I. — Diploscope de liémy
Le diploscope de Réniy est un merveilleux instrument qui permet d'analyser d'une manière aussi précise que rapide la vision sous toutes ses formes. C'est pour la recherche de la simulation que l'inventeur avait imaginé son appareil, grâce auquel il pouvait en quelques instants dépister le simulateur le plus averti et même préciser très exactement l'acuité visuelle de chacun de ses yeux. Puis il ne tarda cà s'apercevoir du bénéfice qu'il en pourrait retirer, non seulement dans le strabisme apparent, mais dans tous les strabismes invisibles, strabismes latents.
En séparant les images fournies à chacun des deux yeux, le diploscope a permis de préciser certains points sur l'évolution du strabisme et d'en prévoir la guérison par la rééducation des centres et les exercices rationnels des divers mouvements oculaires. C'est le sujet lui-même qui, sous le contrôle du médecin, est l'artisan de sa guérison. Ajoutons k cela que, pendant
EXEUCICES ORTHOPTIOLES
toute la durée du traitement, le médecin peut surveiller constamment les deux yeux de son malade, ce qui est absolument indispensable, principalement chez les enfants.
Le diploscope est le seul appareil de vision binoculaire; il nécessite la convergence, qui est, nous l'avons vu, le grand facteur de cette vision, tandis que le stéréoscope exige une divergence relative. Vision stéréoscopique et vision binoculaire sont donc complètement différentes, et peuvent exister à l'exclusion l'une de l'autre. On ne peut donc comparer les deux appareils, qui présentent chacun leurs indications. Néanmoins, on ne peut nier l'utilité du stéréoscope pour faire apparaître la diplopie et dans les exercices de divergence. Nous y reviendrons plus tard.
Pour faire le diagnostic complet des altérations de la vision Jiinoculaire, deux modèles de diploscope sont indispensables : un grand et un petit; car il n'est pas rare de constater chez un même sujet de la convergence pour la vision éloieiiée et de la divergence pour la vision rapprochée.
I)esciuptio.n de i,"a ['PAREIL. — Le diploscope se compose essentiellement d'une tige horizontale, portant en son milieu un disque percé de trous, à l'une de ses extrémités une mentonnière et à l'autre un taldeau de lettres. Le sujet, placé à l une des extrémités de l'appareil, peut voir les lettres du tableau à travers les trous du disque. Ces quelques notions résument l'appareil, que nous allons maintenant éludici- avec quchpies détails.
LK TllAlTEMKNT ADJUVANT DU STUMSISMK
La partie principale est le disque (Planche I. D.) Mobile autour de son centre, il présente quatre trous en croix, distants, les plus éloiiinés, de 60 mm., les plus rapprochés, de 30 millimètres. On peut très facilement placer les uns ou les autres soit verticalenlent, soit horizontalement, soit obliquement, selon leS. expériences que l'on veut réaliser ; un petit cràn à ressort fixe le disque dans chacune de ces positions. Comnie on n'ulilise à la fois que deux trous, un opercule, mobile autour du centre du disque obture les deux autres trous.
Dans le but de concentrer l'attention du sujet en l'isolant dans une certaine mesure des objets extérieurs, Rémy a placé son disque à la partie postérieure d'un cylindre noirci intérieurement, d'env,ii'on. 0 m. 20 cent, de long. Nous avons expérimenté plusieurs modèles de diploscopes et, de l'avis des malades eux-mêmes, le cylindre facilite beaucoup les expériences. Il n'est cependant pas indispensable et peut être supprimé sans inconvénient, ce qui facilite pour le patient la construction de l'appareil. Le disque est situé exactement au centre d'une tige de 1 m. 20 de long. Celle-ci est constituée par un tube en cuivre, de section carrée ou circulaire, suffisamment rigide pour résister aux mouvements imprimés à l'appaTeil. Grâce à une articulation, elle pivote autour d'un pied très stable qui permet d'élever et de fixer l'appareil à la hauteur que l'on désire .
A l'une des extrémités de cette tige, à 0 m. 60 cent .■ du disque par cotfséquent, se trouve, nous l'avons dit, un tableau de lettres. L'inventeur 'a pécfeclionné cette'
i:X KRCICES 0 RTUO PTIQ lES
partie de son instrument en iipaginant un tableau qui permet lo.OOO combinaisons. Nous ne décrirons ici (jne l'appareil le plus simple, avec lequel il est possible cependant de réaliser toutes les expériences. Il consiste en quatre rainures en croix, dans lesquelles on fait glisser soit horizontalement, soit verticalement, des cartons portant des lettres imprimées.
Dans certains cas et pour faire naître la çliplopie notamment, on remplace avantageusement les cartons ordinaires par des écrans éclairés par transparence. L'adjonction de couleurs permet aussi d'égaliser dans
Fig. 41. — Grand diploscope deRémy.
une certaine mesure deux yeux dont l'acuité visuelle est différente.
A l'autre extrémité de la tige, une mentonnière, que l'on peut hausser ou baisser, permet au sujet de se placer correctement au centre de l'appareil, les yeux à la hauteur du centre du disque.
Enfin une barrette située entre le disque et les yeux à Oni. '2H cent, du disque peut être levée ou baissée au moyen d'une charnière ; nous reviendrons plus loin sur son utilité (fig. 41).
L'appareil que nous venons de décrire est le grand diploscope qui correspond à la vision éloignée. Il a été,.
oc
LE TUAITEMliNT ADJUVANT DU STIIAUISME
bien entendu, imité et quelque peu modilié; mais c'est lui que nous préférons et que nous conseillons (1).
11 existe aussi un petit modèle, qui répond à la vision rapprochée. C'est exactement le même principe et la même coustruction, le petit diploscopc ne différant du grand que par ses dimensions plus restreintes et l'absence du cylindre. On ne l'utilise en général que pour continuer un traitement commencé avec le grand.
Pour ceux qui ne possèdent pas de diploscope et que
Fig. H. — Grand diploscopc.
les expériences qui vont suivre pourraient intéresser, nous indiquons le moyen de construire très facilement et très économiquement les deux modèles de diploscope : le grand et le petit. Nous avons fait tirer une planche à part dans le Médecin Pm/ic/en ; il suffira de découper et de coller sur un carton un peu fort chacune des figures et de les assembler en se conformant très exactement aux mesures.
iV\ Rémy vient d'imaginer un nouveau modèle de diploscopc iiiu réunit en une seule plusieurs des expériences de I ancien. Cet inslriiiu-nt permît d.i dépister beaucoup plus facilement la simulation.
EXERCICKS ORTHOPTIQUES
Grand diploscope (Fig. 42). — La tige horizontale sera une tringle de bois de 1 m. 20 de long. L'extrémité antérieure A sera destinée à s'appuyer contre le menton, l'extrémité postérieure B supportera les cartons de lettres ; au centre se trouvera le disque percé de trous. Pour bien placer celui-ci, il suffira de mesurer sur la tringle, à partir de l'extrémité A, une dislance de Om. 60, d'y marquer un trait et d'y fixer bien perpendiculairement soit en le collant, soit en le clouant, un morceau dérègle de 0 m. 12 de long et de 0 m. 01 de côté. Celui-ci devra par 'sa partie antérieure affleurer le trait. C'est sur cette face qu'il nous reste maintenant à placer le disque percé de trous et, au devant de lui, l'opercule. Après avoir très exactement repéré le centre du disque D et de l'opercule 0 en y perçant un petit trou au moyen d'une épingle, nous n'aurons plus qu'à enfoncer sur la règle, à 0 m, 07 du bas et bien au milieu, un petit clou à tête sur lequel nous aurons au préalable enfilé l'opercule d'abord, puis le disque, de telle façon qu'ils puissent facilement glisser run sur l'autre. Les deux faces noires seront, bien entendu, dirigées en avant.
A l'extrémité postérieure B de la tige horizontale, nous clouerons un petite planchette de 0 m. 05 de large et dépassant la tige horizontale de Om. 135. Nous y collerons bien au milieu la figure représentant
les deux lettres verticales qu'il n'est pas nécessaire
d'avoir collées préalablement sur un carton. De chaque côté de ce carton, à 0 m. 02 au-dessus et au-dessous du centre, nous fixerons quatre punaises ou mieux quatre
LE TRAITEMENT ADJUVANT DU STRABISME
clous à tête, dits semences, iDour permettre de glisser horizontalement l'un des deux cartons portant les lettres DOGE ou MARE.
Entre le disque et à 0"'32 de celle-ci (l'extrémité A), nous percerons dans la tringle horizontale un petit trou de 1 ou 2 "/„, de large, qui permettra de placer ou de retirer, selon le besoin, un petit écran en bois (b) de 0'"10 de haut sur 0"'025 de large. Celui-ci présentera à cet effet, à sa partie inférieure, l'extrémité d'un clou débordant de 0™01 k 0">015, et d'un diamètre légèrement supérieur au petit trou de la tige pour assurer à l'écran une plus grande fixité.
Enfin, pour permettre la possibilité de poser l'appareil SLir'une table, on clouera à O-IO environ de chacune des extrémités, deux petites tringles de bois de 0™lo de long, au-dessous et perpendiculairement à la tige (fig. 42). "
Petit diploscope. — Le petit diploscope ne diffère du grand que par ses dimensions restreintes et la position du disque qui, au lieu de se trouver comme dans le grand modèle à égale distance entre les deux extrémités de la tige, est beaucoup plus rapproché des cartons de lettres. La tige horizontale est formée d'une règle de 0^30 de long. A 0-20 de son extrémité antérieure A, une petite tige de bois de 0-095 de long et de 0'"008 de large servira de support au disque U et à l'opercule 0' qui seront fixés de la même manière que précédemment à 0™05 au-dessus de la règle horizontale. . 1 1 t+„ A l'extrémité postérieure B, une petite planchette de 0-08 de haut et de 0"'015 de large servira a coller
EXKRaCES ORTHOPTIQUES 99
la ligure ^, de telle façon que le centre, situé à égale
distance entre les deux lettres, se trouve exactement à O'"0o au-dessus de la règle horizontale. Quatre petits clous à tête permettront de glisser horizontalement, comme dans une rainure, le carton portant les lettres KOLA.
Eufm la barrette (b) sera un petit écran de 0"'08 de haut et de 0'"02 de large, qu'on pourra placer, comme plus haut, à O'"03o au devant du disque.
L iûstrument devant être tenu cà la main, il n'est pas nécessaire de fixer sous la tige de petites planchettes.
Il- — Expériences du dipîoscojje
Dans les expériences que nous allons maintenant étudier, nous avons adopté un ordre un peu différent de celui qu'on a coutume de suivre ; nous avons pensé pouvoir ainsi faire comprendre plus facilement la théorie du diploscope en passant des expériences les plus simples aux plus compliquées. Nous n'en décrirons que quatre : celle à une lettre, celle à deux lettres, à trois lettres, puis à quatre lettres. Toutes peuvent se réaliser avec le diploscope simplifié que nous venons de décrire, et suffisent à tous les exercices.
Nous ne saurions trop recommander au débutant de répéter souvent ces mêmes expériences, en s'aidant de prismes qui, en déviant les images, le placent dans les mêmes conditions qu'un sujet atteint de strabisme. Aussi, pour chacune des expériences, nous indiquerons le prisme qui réalise ce strabisme artificiel.
Nous allons d'abord présenter les expériences, et
nous en étudierons en détail le mécanisme dans le chapitre suivant.
Expérience n" 1 . — Pour réaliser cette expérience, il est nécessaire de placer bien horizontalement les deux trous du disque les plus rapprochés (30 m/m), l'opercule obturant naturellement les deux autres. Le carton horizontal D 0 G sera placé de telle sorte que
OG 00
Fif. 43. — Schéma de l'expérience n" 1.
la lettre 0 sera bien au milieu de la planchette dans l'alignement de Enfin la barrette sera mise en place,
ainsi que nous l'avons indiqué plus haut.
Comme il est facile de s'en rendre compte en jetant un simple coup d'œilsur lafig. 43, le sujet ne voit que
EXERCICES ORTUOPTIQUES
la lettre 0, la barrette b empêchant les deux autres lettres D et G d'arriver jusqu'à lui.
Expérience if — La barrette restant en place, on
utilise les deux trous les plus éloignés distants de 60 m m et placés obliquement par rapport à une ligne verticale (fig. 44). Ils doivent faire avec elle un angle denviron 30». On est d'ailleurs certain que ceux-ci sont correctement orientés, lorsque le sujet voit bien au
centre des trous les deux lettres verticales ^ placées
exactement l'une au-dessus de l'autre. Lorsque les trous sont dans la position a (fig. 45), l'œil droit voit la lettre Z et l'œil gauche la lettre N ; lorsqu'ils sont dans
102 I-E TRMTEMENT ADJUVANT DU STUABISME
la position l'œil droit voit la lettre N et l'œil gauche la lettre Z.
Expérience n" 3. — C'est l'expérience n" 1 dans la-
Fig. 46. — Schéma de l'expérience n° 3.
quelle la barrette a été supprimée. L'œil droit voit D 0 et l'œil gauche 0 G. Lorsque le sujet possède la vision binoculaire, les deux 0 sont fusionnés et il lit