Tresca, loc. cit
2. Thurston, Histoire de la Machine à vapeur, traduction Hirsch, tome I, page 53.
et tous les efforts du xvii* siècle se portèrent sur la machine à vapeur, que Savery, Newcomen, Smeaton et tant d'autres illustres ingénieurs amenèrent rapidement à un haut degré de perfection .
Pendant une longue période d'années, les machines à explosion paraissent avoir été totalement oubliées, et Watt ne s'en est nullement occupé : le vaste génie de cet homme eût cependant pu tirer un parti merveilleux de Tidée? de l'abbé Hautefeuille.
Ce n'est qu'en 1791 qu'un ingénieur anglais, John Barber, songea de nouveau à utiliser la force motrice de l'air dilaté ; nous avons donc un siècle d'arrêt à enregistrer dans l'histoire de nos moteurs. Est-ce à dire qu'ils aient subi de ce chef un siècle de retard dans leur développement? Nullement. En effet, de même, que la machine à vapeur avait bénéficié des premiers essais dont les machines à poudre avaient été l'objet, de même les moteurs à explosion devaient profiter des perfectionnements considérables réalisés par l'art de la construction dans les ateliers de Soho. Watt avait rencontré les plus grandes difficultés pour trouver des ouvriers capables d'ajuster les pièces d'un mécanisme et de les monter convenablement, et il s'estimait heureux d'avoir formé des tourneurs capables d'aléser un cylindre dont la seclion ne présentât qu'un ovale de trois hiïîtîemes de pouce. Dans ces conditions, il est très probable que la machine à vapeur n'eût pu être réalisée, alors même que Héron d'Alexandrie en aurait conçu le plan deux siècles avant Jésus-Christ : c'est l'opinion de M. Thurslon, et je la partage sans réserve.
En 1791, ces difficultés pratiques étaient vaincues, et John Barber n'avait d'autre problème à résoudre que celui de substituer l'air dilaté à la vapeur dans des engins parfaitement combinés et construits. 11 échoua cependant, sans qu'il nous soit possible de découvrir la cause de cet insuccès, attendu que la spécification de sa patente, datée du 31 octobre, est singulièrement laconique; nous savons seulement quil mélangeait deux jets d'air et de gaz carbures, et qu'il les enflammait à l'entrée d'un vaisseau à explosion (exploder). Il semble qu'il ait eu l'idée première des machines à combustion continue qui ont été préconisées de nouveau en ces derniers temps.
Robert Street fit faire à la question un nouveau pas. Son brevet est du 7 mai 1794 ; il est relatif à la € production d'une force de vapeur inflammable par le moyen de liquide, dair^ de feu et de flamme, pour mettre en mouvement les machines et les pompes, >
Il n'emploie pas les gaz tout formés, dit M. Tresca, mais il fait tomber sur le fond d'un cylindre de l'huile de pétrole, delà térébenthine ou d'autres matières analogues pouvant se réduire en vapeur ; un
piston est soulevé et, dans sa course, il fait entrer de Tair dans le cylindre ; ce piston se soulève encore, et une longue tige, à laquelle il est articulé, entraîne en même temps le piston d'une pompe. L'action est alternative.
Pour le coup, voilà une machine complète, d'une réalisation peut être difficile et d'un fonctionnement irrégulier; mais du moins le moteur est-il créé. Vienne maintenant l'inventeur du génie qui extraira de la houille un gaz combustible, capable de former avec Tair un mélange détonant, et nous alimenterons ces machines en les reliant à la canalisation de l'éclairage public. L'industrie disposera d'un moteur commode, présentant de merveilleuses faciUtés d'emploi, ne dépensant que lorsqu'il produit, et n'exigeant aucune installation coûteuse de foyer, ni de chaudière.
C'est le 6 vendémiaire, an VUI (28 septembre 1799), que Philippe Lebon d'IIumbersin prit son premier brevet. Il lui fut délivré pour de nouveaux moyens d'employer les combustibles plus utilement, soit pour la chaleur, soit pour la lumière, et (F en recueillir les différents produits.
Constatons que les applications à l'éclairage ne viennent qu'en seconde ligne dans les projets de Lebon. Voici quelques extraits de son mémoire, qui témoignent de la largeur des vues du savant ingénieur. « Je ne parlerai pas, dit-il, des effets que l'on pourrait obtenir en appliquant encore la chaleur produite aux chaudières de nos machines à feu, ni les applications sans nombre de la force qui se déploie dans ces nouvelles machines. Tout ce qui est susceptible de se faire mécaniquement est l'objet de mon appareil, et, la simultanéité de tant d'effets précieux rendant la dépense proportionnellement très petite, le nombre possible d'applications économiques devient infini. Dans les loyers, on néglige et Ton perd tout le gaz inflammable, qui offre des effets de chaleur et de mouvement si précieux pour ces établissements. La quantité de combustible que Ton y consume est si énorme, que je suis persuadé qu'en le diminuant considérablement, on pourrait, en suivant les vues que j'indique, non-seulement obtenir les mêmes effets de chaleur, mais même donner surabondamment la force que l'on emprunte aux cours d'eau, souvent éloignés des forêts et des mines, et dont la privation donne heu, dans les sécheresses, à des chômages d'autant plus nuisibles qu'ils laissent sans travail une classe nombreuse d'ouvriers. En général, tous les étabUssements qui ont besoin de mouvement, de chaleur ou de lumière doivent retirer quelque avantage de cette méthode d'employer le combustible à ces eftets('). 2>
\. Figuier. VArl de VÈcJairaie, page 99.
Un vaste horizon s'ouvrait devant les yeux de Tinventeur du thcrmolampe, et ce n'était pas seulement l'industrie de l'éclairage qui devait être transformée, mais tout ce qui est susceptible de se faire mécaniquement. Lebon pouvait, mieux que tout autre, tirer partie de sa découverte et en développer les conséquences: ingénieur au corps des ponts et chaus<5ées, il avait obtenu, en 1792, une récompense nationale de deux mille livres, pour des expériences qui avaient pour objet d'améliorer les machines à feu; ces premiers essais n'étaient pas sortis de sa mémoire. En 1801, dans une addition à son premier brevet, il exposait un projet de moteur à gaz, en ces termes: « Je vais indiquer les moyens de recueillir cette force expansive (du gaz), d'en modérer l'énergie et de ne la déployer qu'à mesure et en proportion des besoins et de la solidité des machines qu'on pourra employer... Dans le cylindre a s'opère la combustion du gaz inflammable qui est introduit parle tuyau 7;, tandis que l'air atmosphérique nécessaire pour la combustion y est refoulé par le tuyau c. Le cylindre a reçoit les vapeurs produites par cette combustion; son piston intercepte toute communication entre les parties cet /(*)... La tige du piston se partage en dehors du cylindre en trois autres tiges ; l'une d'elles fait mouvoir le piston d'une pompe à air atmosphérique à double effet, une autre fait mouvoir le piston d'une semblable pompe à gaz inflammable; la troisième enfin est destinée à s'appliquer aux résistances que l'on se propose de vaincre... Quant à l'inflammation, on pourrait disposer une machine électrique, qui serait mue par celle du gaz, de manière à répéter les délonalions dans des instants dont l'intermittence pourrait être réglée et déterminée ».
Ce document établit d'une façon indiscutable les titres de Lebon à l'invenlion des moteurs à gaz. Nous trouvons même dans les lignes qui précèdent l'idée du perfectionnement le plus notable qu'ait subi dans la suite la construction de ces machines, je veux dire l'idée de comprimer le mélange d'air et de gaz avant l'explosion. Si le malheureux ingénieur n'avait été assassiné le 22 décembre 1804, dans les Champs-Elysées, il est probable que l'industrie aurait été dotée, dès le commencement du siècle, de ces machines qui n'ont pu entrer dans le domaine delà pratique avant 1860. Constatons et enregistrons ce fait à l'honneur de la science et du génie français : nous pouvons revendiquer avec fierté pour Hautefeuille et Lebon l'invention d'un moteur qui détrônera sans doute un jour le chef-d'œuvre de Watt.
Lebon eut de nombreux imitateurs; mais chose étrange, le gaz
1. Cette description peut étro suivie facilement sans figure; les deux parties e et f, dont il est question dans le texte, sont les parties antérieure et postérieure du cylindre a.