‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 77 sur 268 · LIVRE n, CHAPITRE XVI. 13S · texte numérisé non relu

LIVRE n, CHAPITRE XVI. 13S

du 31 octobre au 30 novembre. Supposons que Pierre ait conclu tous ces marchés successifs avec le même adversaire, Paul : celui-ci aura reporté, par des engagements en sens inverse, une spéculation à la baisse de la fin d'octobre' à la fin de novembre.

** On nomme aussi report la différence qui existe habituellement entre le cours de la rente au comptant et le cours de la rente à fin du mois, différence qui résulte du nombre et de l'importance des opérations à terme, soit à la hausse, soit à la baisse. Ce report donne lieu à des opérations particulières.

Ainsi le 3 p. Vo est à 75 fr. au comptant et à 78 fr. 80 fin courant. Pierre a des capitaux-écus disponibles : il achète au comptant 15,000 fr. de rente au prix de 375,000 fr. et il vend au même instant, ferme et à fin courant, cette rente au prix de 377,800 fr. Il réalise par ce moyen, dans le temps qui est à courir entre le jour de son opération et la fin du mois, sous déduction de l'intérêt de ses fonds et du double courtage de Tagent de change, un gain de 2,800 fr., sans courir aucun risque à peu près, quel que soit le cours du marché à la fin du mois.

Un autre jour, les spéculateurs à la baisse sont les plus nombreux : le 3 p. Vo est coté à 78 fr. au comptant et fin courant à 74 fr. 80. Pierre se trouve en ce moment porteur d'inscriptions : il les vend au comptant à 78 fr. et en même temps les rachète fin courant à 74 fr. 80. Devenu capitaliste par la vente au comptant, il escompte son marché ferme, c'est-à-dire force son vendeur à lui livrer la rente de suite ou à payer le report de 80 c, soit 2,800 fr.

Ces deux opérations sur le report-différence ne peuvent être faites que par des hommes qui ont réellement en leur possession des capitaux dans le premier cas, des rentes dans le second : elles ne sont point à la portée du grand nombre des spéculateurs et ne constituent pas, à proprement parler, une spéculation, mais un placement temporaire de fonds ou de rentes. Elles conviennent également aux capitalistes et aux banquiers, qui s'y livrent fréquemment. On remarquera que ces opérations tendent incessamment à rapprocher les cours à terme des cours au comptant, les conditions du

marché aléatoire des conditions du marché vrai, du marché au comptant.

Le report sur prime ne diffère que très-peu de celui-ci. Il consiste à acheter fin courant ou à la prochaine liquidation une certaine quantité de rentes ou actions par marché ferme et à les revendre à prime pour la même époque, de manière à bénéficier sur la différence des cours fermes et à prime.

Pierre, par exemple, achète 4,800 fr. de rente à fin courant au cours de lOo fr. et il revend au même instant l'inscription ainsi achetée à 104 fr. dont un. Si la prime est levée, Pierre a gagné la différence qui existait entre les deux cours, soit 1,000 fr.; si la prime est abandonnée, Tinscription lui reste à 103 fr., c'est-à-dire à i fr. au-dessous du prix auquel il a acheté. Les opérations de ce genre tendent à empêcher que les cours au comptant, ferme et à prime, ne s'écartent beaucoup l'un de l'autre.

3° Le moi report a une autre acception beaucoup plus usitée et qui se rapporte à des opérations plus fréquentes et plus familières aux banquiers. Lorsque la spéculation est active ; lorsque surtout, dans un certain temps, les fonds ont une tendance à la hausse, il arrive presque toujours qu'une quantité considérable de rentes se déclasse, c'est-à-dire sort des mains des capitalistes sérieux qui profitent de l'élévation du prix pour vendre, et passe aux mains des spéculateurs. Tant que la hausse dure, les rentes étant nécessairement demandées, tout va bien ; mais peu à peu les livraisons effectives faites à des hommes qui spéculent uniquement sur les différences, finissent par les gêner et les forcer à vendre. Alors les vendeurs qui spéculent en sens contraire, offrent, le plus qu'ils peuvent, livraison réelle au moment des liquidations, et les acheteurs, n'ayant plus de fonds pour lever les inscriptions, sont obligés de s'en procurer à tout prix ou de transiger.

Pierre a spéculé à la hausse et, ne calculant que les différences probables du cours, il a acheté 18,000 fr. de rente 3 p. 7o à fin courant à 76 fr. A la fin du mois, la rente à terme est à 75 fr. 60 c. et la rente au comptant à 74 fr. 80 c. : il offre à son vendeur de lui payer la différence des cours qui est de 2,000 fr. Mais le vendeur, qui se trouve porteur d'inscription,

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