalité, elle n'est pas plus indirecte que la méthode ancienne : celle-ci procède par l'addition, au compte, des intérêts produits par chaque article du jour de son entrée à un jour déterminé, pris dans l'avenir. La méthode nouvelle procède par soustraction des intérêts que devrait chaque effet pour être ramené par l'escompte à une échéance prise à un jour passé, qui est généralement celui de l'ouverture du compte : elle consiste à prendre pour point de départ un jour antérieur à la plus ancienne échéance comprise dans le compte, ou le jour même de cette échéance, à déduire de chaque article compris dans le compte, tant au crédit qu'au débit, les intérêts nécessaires pour le porter en valeur au jour fixé comme point de départ, puis à relever la balance des capitaux et à en porter en compte l'intérêt depuis le premier jour jusqu'à celui où l'on règle le compte.
Un exemple fera comprendre la simplicité de cette méthode. Soit un compte courant composé de deux articles : l'un au débit, l'autre au crédit, le premier de 1,000 fr., le second de 1 ,800 fr. , entrés l'un et l'autre le 8 juillet et portant également intérêt à 6 p. Vo« Si Ton voulait régler le compte au 31 juillet, il suffirait de faire la balance des capitaux qui est 800 fr., d'en calculer l'intérêt du 8 au 31 juillet, soit 2 fr. 16 c, de rinscrire au crédit du compte que l'on solderait ensuite par 802 fr. 16 c. Le résultat serait le même si, conformément à l'ancienne méthode, on calculait l'intérêt de 1,000 fr., d'une part, de 1,800 fr., de l'autre, et si l'on en relevait ensuite la différence pour Tinscrire seule au crédit du compte. On aurait encore le même résultat si, prenant pour point de départ le 1" juillet ou tout autre jour antérieur, on escomptait à ce jour l'un et l'autre article, c'est-à-dire si on en déduisait l'intérêt courant entre le 1" juillet et le jour de l'échéance, et si, ensuite, on prenait l'intérêt de la balance. On sait qu'en comptabilité, porter une somme au débit équivaut à la retrancher du débit, et réciproquement. Ainsi, dans notre exemple, si l'on voulait faire partir le compte du 1*' juillet, on aurait
en nombres, au débit, 1,000 X 8 = 5,000, et au crédit 1,500 X 8 = 7,500. En inscrivant à la colonne des nombres 5,000 au trèdit et 7,500 au débit, on aurait ramené les deux articles, valeur au 1" juillet : on obtiendrait sans )?eiûe lé compte défiiûitif eh relevant le nombre destiné à donner l'intérêt de la balance depuis le l*' juillet jusqu^au jour, cjuel qu'il pût être, du rèjglemeût du compte, en ajoutant ce noiiïhre à la colonne des no^wbrei à iretrâhcher dU crédit de celui qui doit la balance. Par l'ânclietiné méthode, on aurait, dabiS ïlotre exemple, au débit, 1,000 Xâ8 = 26,000; au crédit, 1,500X26 = 39,000; solde des deux nombres, 13,000, représentant l'intérêt en faveur du crédit. Par là nouvelle inéthode, on ramène les deux articles, valeur au V* juillet, te qui donne au débit, 1,000 x 5 = 5,000, à porter à la colonhie des noVnbHs du crédit et au crédit, l,bOO X 5=±='Î,5Ô0 à porter à la colonne des nombres du débit ; puis on solde les capitaux et on prend l'Intérêt de ce solde, soit 500 fr. du l** au 31 juillet, 31 jours, en nombres, 800 X 31 = 15,500. Si l'on porte ce nomhre avec les 5,000 de la colonne du crédit et que l'on balance. Ton a 5,000 -f- 15,500 — 7,800 =i:i 3,000, balance déjà trouvée par Tancieniie méthode, et qu'on aiirait obtenue directement en balançant les capitaux au 5 juillet, et en cherchant le nombre du solde de 500 fr.: on aurait eu, en effet, 500 X 26=13,000, nombre sur lequel on calcule l'intérêt.
Les thèmes raisonnements s'appliquent avec une extrême facilité aux comptes courants composés généralement d'articles à échéances diverses. Modifions un peu notre hypothèse : supposons qu'au lieu de se composer de deux articles ayant la même échéance, le 5 juillet, les deux articles aient une échéance différente, le premier, de 1,000 fr. au débit, valeur au 5 juillet, et le second, de 1 ,500 fr. au crédit, valeur au 20 juillet, il s'agit de régler le compte au 31 juillet; nous prenons le 8 de ce mois pourpoint de départ et nous disons :
c( Si les deux capitaux étaient valeur au 8, il suffirait de prendre la balance, soit fr. 500, d'en calculer l'intérêt à6p//p jusqu'au 31 juillet, de porter cet intérêt au crédit et de solder le cfotiipte. Pour procéder ainsi, que faut-il faire? Tout simplement raUiené'r à l'échéance du 5 juillet l'article qui échoit
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au 20, ce qui est facile, en en retranchant l'intérêt qu'il n'a pas porté, du 5 au 20 juillet. » On cherche le nombre, en multipliant le capital par le chiffre des jours écoulés, du 5 aU 20, et on a : 1,500x15 = 22,500; puis, on calfcule l'intérêt à 6 p. Vo et l'on trouve fr. 3.76 que l'on peut, soit retranchée de la somme de fr. 1,500, soit, ce qui revient exactemièttt au même, ajouter au capital du débit, qui, dans notre exemple, est fr. 1,000. Ensuite, on solde le compte comme si les dfeUx capitaux avaient eu la même échéance, ainsi que nous l'avions indiqué plus haut.
La multiplicité des articles et des échéances, tant au crédit qu'au débit, n'altère en rien cette méthode, qui consiste à ramener, p«u* l'escompte, tous les capitaux à l'échéance adoptée pour point de départ. Seulement, dans la pratique et pour abréger, au lieu d'escompter séparément chaque saticle, tant au débit qu'au crédit, on relève le nombre que donne son échéance et on l'inscrit sur la même ligne, dans une colonne à ce destinée ; puis, lorsqu'on veut régler le compte, on additionne ensemble les nombres de la colonne du débit, d'une part, et^ de l'autre, ceux de la colonne du crédit, et on en relève la balance qui, seule, est nécessaire au règlement du compte et sur laquelle, seule, on calcule les intérêts.
Les nombres de la colonne du débit correspondent aux intérêts à déduire des capitaux du débit pour les ramener à l'échéance commune : les nombres de la colonne du crédit correspondent également aux intérêts qu'il faut déduire des capitaux du crédit pour les ramener à l'échéance commune. Au lieu de faire la soustraction de part et d'autre, on peut porter les intérêts résultant des nombres du débit à la colonne du crédit, et les intérêts résultant des nombres du crédit à la colonne du débit, et comme, pour abréger, on relève la balance des nombres, il suffit de porter l'intérêt qui ressort de cette balance à la colonne du débit, si la balance est en faveur des nombres inscrits au crédit et à la colonne du crédit, si elle est en faveur des nombres inscrits au débit. Il suffit ensuite de relever la balance des capitaux, d'en calculer l'intérêt, du jour de l'échéance à laquelle tous les articles ont été ramenés au jour du règlement de compte et d'ajouter cet inté-
rét au profit de celui qui se trouve créditeur de la balance. Nous allons prendre pour exemple le compte que nous avons déjà dressé par Tancienne méthode et qui se trouve au tableau Ë ci-après, établi selon la nouvelle. On remarquera tout d'abord que la réglure des livres ebt la même dans l'une et dans Tautre : les dates d'entrée, les sommes, le détail des bordereaux, les lieux de recouvrement, les changes, les échéances, les jours d'intérêt à calculer, et enfin les twmbres^ se placent dans le même ordre. La seule différence consiste en ce que l'on calcule les intérêts sur les jours écoulés entre un jour, qui est ordinairement celui de l'ouverture du compte, et celui de l'échéance.
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