ÉDUCATION PRIVÉE ET PUBLIQUE
ce rapport elle mérite bien le nom de culture. La direction est ce qui sert de guide dans la pratique de ce que l’on veut apprendre. D’où la différence entre le précepteur, lequel est simplement un professeur, et le gouverneur*, qui est un directeur*. Le premier donne uniquement l’éducation de l'école ; le second celle de la vie .
La première époque chez l’élève est celle où il doit montrer de la soumission et une obéissance passive, la seconde celle où on lui laisse déjà faire usage de sa réflexion et de sa liberté, mais à la condition qu’il les soumette à des lois. Dans la première il y a contrainte mécanique; dans la seconde, contrainte morale.
L'éducation est ou privée ou publique. La dernière ne se rapporte qu’à l’enseignement, et celui-ci peut toujours rester public. La pratique des préceptes est laissée à la première. Une éducation publique complète est celle qui réunit les deux choses : l’instruction et la culture morale. Son but est de provoquer une bonne éducation privée. Une école où cela se pratique s’appelle un institut d’éducation. Il ne peut y avoir beaucoup d’instituts de ce genre, et ils ne sauraient admettre un bien grand nombre d’élèves ; car ils sont très coûteux et leurseulétablissement demande déjàbeaucoup d’argent. Il en est de ces instituts comme des arsenaux et des hôpitaux. Les édifices qu’ils exigent et le traitement des directeurs, des surveillants et des domestiques prennent déjà la moitié de l’argent destiné à cet usage, et il est prouvé que, si l’on remettait cet argent aux pauvres dans leurs maisons, ils seraient beaucoup mieux soignés. — Il est difficile aussi d’obtenir des riches qu’ils envoient leurs enfants dans ces instituts.
Le but de ces instituts publics est le perfectionne-
KANT. — PÉDAGOGIE
ment de l’éducation domestique. Si les parents ou ceux qui leur viennent en aide dans l’éducation de leurs enfants avaient reçu eux-mêmes une bonne éducation, la dépense des instituts publics pourrait n’être plus nécessaire. C’est là qu’on doit faire des essais et former des sujets, et c’est de là que pouri’a sortir ensuite une bonne éducation domestique.
L’éducation privée est donnée ou par les parents eux-mêmes, ou, quand par hasard ceux-ci n’en ont pas le temps, la capacité ou le goût, par d’autres personnes qui leur servent d’auxiliaires moyennant une rétribution. Mais cette éducation donnée ainsi par des auxiliaires présente ce très grave inconvénient que l’autorité s’y trouve partagée entre les parents et les maîtres. L’enfant, doit se conduire d’après les préceptes de ses maîtres, et il faut aussi qu’il suive les caprices de ses parents. Dans une éducation de ce genre, il est nécessaire que les parents abandonnent toute leur autorité aux maîtres.
Mais jusqu’à quel point l’éducation privée est-elle préférable à l’éducation publique, ou la seconde à la première ? En général l’éducation publique semble plus avantageuse que l’éducation domestique non seulement sous le rapport de l’habileté, mais aussi sous celui du vrai caractère* d’un citoyen. L’éducation domestique, loin de corriger les défauts de famille, les augmente.
Combien de temps doit durer l’éducation? Jusqu’à l’époque où la nature même a voulu que l’homme se conduisît lui-même, où se développe en lui l’instinct du sexe, où il peut lui-même devenir père et être chargé à son tour d’une éducation à faire, c’est-à-dire environ