‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 243 sur 268 · LIVRE VI, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VI, CHAPITRE II

obtient par une seule soustraction le montant de chaque balance. En outre, si le taux de Tintérét convenu vient à changer par des conventions nouvelles, il suffit, lorsqu'on relève directement les intérêts, d'annoter ce changement à sa date et d'établir en conséquence tous les calculs postérieurs. Ni la tenue, ni l'aspect du compte ne sont altérés.

Aux nombreux avantages que nous avons énumérés, cette méthode en présente un qui est peut-être supérieur à tous les autres : elle ne permet ni retard ni négligence, et oblige le banquier à liquider complètement chaque opération au moment même où il la fait, où elle est bien présente à son esprit, et à ne jamais renvoyer à l'avenir le travail qui appartient au présent.

Les conventions et conditions sur lesquelles sont établies les divers comptes courants de banque sont variées et varient nécessairement chaque jour, et avec elles bien souvent la manière de tenir les comptes. Il n'y a et ne peut avoir en cette matière nulle uniformité, et nul ne saurait avoir la prétention de donner des règles et méthodes fixes et inflexibles. Toutefois la méthode par soldes, outre que c'est celle qui emploie le moins de fictions et qui est la plus vraie, offre un avantage important, c'est de permettre aux comptables de faire leur travail au jour le jour et de l'inscrire en résultats définitifs, comme aussi de le retarder, si les circonstances l'exigent, en même temps qu'elle se prête avec une extrême facilité à tous les changements qui peuvent survenir dans les conditions du compte courant. C'est à la fois la seule méthode qui présente à tout instant à l'œil, sans écritures spéciales, la balance de chaque compte que le banquier est obligé de rechercher à tout instant. Elle est incontestablement préférable dans tous les comptes où l'intérêt ne court pas au même taux au crédit et au débit; mais dans les comptes où le taux d'intérêt est le même de part et d'autre, la méthode dite indirecte ou rétrograde, est plus simple et emploie des procédés plus uniformes.

Dans les maisons d'escompte et de recouvrement où les détails abondent, il y aurait avantage à escompter effectivement les remises au jour d'entrée, à en déduire les commissions, courtages, etc., et à ne porter que le net au compte courant.

Alors la méthode par soldes serait préférable en tout cas, parce qu'elle serait dégagée de toute difficulté. Voici comment procèdent les maisons qui ont adopté ce système. A la ligne d'entrée de chaque bordereau, on inscrit, pour faciliter les recherches, le folio de la main-courante où il se trouve nécessairement inscrit. Afin de rendre les recherches plus rares et moins nécessaires, on remet à Tayant-compte un livret sur lequel on inscrit à chaque remise tous les calculs de mise au net du bordereau; de telle sorte que l'ayant-compte auquel on remet le livret le lendemain ou le surlendemain puisse examiner et vérifier le travail. En ce cas, les recherches ne sont nécessaires qu'en cas de contestation ; et alors Payantcompte produit son livret ou si, par exception, il l'a perdu, on recherche à la main courante tous les détails du compte dont le relevé trimestriel, semestriel ou annuel ne donne que la copie du livre, c'est-à-dire les résultats généraux sans détails.

Cette manière de tenir les comptes courants sur place est bien préférable à celle qui est le plus généralement pratiquée chez nous. En premier lieu, elle donne moins d'écritures. En effet, le détail des bordereaux se trouve dans l'un et l'autre système à la main courante : chez nous, on le recopie sur des feuilles volantes, délivrées à l'ayaut-compte, ce qui équivaut exactement au travail de tenue du livret. Mais chez nous on reproduit au livre des comptes courants tout le détail des comptes, et on le recopie à chaque règlement pour le communiquer à l'ayant-compte, tandis que, dans l'autre système, on n'inscrit et on ne relève que le net, abrégeant ainsi ces écritures énormes qui accablent les commis des banques d'escompte et de recouvrement à la fin des trimestres ou des semestres.

Pour les ayants-comptes du dehors, qui sont généralement ou des banquiers ou des négociants éclairés, la correspondance remplace le livret ; et tout le détail des bordereaux se trouve tion-seulement à la main-courante, mais encore au livre de décalque de la correspondance.

D'autres maisons ont d'autres usages et d'autres convenances dans l'examen desquelles il serait inutile d'entrer, ainsi que dans le détail des conditions très^variées de l'éta-

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blissement des divers comptes courants. On convient, par exemple, que les effets inférieurs à un chiffre donné seront passibles des mêmes escomptes, changes et commissions que s'ils s'élevaieiat à ce chiffre ; que les effets ayant plus d'un certain nombre de jours à courir seront passibles d'une commission extraordinaire, etc.; que le solde débiteur du compte sera passible de tel intérêt jusqu'à tel chiffre et d'un intérêt supérieur, s'il s'élève plus haut. Ici il suffit de constater les méthodes généralement employées et les usages les plus communs.

On comprend quelquefois dans les comptes courants les effets tirés ou endossés valeur en recouvrement dont la propriété n'est pas acquise au banquier et dont la remise ne constitue, au profit du cédant, aucun droit de disposer du montant de ces effets. Il y a dans cette manière de tenir les écritures une confusion de droit et de fait, qui peut donner lieu à des difficultés regrettables. On évite sans peine cette confusion, en même temps qu'on établit une comptabilité plus correcte en ouvrant au cédant de valeurs en recouvrement deux comptes distincts, l'un intitulé : « X. Son compte de recouvrement » crédité des effets remis et débité des sommes encaissées, lorsque ces effets sont payés ; l'autre intitulé : « X. Son compte d'espèces » ou simplement « X. » crédité des sommes entrées soit par suite de recouvrement d'effets, soit à tout autre titre. C'est là le compte courant proprement dit et c'est le Seul, puisque le compte de recouvrement ne peut jamais donner lieu à la perception d'aucun intérêt, soit pour, soit contre l'ayant-compte.

On peut appliquer avec avantage le même système d'écritures aux comptes courants un peu indéterminés de quelques maisons de province qui reçoivent en compte les effets remis sans les escompter formellement. Tous les effets seraient, à leur entrée, passés à un compte de recouvrement du cédant, puis, à mesure que le cédant prendrait des fonds, les effets seraient escomptés et leur produit passé au débit du compte de recouvrement et au crédit du compte courant, devrait maintenir ce dernier toujours créditeur. Mais il est évident que ces (comptes à conditions indéterminées ou mal déterminées sont

une cause coustaate de difficultés et de danger : il convient de les éviter le plus possible, de manière à ce que tout effet soit, le jour même de sa remise, escompté ou mis en recouvrement, c'est-à-dire acquis au banquier ou mis en dépôt entre ses mains.

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