‹ Traité théorique et pratique des opérations de banqueChapitre 79 sur 268 · LIVRE II, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XVI

au besoin, par le moyeu du déport, des opérations inverses.

Les grands spéculateurs ont encore à leur disposition un moyen plus efficace et plus direct. En efïet, il y a bien trois cours de rente : 1** au comptant; ^ à terme; 3** à prime; mais les cours qui règlent la liquidation des marchés fermes et à prime ne peuvent jamais s'écarter beaucoup du comptant vers lequel ils sont ramenés sans cesse par les reports et parles escomptes qui ne leur permettent ni de s'abaisser beaucoup au-dessous, ni de s'élever beaucoup au-dessus du cours au comptant.

Or le cours au comptant s'établit, dans les temps ordinaires, sur un petit nombre de ventes effectuées par des particuliers étrangers à la spéculation, d'après leurs besoins. Le spéculateur qui dispose de grands capitaux peut toujours, en même temps qu'il fait des marchés à terme, dominer le marché au comptant où les affaires réelles s'élèvent au cinquantième à peine de la somme des marchés à terme et dont le cours règle tous les autres. Un tel spéculateur opère-t-il à la hausse : lorsque approche le moment de la liquidation, il lui suffit de demander, pendant quelques jours, de faire acheter au comptant une somme considérable des rentes ou des actions sur lesquelles il a opéré : la hausse est inévitable sur les trois cours. Spécule-t-il à la baisse : à l'approche de la liquidation, il offre sur le marché au comptant de fortes parties de rentes ou d'actions, et une baisse opportune lui donne la facilité de liquider ses opérations à terme avec avantage. Par ce moyen, il compense et bien au delà, sur les marchés à terme, qui roulent sur des chiffres énormes de valeurs fictives, les pertes qu'il peut subir sur les marchés au comptant. Qu'importe une perte de 1 p. 7o sur 10 à celui qui se procure, par ce moyen, un gain de 1 p. Vo sur 50 ?

Si plusieurs capitalistes de premier ordre opéraient en même temps en sens opposé, il s'établirait entre eux une lutte dans laquelle la victoire resterait à celui que le mouvement naturel des affaires sérieuses, du marché au comptant, viendrait à favoriser. Mais ce serait un jeu plein de périls auquel les possesseurs de grands capitaux n'ont garde de se livrer. A quoi bon courir des risques, lorsqu'on peut opérer à coup

sûr? En vérité, on ne peut assez admirer l'ardeur des spéculateurs vulgaires qui achètent et vendent dans Tobscurité la plus profonde, au hasard, sans connaître la portée de ce qu'ils font.

Les gens du monde et les joueurs novices se font généralement une idée fort inexacte de la manière dont sont conduites les spéculations de bourse et des circonstances qui déterminent les cours. On suppose que le prix des titres qui font la matière des spéculations et celui de la rente en particulier, sont sous l'influence directe des événements et des nouvelles politiques. C'est une grave erreur : les nouvelles et les événements politiques n'exercent une influence sensible sur les cours qu'autant qu'ils ont assez d'importance pour affecter le crédit, ce qui est heureusement assez rare. Mais le préjugé populaire a fait gagner bien souvent de fortes sommes aux spéculateurs capitalistes expérimentés, qui opéraient en sens inverse de la nouvelle ou de l'événement auquel le public inexpérimenté attribuait une grande importance. Ainsi, par exemple, on prévoit un traité de paix : tous les petits spéculateurs opèrent à la hausse ou achètent, et il vient même du dehors des gens étrangers à la spéculation qui opèrent dans le même sens. Le grand spéculateur laisse faire pendant quelques jours, puis il vend à petit bruit, de manière à ne pas interrompre le mouvement de hausse. Vient la liquidation : il livre, réalise le prix de ses titres et force les petits spéculateurs à la hausse à vendre à bas prix pour se liquider ou à accepter des reports à des conditions onéreuses. Une baisse violente suit presque toujours la réalisation d'un événement qui doit exercer et qui exerce réellement sur le crédit une influence favorable.

Il n'y a qu'une seule cause de hausse ou de baisse des titres de Bourse, c'est le rapport de l'offre et de la demande entre les capitaux et les titres, l'état du marché du crédit. Tout événement qui amène des capitaux sur le marché tend à la hausse, tout événement qui y amène des titres tend à la baisse. Mais ce règlement du marché ne s'effectue que peu à peu, lentement, sur un long espace de temps. Dans un court espace de temps, hors les cas d'événements soudains et

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