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DE LA SOUMISSION

jusqu’à la seizième année. Après cette époque, on peut bien encore avoir recours à des maîtres qui continuent de le cultiver, et le soumettre à une discipline secrète, mais il n’y a plus d’éducation régulière à lui donner.

La soumission de l’élève est ou positive, — en ce sens qu’il doit faire ce qui lui est prescrit, puisqu’il ne peut juger par lui-même et que la faculté d’imitation existe encore en lui; — ou négative, en ce sens qu’il doit faire ce que désirent les autres, s’il veut qu’à leur tour ceux-ci fassent quelque chose pour lui plaire. Il est exposé, dans le premier cas, à être puni; dans le second, à ne pas obtenir ce qu’il désire ; il est ici, bien qu’il puisse déjà penser, sous la dépendance de son plaisir.

Un des plus grands problèmes de l’éducation est de concilier sous une contrainte légitime la soumission avec la faculté de se servir de sa liberté. Car la contrainte est nécessaire. Mais comment cultiver la liberté par la contrainte ? Il faut que j’accoutume mon élève à souffrir que sa liberté soit soumise à une contrainte, et qu’en même temps je l’instruise à en faire lui-même un bon usage. Sans cela il n’v aurait en lui que pur mécanisme; l’homme privé d’éducation ne sait pas se servir de sa liberté. Il* est nécessaire qu’il sente de bonne heure la résistance inévitable de la société, afin d’apprendre combien il est difficile de se suffire à soimême, de supporter les privations et d’acquérir de quoi se rendre indépendant.

On doit observer ici les règles suivantes : 1° Il faut laisser l’enfant libre dès sa première enfance et dans tous les moments (excepté dans les circonstances où il

KANT. — PÉDAGOGIE

peut se nuire à lui-même, comme par exemple s’il vient à saisir un instrument tranchant), mais à la condition qu’il ne fasse pas lui-même obstacle à la liberté d’autrui, comme par exemple quand il crie, ou que sa gaieté se manifeste d’une manière trop bruyante et qu’il incommode les autres. 2° On doit lui montrer qu’il ne peut arriver à ses fins qu’à la condition de laisser les autres arriver aussi aux leurs, par exemple qu’on ne fera rien d’agréable pour lui s’il ne fait pas lui-même ce que l’on désire, qu’il faut qu’il s’instruise, etc. 3° 11 faut lui prouver que la contrainte qu’on lui impose a pour but de lui apprendre à faire usage de sa propre liberté, qu’on le cultive afin qu’il puisse un jour être libre, c’est-à-dire se passer du secours d’autrui. Ce dernier point est le plus tardif à frapper l’esprit des enfants : ils ne font que très tard cette réflexion, qu’ils auront par exemple un jour à s’occuper eux-mêmes de leur entretien. Ils pensent qu’il en sera toujours comme dans la maison de leurs parents, où on leur donne à manger et à boire sans qu’ils aient à s’en occuper. Or, sans cette idée, les enfants, surtout ceux des riches et les fils des princes, restent toute leur vie des enfants, comme les habitants d’Otahiti. L’éducation publique a ici évidemment les plus grands avantages : on y apprend à connaître la mesure de ses forces et les limites que nous impose le droit d’autrui. On n’y jouit d’aucun privilège, car on y sent partout la résistance, et l’on ne s’y fait remarquer que par son mérite. Cette éducation est la meilleure image de la vie du citoyen.

TRAITÉ

(Sommaire. — Distinction de l’éducation physique et de l’éducation pratique; des différentes formes de culture, p. 59.)

La pédagogie ou la science de l’éducation est ou physique * ou pratique*. L’éducation physique est celle que l’homme partage avec les animaux, c’est-à-dire les soins qu’il exige. L’éducation pratique ou morale* est celle dont l’homme a besoin de recevoir la culture pour pouvoir vivre ou être libre. (On nomme pratique tout ce qui a rapport à la liberté.) C’est l’éducation de la personnalité, l’éducation d’un être libre, qui peut se suffire à lui-même et tenir sa place dans la société, mais qui est capable aussi d’avoir par lui-même une valeur intérieure.

D’après cela l’éducation se compose : 1° de la culture scolastique* et mécanique , qui se rapporte à l’habileté : elle est alors didactique* (c’est l’œuvre du professeur) ; 2° de la culture pragmatique* , qui se rapporte à la prudence (c’est la tâche du gouverneur); 3° de la culture morale , qui se rapporte à la moralité.

L’homme a besoin de la culture scolastique ou de l’instruction pour être capable d’atteindre toutes ses fins. Elle lui donne une valeur comme individu. La culture de la prudence le prépare à l’état de citoyen, car elle lui donne une valeur publique. Il apprend par là

KANT. — PÉDAGOGIE

aussi bien à amener à ses fins la société civile qu’à s’y conformer lui-même. La culture morale enfin lui donne une valeur qui regarde l’espèce humaine tout entière.

La culture scolastique est la première en date. En effet, la prudence présuppose toujours l’habileté. La prudence est le talent de bien employer son habileté. La culture morale, en tant qu’elle repose sur des principes, que l’homme lui-même doit apercevoir, est la dernière; mais en tant qu’elle repose uniquement sur le sens commun, elle doit être pratiquée dès le début, même dans l’éducation physique, sans quoi plus d’un défaut s’enracinerait si bien qu’il rendrait ensuite inutiles tous les efforts el tout l’art de l’éducation. Quant à l’habileté et à la prudence, il faut suivre en tout les années. Se montrer dans l’enfance habile, prudent, patient, sans malice, comme un homme, cela ne vaut guère mieux que de conserver dans l’âge mûr la sensibilité d’un enfant.

A. — DE l’éducation physique

(Sommaire. — De l’éducation physique proprement dite, p. 61. — De l’allaitement maternel, p. 61-62. — De la nourriture de l’enfant, p. 62. — De la température qui convient aux enfants, p. 63. — Des maillots, p. 64-. — Des berceaux, p. 65. — Qu’il ne faut pas jouer avec les enfants ni leur céder, p. 66. — Laisser les enfants apprendre par eux-mêmes, à marcher par exemple, et en général à exercer toutes leurs forces, p. 68-69. — Empêcher les habitudes de naître, p. 70. — Ni éducation taquine, ni continuelles caresses, p. 72. — Se passer aussi de moyens artificiels pour l’éducation de l’intelligence, p. 74-76. — Des jeux, p. 77. — De l’attitude qui convient à l’enfant, p. 78.)

Quoique celui qui entreprend une éducation à titre de gouverneur ne prenne pas assez tôt la direction des enfants pour pouvoir aussi donner ses soins à leur éducation physique, il lui est cependant utile de savoir

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