ARBITRAGES
Les villes, les États, comme les particuliers, compensent leurs dettes et leurs créances plus volontiers par des écritures que par des payements effectifs d'espèces ; et les banquiers, par lesquels s'opèrent la plupart des compensations entre particuliers, effectuent aussi le plus souvent les compensations de dettes et de créances entre les diverses places de commerce. Les effets qu'ils reçoivent en recouvrement constituent en leurs mains un dépôt dont ils doivent compte à leur commettant, mais par lequel ils deviennent propriétaires, vis-àvis des tiers, des remises qui leur ont été faites, lesquelles se confondent dans leur portefeuille avec les effets qu'ils acquièrent par l'escompte ou autrement. Les banquiers disposent de ces remises librement et sans contrôle dans les relations qui s'établissent entre eux.
Si nous reprenons la supposition que le papier sur Paris perd 1 p, Vo à Lyon, ou que celui sur Lyon gagne i p. 7o à Paris ; si en même temps, sur la place de Milan, le papier sur
Paris gagne 1 p. Vo> tandis que celui sur Lyon y perd une différence égale, la compensation est facile. Charies, banquier à Paris, remet à Borromeo, de Milan, des valeurs sur cette Tille, ou l'autorise à tirer sur lui pour une somme de 500,000 fr., qu'il lui demande en papier ou en crédit sur Lyon. Borromeo exécute l'ordre, et Charles peut couvrir à très-peu de frais le compte de son correspondant de Lyon. Le résultat de l'opération est la compensation d'une créance de 800,000 fr. de Paris sur Milan, contre une créance d'égale somme de Milan sur Lyon, sans aucun mouvement de numéraire et avec une grande promptitude.
Il est évident que ce service, effectué et garanti par les banquiers, ne peut être gratuit. Il est payé au moyen d'une commission proportionnelle sur chaque mouvement de valeurs, et ces commissions se trouvent supportées, en définitive, par la place au profit de laquelle la compensation a eu lieu.
Nous avons supposé que le cours du change du papier sur Paris à Milan compensait exactement en cette ville celui du papier sur Lyon. Ce cas est fort rare : il y a presque toujours du plus ou du moins, c'est-à-dire matière à gain ou à perte, à spéculation dans l'un et l'autre cas.
Aussi s'est-il établi sur les changes un trafic pareil à celui des marchandises et qui consiste à acheter les effets de commerce qui sont dépréciés sur certaines places pour les revendre sur d'autres places, oîi ils sont recherchés. Le banquier, qui se livre spécialement à ce genre d'opération, fait ce qu'on appelle des arbitrages, en choisissant le papier qu'il veut acheter et celui qu'il veut vendre et en échangeant l'un contre l'autre. On peut ajuste titre le considérer comme un entrepreneur de transport de capitaux monnayés d'un lieu à un autre, ou plutôt comme un comptable occupé par profession à niveler, au prix le plus avantageux, par des compensations, les comptes que les diverses places de commerce entretiennent les unes avec les autres.
Un certain nombre de négociants, à Paris et à Londres, se livrent, pour les besoins de leurs payements et de leurs recouvrements, à des opérations d'arbitrage, concurremment avec les banquiers dits cambistes qui s'occupent spécialement de ce