‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 58 sur 268 · LIVRE H, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE H, CHAPITRE VIII

genre d'affaires, de telle sorte qu'il y a un véritable marché d'effets de commerce où on achète et vend chaque jour, à prix débattu, des lettres sur les diverses places de commerce du monde. Ces lettres se négocient par l'intermédiaire d'agents, qui à Londres, portent le nom de bUl brokers et qui à Paris n'en ont point, parce que la loi suppose très-gratuitement que les négociations de cette espèce sont faites par le ministère des agents de change, qui ont pour ce courtage un privilège dont ils n'usent point. Il conviendrait d'appeler courtiers de change les personnes qui s'occupent spécialement de la négociation des effets de commerce sur l'étranger.

On a observé que certaines villes de l'Europe, oti il se faisait fort peu d'affaires commerciales, vendaient et achetaient des quantités considérables de lettres de change sur divers pays et spéculaient volontiers sur les arbitrages. Ces villes, parmi lesquelles on citait autrefois Augsbourg, étaient en quelque sorte les banquières des autres et avaient pris dans le monde commercial la spécialité des spéculations sur les changes.

Si les arbitrages de banque n'avaient lieu que sur les effets fournis par le commerce, les opérations seraient quelquefois très- difficiles. Mais les banquiers qui s'y livrent sont dans l'usage de s'accorder réciproquement des crédits sur lesquels ils établissent à volonté des lettres de change en telle monnaie et sur tel pays qu'ils ont besoin. Lorsque, d'après le cours, une livre sterling qui vaut 28 fr. à Paris en vaut 26 à Madrid et 24 à Amsterdam, le banquier de Paris qui veut acheter à Amsterdem et vendre à Madrid, doit avoir d'abord du papier sur Amsterdam, ou en créer par l'ouverture d'un crédit, et se faire remettre la contre valeur en papier sur Londres, oti il prend en échange du papier espagnol sur Madrid à un cours supposé tel que chaque livre sterling vendue en cette ville se trouve évaluée à 26 fr.

n est clair que de telles opérations ne sont possibles qu'à la condition d'être pratiquées à l'instant où elles sont conçues, sans aucun retard, ce qui, d'une part, rend les crédits de cambiste à cambiste indispensables, et de l'autre, ne permet d'employer utilement à ce trafic que des lettres de change

d'une valeur certaine, revêtues de signatures qui garantissent une entière exactitude dans les payements.

On fait aussi des arbitrages entre les monnaies et les matières d'or et d'argent.

Les arbitrages sont considérés dans le monde commercial comme constituant, par excellence, le commerce de banque, dont ils sont en effet la plus haute expression. Leur théorie est fort simple, mais les affaires auxquelles ils donnent lieu sont établies sur des cours si mobiles et se composent d'ailleurs d'éléments si compliqués, qu'on ne peut les pratiquer utilement qu'avec beaucoup d'intelligence et une longue habitude. Il faut calculer à la fois et rapidement, d'après le cours , la valeur respective des monnaies, les comptes d'intérêt qui résultent du temps que les traites ont à courir, la somme des frais qu'impose chaque opération et le bénéfice qui doit probablement en ressortir. Tout ceci donne lieu à une routine arithmétique toute spéciale établie sur des rapports traditionnels entre la valeur de monnaies tantôt réelles, tantôt de banque ou de convention, sur lesquelles les cours sont cotés et les livres tenus.

La pratique des arbitrages est donc toujours difficile, et on ne peut y réussir qu'avec beaucoup d'intelligence, parce que pour opérer avec profit sur de vastes espaces et un temps assez long, il faut une grande prévoyance de tous les mouvements d'ensemble du commerce de marchandises, un tact sûr et délicat : il faut en même temps de l'expérience et aussi de la routine.

Le cambiste rend au commerce des services très-grands, bien qu'ils ne soient ni très-sentis, ni très-appréciés ; mais ces services ne sont, jusqu'à un certain point, que ceux d'un comptable dégagé de tous les soucis de la production et presque de toute solidarité avec ceux qui produisent. Cette situation est quelquefois, pour le cambiste, un motif de fierté, et pour les autres un sujet d'envie.

On donna le nom d'arbitrage, en langage de Bourse, à toute opération dont le résultat est d'échanger un titre contre un titre. Vendre du 4 1/2 pour acheter du 3 p. Vo, ou des actions du Nord pour acheter des actions de Lyon, afin de tirer avan-

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