DE LA PUBERTÉ
(Sommaire. — De la puberté, des idées et des connaissances nouvelles qu’elle comporte, p. 117. — De la distinction que commence à faire l’enfant des rangs et de l’inégalité des hommes, p. 118. — Conseils généraux, p. 1 19.)
Il faut donc inculquer aux enfants quelques idées de l’Être suprême, afin que, lorsqu’ils voient les autres prier, etc., ils puissent savoir pour qui et pour quoi on agit ainsi. Mais ces idées ne doivent être que très peu nombreuses, et, comme on l’a dit, purement négatives. Il faut commencer dès la première jeunesse à les leur inculquer, mais en même temps il faut prendre garde qu’ils n’estiment les hommes d’après la pratique de leur religion; car, malgré la diversité des religions, il y a partout unité de religion.
Nous ajouterons, pour conclure, quelques remarques, qui sont particulièrement à l’adresse des enfants entrant dans l’adolescence. Le jeune homme commence à cette époque à faire certaines distinctions qu’il n’avait pas faites auparavant. C’est en premier lieu la différence des sexes. La nature a jeté là-dessus en quelque sorte le voile du secret, comme s’il y avait là quelque chose qui ne fût pas décent pour l’homme et qui ne fût en lui qu’un besoin de l’animal. Elle a cherché à l’unir avec toute espèce de moralité possible. Les nations saut vages elles-mêmes se conduisent en cela avec une sorte de pudeur et de retenue. La curiosité des enfants adresse parfois aux grandes personnes des questions à ce sujet ; mais on les satisfait aisément, ou bien en leur
faisant des réponses qui ne signifient rien, ou bien en leur répondant que c’est là une question d’enfant.
Le développement de ces penchants dans l’adoles-
KANT. — PÉDAGOGIE
cent est mécanique ; et, comme dans tous les instincts qui se développent en lui, il n’a même besoin pour cela de la connaisance d’aucun objet, il est donc impossible de maintenir ici l’adolescent dans l’ignorance et dans l’innocence qui y est liée. Par le silence on ne fait qu’empirer le mal. C’est ce que montre bien l’éducation de nos aïeux. Dans celle de notre temps, on admet avec raison qu’il faut parler à l’adolescent de ces sortes de choses sans détour et d’une manière claire et précise. C’est là sans doute un point délicat, puisque l’on n’en fait pas volontiers un objet d’entretien public. Mais tout sera bien fait si on lui en parle d’une manière sérieuse et digne, et si l’on entre dans ses penchants.
La treizième ou la quatorzième année est ordinairement l’époque où le penchant pour le sexe se développe dans l’adolescent (quand cela arrive plus tôt, c’est que les enfants ont été débauchés et perdus par de mauvais exemples). Alors aussi leur jugement est déjà formé, et la nature l’a tout juste préparé pour le temps où l’on peut parler de cela avec eux.
Que l’adolescent apprenne de bonne heure à témoigner à l’autre sexe le respect qui lui est dû, à mériter de son côté l’estime de ce sexe par une louable activité, et à aspirer ainsi à l’honneur d’une heureuse union.
Une seconde différence que l’adolescent commence à faire vers le temps où il entre dans le monde, c’est celle qui résulte de la distinction des rangs et de l’inégalité des hommes. Tant qu’il reste enfant, il ne faut pas la