‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 25 sur 268 · LIVRE I, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IX

jamais Tintérêt ne tomba, en France, aussi bas qu'à cette époque ; et ce qui est ordinairement le signe d'une grande prospérité, devint alors le signe d'une grande détresse. »

C'est à l'abondance des emplois utiles que trouvent les capitaux aux États-Unis que l'on doit attribuer le taux élevé de l'intérêt dans ce pays. Ce phénomène économique a aussi une autre cause : les entrepreneurs y sont nombreux et pauvres relativement à la grandeur de leurs entreprises. En Angleterre, les emplois utiles et les entrepreneurs sont moins nombreux et ceux-ci sont riches, ce qui maintient le prix courant de l'intérêt à un taux habituellement assez bas.

On voit, par les considérations qui précèdent, qu'à la demande comme à l'offre, le marché du crédit règle ses mouvements sur l'état de la distribution des richesses au moins autant que sur celui de la production.

On voit aussi que le taux de l'intérêt ne doit pas être considéré comme la mesure, et en quelque sorte, le thermomètre de la prospérité publique, puisqu'il peut être fort élevé dans un pays où le travail est actif et bien rétribué, comme dans un pays où le travail est nul ; qu'il peut être fort bas dans une société qui se ruine comme dans une société qui s'enrichit. C'est que la même cause produit souvent sur le taux de l'intérêt un eflet double et opposé. Ainsi, les progrès de l'instruction industrieDe dans un pays tendent à élever le taux de l'intérêt, en ouvrant, directement et par des débouchés, des emplois qui n'existaient pas pour les capitaux, en créant des entrepreneurs; ces mêmes progrès tendent, d'un autre côté, à réduire le taux de l'intérêt, puisqu'ils créent des capitaux et fondent des fortunes en même temps qu'ils propagent l'usage des procédés de banque par lesquels on amène sur le marché des capitaux auparavant oisifs.

11 y a quelque chose de plus important pour un pays que le chiffre du taux de l'intérêt, c'est l'uniformité de ce taux dans l'espace et dans le temps. Non pas qu'il soit possible d'arriver à un taux et à des conditions de crédit fixes et uniformes ; mais plus on s'en rapproche, plus on se rapproche de la perfection. Lorsque tout capitaliste sait à qui prêter et tout entrepreneur d'industrie à qui emprunter, lorsqu'il

existe en quelque sorte un marché public du crédit, le taux de rintérét varie moins que dans un état de choses différent : il y a un prix courant. Au contraire, lorsque Tentrepreneur a de la peine à trouver des fonds, et que le capitaliste a de la peine à trouver un emprunteur convenable, Finégalité du taux de rintérét est extrême^ dans le même lieu et à conditions égales. Le commerce de spéculation qui, tantftt emploie des sommes considérables de capitaux et tantôt les laisse disponibles, fait bien plus varier le taux de Tintérét que le commerce régulier qui emploie toujours à peu près la même somme de capitaux.

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