‹ Traitement Abortif de la Panophthalmie TraumatiqueChapitre 16 sur 27 · ET SE · texte numérisé non relu

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de ce médicament était très atténuée. Il a surtout un effel empêchant sur les cultures, mais il nous semble que ce pouvoir antiseptique n’est pas suffisant pour s'opposer à la marche envahissante d’une panophtalmie, où, tout au plus, pourra-t-il remplir le rôle d’un utile adjuvant.

b) Injections sous-conjonchvales.

De même les divers auteurs ont été en désaccord sur l’emploi plus efficace du sublimé ou du cyanure de mercure. Sans entrer dans les divers détails des discussions, nous préférons le second, à cause de la moindre irritation et de la douleur moins vive qui résulte de son application. Mais l’un et l’autre peuvent être employés efficacement comme traitement préventif des suppurations oculaires. Sous quelle forme les utiliser? Les lavages du .cul-de-sac n’ont aucune valeur pour l'affection qui nous occupe? Quant aus lavages de la chambre antérieure avec une de ces deux solutions, lavages préconisés par certains auteurs, lesquels auraient, par ce moyen, obtenu quelques succès, ils sont formelleme nt à rejeter. La grande sensibilité de l’organe enflammé (Vennemuan) n’est qu'accentuée par la causticité de ces produits et leur action paraît bien illusoire, car læœsqu'il y a hypopyon, il est rare que l'infection soit strictement limitée à la chambre antérieure. Le sublimé, ou plutôt le cyanure doivent être employés en injections sous-conjonctivales. |

Le traitement des infections oculaires par ce moyen est loin d’être de date récente. Ces injections furent déjà utilisées, il y a près de vingt-cinq ans, mais reur essai fut timide et presque aussitôt abandonné. Rothmund, en 1866, cherchant la disparition des opacités cornéennes, injectait des solutions salées, des dilutions d'acide chlorhydrique et de chloroforme: De Wecker les avait, depuis, employées, mais sans grand résultat, à tel point que la méthode semblait tomber

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dans l'oubli. En 1890, Secondi, de Milan, expérimente des in jections sous-conjonctivales de sublimé et le professeur Ray- -mond, de Turin, en ssignale les heureux résultats. Abadie essaye alors les injections intraoculaires dans des cas d’ophtalmie sympaïhique et en retire de véritables succès. Er 1891, enfin, Darier fait part, à la Société française d’ophtalmologie, des essais surprenants qu'il a obtenus par cette méthode. Depuis lors, les injections sous-conjonctivales furent appliquées dans un grand nombre de cliniques ophtalmologiques. On peut citer les observations de Rogman de Gand, de Dufour de Lausanne, de Lagrange de Bordeaux, de Van Mol de Rotterdam, de Gallemaerts de Bruxelles.

Leur efficacité ne fait plus de doute dans nombre d’aïfections oculaires, mais l’expérimentation est concluante dans les plaies infectées, susceptibles de provoquer une panophtalmie. On peut ainsi prévenir un phlegmon oculaire souvent inévitable avec les autres modes thérapeutiques. Ces injections sous-conjonctivales donnent également d’heureux résultats lorsque l'infection s’est déjà produite, que l’hypopyon, l'aspect floconneux du corps vitré, le chémosis annoncent le début de la panophtalmie. Le professeur Lagrange citait déjà, en 1897, un cas de ce genre jugulé par une injection sousconjonctivale de cyanure de mercure.

À la clinique de Coppez, à l'hôpital St-Jean de Bruxelles, où ces injections étaient en faveur dès 1893, on peut noter, à côté d’un grand nombre d'infections traumatiques arrétées dans leur progression par des injections sous-conjonctivales de sublimé, 5 cas relatés de panophtalmies jugulées (Gallemaerts). On trouvera dans le chapitre suivant l'exposé de ces observations. Coppez faisait, remarquer que « les injections sous-conjonctivales sont d’une très grande efficacité lorsque le mal paraît cantonné dans l’œil seul, et qué l’état général n’a pris aucune part à l’altération oculaire. » Elles ne sont pas destinées, certainement à remplacer les autres médications; mais elles sont, dans bien des cas, des adjuvants et des adjuvants puissants des divers au-

tres moyens de thérapeutique. Les heureux effels obtenus son! loin d'être éphémères. Les divers auteurs ont pu revoir leurs malades à des intervalles assez éloignés. et constaler que les heureuses conséquences locales, puis générales, se sont maintenues dans la suite. Contrairement cependant aux procédés de l'Ecole de Coppez, nous croyons que le cyanure de mercure doit être préféré au sublimé, Les diverses raisons émises à propos ‘du lavage oculaire sont de nature à être renouvelées ici.

I] ne nous paraît pas nécessaire de rappeler la technique ‘de ces injections sous-conjonctivales trop connue de tous les oculistes. Cependant, voici la formule employée à la clinique ophtalmologique de Bordeaux: on se sert d'une solution de cyanure à 0 gr. 20 pour 100 ou 2 0/00, à laquelle on ajoute 0 gr. 10 de cocaïne pour 10 cc. On prend un centimètre cube de cette solution, que l’on mêle à une préparation d’acoïne pour atténuer les vives douleurs résultant de cette injection. Quelques gouttes de la solution finale sont alors introduites dans le cul-de-sac conjonctival. Nous somines, en effet, de l’avis de Bourgeois qui prétend que lef: ficacité de ces injections n’est pas due à la concentration de antiseptique dans un petit volume de véhicule liquide, mais que cette efficacité est d'autant plus forte que le véhicule introduit sous la conjonctive est plus grand, la dose d’antiseptique dissoute restant la même. Ces injections sous-conjonctivales doivent être répétées tous les deux jours jusqu'à l’atténuation des symptômes infectieux.

C) SÉROTHÉRAPIE,

A côté de cette médication énergique on doit placer comme marchant de pair et devant être ordonnées en même temps, des injections sous-cutanées des divers sérums el plus spécialement du sérum de Roux, antidiphtérique.

Les premières applications de la sérothérapie en ophtalmo-

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logie sont très récentes. En 1902, Rœmier (de Wurzbourg) publie le résultat de ses recherches sur un sérum antipneumococcique obtenu par inoculation d'animaux d'espèces différentes avec des pneumocoques. Il constate, comme Lœæffler, que la cornée malgré son absence de vaisseaux, se comporte comme tout autre tissu, en présence des sérums immunisants. La cornée éraillée d’un lapin, sur laquelle on étend une solution de pneumocoques ne subit pas de modification, si on lui fait une injection de sérum au préalable où moins de 8 heures après l’inoculation.

Pane rapporte, quelque temps après, deux cas de guérison d'infection oculaire par un sérum. antipneumococcique. Depuis lors, Emmerich et Fowitzky, Foa et Caïbone, Klemperer, Archkarow, Mennes et Pane, Tizzoni el plusieurs autres ont utilisé des sérums antipneumococciques. Mais c’est surtout aux travaux de Rœmer que l’on doit l'introduction de la sérothérapie dans la thérapeutique des infections oculaires. En 1903, Darier, le premier, utilise le sérum de Roux dans des cas d’ophtalmie puürulente des nouveau-nés, «non pas quil songe dans ces circonstances à des infections dues au bacille de Lœæffler, mais parce qu'il a vu des fausses membranes streptococciques fondre sous l'effet du sérum. » Quelque temps après, Daulnoy employait également le sérum de Roux dans des cas d’ophtalmie purulente. La même année, Calderaro (Clinica oculistica. août 1893), publie le résultat de ses expériences et préconise le sérum de Tizzoni-Panichi, qu'il emploie presque exclusivement dans les kératites à hypopyon. Hanasio préfère le sérum de Marmorek; Contino obtient une grande amélioration dans l’ulcère tuberculeux de la conjonctive tarsienne qu'il soigne par un sérum antituberculeux préparé par le professeur Maragliano de Gênes. En mars 1904, Darier rapporte qu'il utilise avec avantage le sérum üe Roux dans les kératites à hypopyon en janvier 1905, Pflüger, à la Société médico-pharmaceutique de Berne, cite 2 guérisons par le sérum de Rœmer. Bérard, d'Angoulême, men-

tionne 5 cas de suppurations oculaires qu’il a guéries au moyen du sérum antistaphylococcique du Docteur Doyen, et le préconise, étant donné la fréquence du staphylocoque dans les infections des yeux. Les 14 et 18 mai 1905, Sanz Blanco fait part à la Société ophtalmologique hispano-américaine, des résultats qu'il a obtenus par les sérothérapies antistreptococcique et antipneumococcique dans des cas analogues. Dans la même séance Catrezana, Marquez, Reina, Oliveres, Axenfeld, donnent leur préférence au sérum antipneumococcique. Fromaget (janvier 1806), présente, à la Société d'anatomie et de physiologie de Bordeaux, des infectés qu’il a traités et guéris par le sérum antidiphtérique; et l’année suivante, le Docteur Teulières, de Bordeaux, dans sa thèse inaugurale, rapporte également un grand nombre de cas qu'il a soignés et presque toujours guéris par le sérum de Roux. Nous lui avons emprunté des observations ayant trait à notre sujet; on les trouvera plus loin, au chapitre consacré à la partie clinique.

On peut voir, par cette brève énumération, tout l’avantage qu'on peut retirer de la sérothérapie en ophtalmologie et plus particulièrement dans les cas d'infection, dans les panophtalmies.

Reste à savoir à quel sérum on doit avoir recours dans la généralité des cas. Au début de l’ère bactériologique, il était admis que les antitoxines accumulées dans le sang d’un animal immunisé contre une infection devaient combattre les toxines de cette infection contre lesquelles lo: ganisme de cet animal les avait sécrétées; et chaque sérum devait être le remède spécifique d’une maladie déterminée. Mais il n’en va pas en général ainsi: le sérum antidiphtérique a, par exemple, une heureuse influence sur lès angines à associations microbiennes diverses, et il a été aussi injecté avec succès à des pneumoniques complètement indemnes du bacille de Lœæffler: « La spécificité n’existe pas; ef le sérum ne semble agir qu'en excitant les propriétés bactéricides ou antiloxiques des cellules de notre orga-

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nisme » (Arnozan) Sans essayer de rappeler lhistorique de la question, on ne peut s'empêcher de dire que, peu de temps après la découverte du sérum antidiphtérique, bon nombre d'auteurs l'ont utilisé dans des affections essentiellement différentes et nullement dues au bacille diphtérique. Talamon, en 1901, en retirait de très bons résultats dans des cas de pneumonie; Mongour l’utilisait dans des angines non diphtériques et traitait ainsi des affections tout autres: fièvra typhoide, septicémie, pneumonie, etc. De: puis lors, de nombreux praticiens ont publié des obser vations de guérisons par ce moyen: ozène (Bellefonte et Della Vedova, Bozzoti et Grandenigo); stomatite (Giorelli et Brinda), (Arch. méd. enfants, déc. 1905); néphrite scarlatineuse (Vennat), etc.

On ne peut cependant dire qu'un sérum spécifique n'ait pas plus d'action sur le microbe en jeu, que l’on doit faire abstraction complète des éléments spécifiques inclus dans le sérum et malgré tout réels. Mais si nous considérons les divers germes pathogènes que l’on a relatés au cours de la bactériologie en panophtalmie traumatique, nous voyons qu’en dehors des trois grands pyogènes habituels, s'reptocoques, staphylocoques et pneumocoques, on ne retrouve que le bacille de Nicolaïer, et des éléments contre lesquels on n'a pas de sérothérapie spécifique (Bacille pyocyanique, micrococcus lanceolatus, Bacillus perfringens, Bacterium coli, Bacillus subtilis, Diplobacille de Morax-Axenfeld).

Nous savons, au point de vue du sérum antipneumococcique, que: Klemperer a injecté sous la peau des doses de 6 cc. de sérum de lapin vacciné et-obtenu des résultats assez favorables. Foa et Scabia, Janson ont eu de même une amélioration rapide dans plusieurs cas d'infection due au pneumocoque, Audeoud, Bouchard, Roger, Charrin, Maragtiano, ont obtenu des résultats favorables; mais les résultats, bien qu’assez satisfaisants, « ne sont pas assez démonstratifs pour que cette méthode dé trariement se soit généralisée en thérapeutique pulmonaire » (Tech. microbi et

Sero. Besson). Aussi ne peut-on encore y SONBEr, comméê traitement des suppurations oculaires.

Quant au sérum antistaphylococcique, Viquerat et Kosc, Paras, Candolo auraient obtenu un sérum préventif et curatif par injection de cultures virulentes en bouillon sucré, stérilisé par addition de 5 % d'acide phénique, qui serait antitoxique et microbicide. Capman, aurait obtenu un, sérum préventif et curatif par injection d’une culture filtrée de staphylocoques, préparée en bouilion peptonisé à 1%, et âgée de 20 jours (39). Paltchikowsky immunise le cheval par des injections de culture de staphylocoques dorés et retire ainsi un nouveau sérum. D’après Proscher, cependant, seule l’injection de staphylocoques blancs pourrait permettre d'obtenir un nouveau sérum antistaphylococcique actif. Ces travaux, peu nombreux, ont donné souvent lieu à des résultats contradictoires. Aussi ne peut-on utiliser avec efficacité une thérapeutique si peu certaine et si peu connue. - |

Le sérum antistreptococcique reste le sujet de nombreu: ses discussions. L’insuffisance du sérum de Marmorek dans les affections purement, ou à peu près, streptococciques (érysipèle, angine scarlatineuse, etc.….), ne permet pas qu'on s'en serve utilement en thérapeutique oculaire. Martin aurait cependant obtenu de bons résultats par l’association des sérums de Roux et de Marmorek, mais cette méthode n’est pas encore entrée dans la médication usuelle. Les sérums d’Aronson, de Moser, de Besredka et les sérums polyvalents se sont montrés également au-dessous de ce qu'en espéraient

leurs auteurs.

Restent les sérums antidiphtérique et antitétanique. Ce sont ceux auxquels on fait appel en ophtalmologie et auxquels mous devons demander aide pour la lutte contre les processus panophtalmitiques.

Outre son action spécifique, le professeur Mongour attribuait dans son cours de 1910-1911, quatre actions igé- nérales au sérum antidiphtérique. Il augmenterait les throm

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bozimases et produirait de ce fait une coagulation sanguine plus facile, serait un accélérateur du cœur, augmenterait les globules rouges et stimulerait la phagocytose (æpplications locales dans les infections oculaires et les brûlures).

C’est donc à lui ou au sérum antitétanique qu'il faut avoir recours dans tous les cas de panophtalmie traumatique. Nous nous conformerons à l’opinion de Darier qui dit: « La sérothérapie générale, hétérodoxe, non spécifique, doit enfrer dorénavant comme agent important de thérapeutique générale et de prophylaxie, augmentant les moyens de défense de l'organisme dans toutes les infections générales ou locales. Le sérum le plus facile à se procurer et le plus digne de confiance est le sérum de Roux, jusqu’à ce que des recherches plus approfondies nous aient donné des indications plus précises sur les mérites respectifs des divers sérums. » Enfin le sérum antidiphtérique a un avantage précieux que ne possèdent pas les autres sérums: il est analgésique. Il est surprenant de voir parfois combien les douleurs sont calmées après la première injection. Or nul n’ignore les souffrances intolérables qui assaillent les sujets atteints d’une panophtalmie; et alors même que son action bactéricide serait peu efficace, que les phénomènes infectieux continueraient leur marche envahissante, il faudrait utiliser ce sérum, uniquement dans le but de permettre aux malades de surmonter les crises si douloureuses du phlegmon oculaire.

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