INTRODUCTION
Le terme panophtalmie est synonyme d’irido-cyclo-choroïdite purulente; c’est une inflammation diffuse de tout le tractus uvéal: iris, corps ciliaire et choroïde. Mais cette, in- Îlammation se propage et ne peut guère se cantonner exclusivement dans ces trois parties constituantes de la membrane nourricière de l’œil. Tous les milieux ou membranes oculaires subissent l'effet de cette infection. C’est ce qui n’advient presque jamais au cours de la tuberculose par exemple. où l’on voit l'iris et la choroïde envahis par de petits foyers métastatiques, très localisés; il en est de même pour une syphilis bénigne. Dans ces cas, on dit: irido-choroïdite tuberculeuse ou syphilitique, mais non panophtalmie.
D'autre part la panophtalmie peut être purulente ou plastique, suivant qu’elle présente une évolution aiguë ou qu’elle procède plus lentement, plus. insidieusement, quelquefois par à-Coup.
Dans notre étude, nous ne parlerons pas de ces iridochoroïdites plastiques, à marche traînante, chronique; nous laisserons également de côté les panophtalmies d’origine endogène, métastatiques, produites par embolies septiques, au cours d'infections généralisées. La pathogénie de ces dernières est toute différente et leurs symptômes passent au second
Le
plan, à cause de la gravité de l’état général. Elles sont ordinairement au-dessus des ressources de l’art, et les différents traitements que nous allons décrire sont incapables d'empêcher la désorganisation le l’organe. Nous limiterons donc notre étude aux suppurations oculaires qui surviennent lorsque le globe a été lésé par un traumatisme accidentel, ou à celles qui sont la conséquence d’une faute d’asepsie opératoire. Personne ne se dissimule, en effet, la gravité de tels accidents, qui sont d’une fréquence relativement grande en clinique; et la question qui se pose immédiatement lorsqu'on se trouve en face d’un œil atteint de panophtalmie est celle-ci: «« Est-il possible de sauvegarder l'organe en enrayant le processus suppuratif? Est-il possible même d’avoir un pronostic plus favorable? Peut-on, dans quelques cas, conserver la fonction à cet organe très compromis? » Certains ophtalmologistes, comme Valude, Rolland, Brandenburg, Vigier, Bauer et surtout Panas, admettant le précepte de chirurgie générale qui veut que « tout foyer local d'infection soit extirpé totalement, dès que possible » (Arch. d’'opht. 1888), ont conclu à une intervention rapide, l’énucléation, jugeant ainsi la question d’une façon ‘par trop radicale. L’oculiste doit, en effet, être convaincu qu’une panophtalmie traumatiqüe peut être arrêtée « à toute période de son évolution » (Encyclop. franc. d’opht. Lagrange et Valude). Il ne devrait envisager le sacrifice de l'œil qu'après avoir perdu tout espoir de conserver une parcelle de vision; le clinicien, même en admettant que cette dernière soit à tout jamais compromise, devrait encore apporter tous ses soins à garder un moignon futur avec la meilleure apparence possible, quant à ses dimensions et à son aspect extérieur. Aussi la plupart des auteurs modernes se sont-ils montrés conservateurs, et se sont-ils efforces, parfois avec brillant succès, de repêcher des yeux jadis considérés comme inutilisables. Ils ont été grandement secondés dans cette tâche par les progrès immenses de l’asepsie et de l’antisepsie et ont ainsi répondu par l’affirmative aux questions que nous posions plus haut.
LES pe
Dans notre travail, nous désirons passer en revue les divers procédés qui ont été mis en œuvre en pareilles circonstances, essayant de définir, en un tableau succinct, la ligne de conduite à suivre, lorsqu'on se trouve en présence d’une panophtalmie, soit au début, soit en cours d'évolution, ou en présence d'une plaie opératoire infectée.
Pour mener à bien notre tâche, il nous a semblé utile d'étudier dans un premier chapitre l’étiologie et la bactériologie de la panophtalmie traumatique, çar chacun sait qu’un traitement, pour être judicieusement et rationnellement institué, doit reposer sur une connaissance approfondie des causes susceptibles d’engendrer l'affection. Dans un second chapitre, nous ferons connaître les méthodes thérapeutiques que l’on a, tour à tour, préconisées. Puis, dans un troisième paragraphe, nous discuterons la valeur de chacune d’elles comme traitements préventifs ou curatifs. Après avoir exposé les cas favorables de panophtalmies jugulées, panophtalmies traumatiques ou panophtalmies consécutives à une intervention, nous résumerons les conclusions auxquelles nous nous sommes arrêté.