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COMPTES COURANTS

Les opérations des banques commerciales viennent toutes se résumer dans les comptes courants. Un négociant se lie avec un banquier par l'intermédiaire duquel il effectue tout ce qui, dans ses propres affaires, pourrait être classé sous le titre de « département des capitaux mobiliers et du crédit, p Ainsi le négociant a-t-il des recouvrements à faire , il les fait par rintermédiaire de son banquier : a-t-il des payements à faire, son banquier s*en charge. Il en résulte que celui-ci reçoit journellement des fonds et fait journellement des payements pour le négociant, et c'est l'enregistrement sur un livre spécial de ces recettes, de ces dépenses et des transactions auxquelles elles donnent lieu, qui s'appelle compte courant.

Les conditions auxquelles un banquier se charge des opérations de crédit d'un négociant sont très- variables : 1* suivant l'état général des affaires ; ^ suivant les convenances réciproques de situation du banquier et du négociant; 3"* suivant l'estime qu'ils font réciproquement de l'intelligence, de la probité et de la solvabilité l'un de l'autre.

Ainsi, selon la nature et les habitudes de son commerce ou la force de son capital, selon le soin ou la bonne foi qu'il apporte dans ses affaires, un négociant fournit à son banquier des remises qui ont peu ou beaucoup de temps à courir, qui sont payées régulièrement ou irrégulièrement, dans un pays où les recouvrements sont faciles ou difficiles, auxquelles le change est favorable ou défavorable. Le banquier tient compte de toutes ces circonstances, lorsqu'il débat les conditions du compte courant : si les capitaux abondent chez lui, il acceptera volontiers les effets à longue échéance et les gardera, comme on dit, à la nourrice; mais il fera payer ce service, parce que les bénéfices de banque résultent plutôt de la multiplicité des opérations et des commissions multipliées qui en résultent, que la différence d'intérêts. Il aimera mieux

le papier qui est acquitté exactement, bien qu'il ne lui donne pas Tavantage des comptes de retour, parce que ce papier ne laisse aucun doute après lui; enfin il préférera les effets payables dans les lieux où les recouvrements sont faciles et qui donnent habituellement un change favorable.

Lorsque le négociant possède un capital supérieur aux besoins de ses affaires, lorsque ses ventes sont régulières et qu'il surveille ses rentrées avec rigueur, le compte courant se solde habituellement en sa faveur par un crédit qui constitue chez le banquier un véritable dépôt. Lors, au contraire, que le capital du négociant est exigu proportionnellement à ses affaires, ou que ses rentrées sont négligées, ou quQ ses magasins viennent à s'encombrer, son compte courant se balance par un solde débiteur. Le banquier qui a besoin de capitaux recherchera les comptes courants qui sont habituellement créditeurs, tandis que le banquier chez lequel les capitaux abondent, ouvrira volontiers quelquefois des comptes courants sujets à devenir débiteurs. Le premier recherche les capitaux, et le second les placements.

Ordinairement, les banquiers n'ouvrent pas de comptes courants à découvert, ou, en d'autres termes, ils exigent que leurs déboursés soient couverts par des remises équivalentes de papier de commerce. C'est une conséquence de la maxime qui fait repousser à l'escompte les simples billets, le papier à une signature, car un crédit à découvert ne diffère au fond que quant au terme, qui n'est pas défini, d'une avance sur billet personnel. Toutefois, si le négociant a des habitudes régulières, et s'il a besoin d'avances de ce genre pour quelque opération extraordinaire, un banquier ne les lui refuse guère hors des cas d'impossibilité absolue.

Les comptes courants se composent de trois éléments au plus : recouvrement, escompte ou dépôt. Ils donnent donc lieu : l"* à des commissions de recouvrement ou taux convenu; 2** à un compte d'escompte pour l'intérêt à courir sur les remises faites ; 3* au compte courant proprement dit, c'est^ à-dire au compte d'intérêts réciproques sur les sonmies versées et dues de part et d'autre.

Quelquefois, le compte d'intérêt court au profit du banquier

LIVR£ II, CHAPITRE 11. lOS

seulement; le plus souvent ce compte est réciproque, mais à un taux inégal, à 6 p. Vo^ par exemple, au profit du banquier, et à 5 p. Vo au profit du négociant. Tous ces prix sont débattus et arrêtés verbalement ou par écrit, suivant les convenances respectives des deux parties, comme dans tous les marchés du monde.

Les comptes courants entre banquiers ne diffèrent en rien de ceux qui existent entre banquier et négociant; ils donnent lieu aux mêmes observations et suivent les mêmes lois.

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