I. Conditions étiologiques et mode de début
Au début, le cancer de la langue se prête facilement au traitement chirurgical ou radiothérapique. C’est un mal local, uniquement local. Il est regrettable qu'à cette phase son diagnostic ne soit fait que si rarement.
Le cancer de la langue est un de ceux dont les conditions étiologiques sont actuellement les mieux établies. C'est un cancer de l’homme, de l’homme âgé. Ses rapports avec la syphilis sont certains. Dans nombre de nos observations, nous relevons le facteur syphilis acquise ou la présence de plaques de leucoplasie contemporaines du néoplasme ou l'ayant précédé. Les dermatologistes insistent depuis longtemps sur l’étiologie syphilitique de certains cancers épidermoïdes et SÉBILEAU écrivait en tête de son rapport au Congrès de Chirurgie en 1919, rappelant les paroles de DARIER :
1°) Toute plaque de leucokératose reposant sur un fond mduré est un cancer chirurgical dont le diagnostic s'impose du fait même.de son induration et dont le traitement ne comporte qu'une seule mesure : l'ablation rapide.
2°) Toute plaque de leucokératose, lisse, en passe de
transformation verruqueuse, est un cancer histologique qu'il ne faut pas laisser devenir chirurgical, dont le diagnostic s'impose du fait même de son état Verruqueux, et dont le traitement ne comporte qu’une seule mesure : l'ablation rapide.
3°) Toute amélioration qui, dans le traitement de la leucoplasié verruqueuse, suit au début l'administration du mercure où de l’arsenic est un dangereux trompel'œil.
Enfin, nous n'avons pas, en face de lésion hybride ou d'aspect clinique douteux, la preuve souvent certaine de malignité fournie par un examen microscopique consciencieux après une biopsie correcte.
Malheureusement, il est rarement donné de voir le cancer à cette phase de début. C'est devant des lésions complexes que se trouve le chirurgien. Ces lésions créent des types anatomo-cliniques différents, justiciables de traitements divers.
Il est donc nécessaire de rappeler ces caractères anatomo-cliniques essentiels.
IT. Les variétés topographiques.
Tous les auteurs se sont essayés à classer les cancers quel que soit leur aspect macroscopique, quand du fait de leur siège et de leur extension aux tissus voisins ils sont devenus des tumeurs à développement mixte.
RecauD et Dupors-RoquErErT les distinguent en : — Epithéliomas infra-linguaux,
— Epithéliomas dorso-linguaux antérieurs (jusqu'au V Hingual),
Sn es
— Epithéliomas dorso-linguaux postérieurs (en arrière du V lingual).
Roux-BerGër el Moon envisagent trois variétés : — Les cancers dorso-linguaux antérieurs, — Les cancers dorso-linguaux postérieurs,
— Les cancers infra-linguaux.
MnéGaux (1) s'inspire de la classification de SÉBILEAU. C'est également celle que nous adopterons et qui est communément acceplée aujourd’hui.
1°) LE CANCER DE LA FACE INFÉRIEURE DE LA LANGUE OU DE LA PARTIE INFÉRIEURE DU PLANCHER, qui infiltre rapidement la partie antérieure du plancher de la bouche. C’est le cancer du plancher de la bouche de Varras, le cancer PELVI-LINGUAL de SÉBILEAU.
2°) LE CANCER DE LA MOITIÉ ANTÉRIEURE DU BORD DE LA LANGUE, qui s'étend du sillon alvéolo-lingual à la partie latérale antérieure du plancher. C’est le CANCER MARGINAL ANTÉRIEUR (SÉBILEAU). ;
3°) LE CANCER DE LA MOITIÉ POSTÉRIEURE DU BORD DE LA LANGUE, qui envahit latéralement le pilier antérieur du voile, l'amygdale, qui descend dans la partie latérale postérieure du plancher. C’est le cancer MÉSO-MARGINAL (SÉBILEAU).
4°) LE CANCER DE LA BASE DE LA LANGUE. qui envahit le pilier postérieur du voile, les parois et les gouttières pharyngées, c'est le CANCER MARGINAL POSTÉRIEUR.
Cette distinction, nous le verrons, est parfaitement Juslifiée au point de vue de la thérapeutique chirurgicale ou de la thérapeutique par les radiations.
(1) MÉNEGAUX. — Traitement du cancer de la langue par la chirurgie et les radiations. T'hèse de Paris, 1928.