CHAPITRE PREMIER
Le cancer de la langue connu depuis longtemps des médecins et des chirurgiens dans toutes ses manifestalions cliniques, paraissait il y a une centaine d'années audessus des ressources (hérapeutiques. Depuis 1650, date à laquelle Pruperxezee el de VaLoens firent les premières amputalions de la langue, les méthodes de traitement subirent des influences diverses.
L'évolution très particulière des idées à ce sujet, peut êlre, Semble-{-il, rassemblée en trois grandes étapes :
1°) La période des premières tentatives chirurgicales :
2°) La période chirurgicale vraie, avec des techniques bien établies, fondées sur les résultats des études anatomo-pathologiques ;
3°) La troisième période, période actuelle. où apparaissent les agents physiques, période de conflit et d’association des deux méthodes, où le débat est encore
ouvert.
1° La période des premières tentatives
chirurgicales.
C'est du milieu du XVIII: siècle, avec les travaux de Louis et de Kocner, que date le traitement sanglant du cancer de la langue.
Louis, dans un rapport à l'Académie Royale de Chirurgie, préconise et conseille l’amputation de la langue. À sa suite, une pléiade de chirurgiens découvrent el perfectionnent des méthodes nouvelles d'exérèse. Benjamin Berz fait la ligalure de la linguale sectionnée. JAEGER augmente les dimensions de l'orifice buccal par une décharge commissurale. Roux et SEDILLOT sectionnent le maxillaire inférieur : Cuassaignac vers 1860 substitue à la ligature progressive de la langue, la ligalture extemporanée avec l'écraseur qui porte son nom.
2° La période chirurgicale vraie.
Mais voici qu'avec l'aide des anatomo-pathologistes (Bucrorn, Vircuow, RaNviER) qui démontrent l'origine intime du mal et en fixent les caractères anatomo-cliniques, le problème thérapeutique apparaît double : cure chirurgicale des ganglions, cure chirurgicale de la lésion eausale, C'est à Mrcnez de Naney d'abord, puis à KocHEr qu'est due l'idée du curage systématique des loges ganelionnaires du cou.
En France, VerNEUR, partisan des ablalions larges, par voie trans-maxillaire où sus-hvoïdienne rermettant d'enlever d'un seul bloc espaces lvmphatiques el ganelions s'opposait aux chirurgiens anglais (\WITEHEAD.
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BurLiN) qui préféraient des interventions plus modestes sans communication de la cavité buccale et des espaces lymphatiques du cou.
Ainsi déjà, s'aflirmaient, en France et à l'étranger, les deux tendances chirurgicales qui vont s'opposer et diviser les opérateurs jusqu'à l'époque actuelle. Le débat élait porté à la tribune du Congrès français de Chirurgie en 1919. SEBILEAU, citant la phrase de TRÉLAT, apportait une conclusion formelle : « Ce ne sont pas d'habitude les grosses opérations qui conviennent au cancer de la langue, ce sont au contraire les petites opérations, car les petites opérations sont celles du début ». Varras, au contraire, partisan convaincu des opérations larges, par voie trans-maxillaire émettait un avis totalement opposé : «Je ne voudrais pas qu'on dise aux médecins : amenez vos malades de bonne heure, car on leur fera peu de choses, mais, au contraire, venez de bonne heure : on vous fera une grosse opération, il est vrai, mais vous aurez des chances d'être guéris ».
Pendant toute cette période qui s'étend jusqu’à l'aprèsguerre, une série de communications et d'articles précise des points de technique intéressants et fixe les recherches des chirurgiens et des histologistes.
On essaye de prévenir les complications d’hémorragies par la ligature pré-opératoire de l'artère linguale ou mieux de la carotide externe et les complications d'infection bronchique, par trachéotomie préventive (1).
Poirier (2), dans une série de recherches anatomochiniques, ‘précise le trajet des lymphatiques issus de
(1) Charles Moon — Trachéotomie préventive dans les opérations dirigées contre le cancer de la langue. 1Büull. el Mém. de la Soc. de Chir. Paris, 1886, t. XII, pp. 126-140-502-570).
(2) Paul PorriER — Le système lymphatique et le cancer de la langue. (Gaz. Hebd. de Méd. et de Chir., 14 mai 1902, N°38, p.433):
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la langue, fixe la topographie des ganglions du cou et préconise la toto-adénectomie systématique comme complément de la glossectomie.
MorEsTIN, par des mémoires aujourd'hui classiques, fixe différents points de technique dans les interventions dirigées contre les cancers du plancher, décrit la technique opératoire de l'évidement des gîtes ganglionnaires du cou, telle qu’elle est, à l'heure actuelle, à peu près universellement pratiquée.
3° La période actuelle.
Faisant suite à cette étape uniquement chirurgicale et qui s'étend jusqu'à l'après-guerre, l'étape actuelle marque l'entrée en ligne des agents physiques dans la thérapeutique du cancer de la langue.
L'étude biologique du cancer est poussée activement. On démontre les réactions des tissus cancéreux aux irradiations. De nombreux travaux modifient tous les jours la technique de l'application des agents physiques, étudient les causes de leurs échecs et des accidents qu'ils provoquent.
La chirurgie est peu à peu dépossédée de son rôle prépondérant dans la thérapeutique du cancer de la lanoue au profit des méthodes mixtes radio-chirurgicales ou même simplement radiothérapiques.
La question est encore en pleine évolution. L'avenir seul dira, sans doute, si l’on doit fonder sur l’action des radiations tous les espoirs qu'avaient laissé entrevoir les premières expériences.
Toute une série de travaux fixe les recherches des auteurs dans cette période d'après-guerre.
Ce sont ceux de Recaup et de ses élèves sur le mode
d'action du rayonnement et le traitement des tumeurs
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