LIVRE II, CHAPITRE IV
par exemple, a mille drachmes à payer à Irénée, et ils ont, Tun et l'autre, des fonds déposés chez Socles. Au lieu de prendre les mille drachmes dans la caisse de Socles, pour les remettre à son créancier, Cléon, d'accord avec celui-ci, donne ordre au dépositaire commun de passer les mille drachmes de son crédit à celui d'Irénée. L'opération faite, Wnée a mille drachmes de plus et Cléon mille drachmes de moins en dépôt chez Socles, et la créance qui existait entre les deux déposants a été éteinte par des écritures, sans aucun mouvement maté* riel de fonds. C'est cette opération que l'on nomme virement. Les virements sont le premier moyen employé pour économiser l'usage du numéraire, et des établissements importants ont été fondés autrefois pour faire presque exclusivement cette opération. Les banques de Venise, de Gênes, d'Amsterdam, de Hambourg n'eurent pas, à l'origine, une autre destination- Ces banques, établies sans capital propre, recevaient les dépôts d'espèces ou de lingots que faisaient dans leurs caisses les négociants, et transféraient, suivant les dispositions qui leur étaient notifiées, les crédits d'un compte à l'autre par des écritures, sans déplacement d'or et d'argent. Les dépositaires pouvaient retirer leurs fonds de la banque, mais ils y avaient rarement intérêt, et les entrées égalaient au moins les sorties.
Les négociants retiraient plusieurs avantages de l'emploi des banques de virement. Le plus apprécié était celui qui résultait du titre uniforme de la monnaie de banque à une époque où les monnaies courantes étaient très-nombreuses, très-différentes les unes des autres et très-fréquemment altérées, particulièrement dans les villes dont le territoire était peu étendu. En effet, les banques de virement adoptaient pour type uniforme une pièce de monnaie neuve ou une quantité déterminée d'or ou d'argent et n'en changeaient plus : tous les dépôts effectués en lingots ou en monnaie courante étaient évalués d'après ce type, et c'est pourquoi la monnaie de banque, tout idéale au bout d'un certain temps, et qui n'avait cours nulle part en matière, avait un prix supérieur à celui de la monnaie courante. La différence de valeur des deux monnaies constituait l'agio de banque qui, joint à un droit de commission très-léger, servait à payer les frais d'administration. Il y avait
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en réalité trois espèces d^opérations dans ces banques : l"" Change de monnaies; 2** Acceptation de dépôt; 3"* Virements de compte.
Bientôt on s'aperçut que le fonds des dépôts variait peu et qu'il serait avantageux de lui faire produire un intérêt ou du moins de le faire travailler. Ainsi la banque de Venise avait prêté le sien au gouvernement : celle d'Amsterdam, après avoir inviolablement conservé les dépôts pendant longtemps, consentit à des États provinciaux des avances considérables : celle de Hambourg faisait diverses opérations de caisse pour la ville et notamment des achats de grains. Les banques de virement devinrent des caisses publiques établies par les négociants qui ne croyaient pas payer trop cher par la perte de l'intérêt des fonds déposés les avantages que leur procuraient les virements. L'engagement et même la quasi-aliénation du fonds de dépôt ne les inquiétaient guère, parce que chacun restait maître de son crédit en banque et était libre de le retirer, s'il en avait besoin.
Les crédits en banque étaient bien connus de l'antiquité. Un plaidoyer d'Isocrate contre Pasion a justement pour objet un crédit de ce genre. Les plaidoyers de Démos thène dans les procès auxquels donna lieu la succession de ce même banquier Pasion, nous montrent de même l'existence d'une banque importante sans capital propre. Pasion, en mourant, laisse un testament par lequel il lègue sa femme à son com* mis principal, Phormion, institué par le même acte tuteur de son second fils et reconnu fermier de la banque pour huit ans au prix annuel de 100 mines. Le filsatné, ApoUodore, accepte d'abord un partage fondé sur ce testament, puis il réclame, attaque le testament et on se rend en justice, a Voici , dit Démosthène, plaidant pour le fermier, voici le contrat par lequel Pasion a loué à mon client, alors employé près de lui, sa banque et sa fabrique de boucliers : vous y verrez comment Pasion devait les onze talents à la banque. Il n'avait point emprunté cette somme par besoin, mais pour la faire travailler. Son avoir en terres s'élevait à vingt talents environ, et il avait, en créances sur divers, plus de cinquante talents. De cette dernière somme, onze talents avaient éU\ pris sur les dépôts et prêtés à intérêt. Lorsque mon client prit la suite