I.K TRAITEMENT ADJUVANT DU STllABISMli
point commun, fixant l'accommodation et la convergence, il se produit, ainsi que nous l'avons déjà dit, un léger balancement des lettres qu'on arrivera assez facilement à éviter en fixant un point intermédiaire aux deux lettres.
En même temps cette figure montre bien que les deux lettres ne peuvent venir former leur image sur la macula, mais dans son voisinage. Sans cela, élles seraient vues l'une sur l'autre et l'une d elles disparaîtrait ainsi que cela se produit chaque fois que deux objets différents viennent impressionner deux points identiques et surtout les maculas, points identiques par excellence.
Cette expérience à deux lettres verticales est donc anormale, car nos yeux sont situés sur une même ligne horizontale et sa réalisation exige vraisemblablement un peu de déviation verticale eu haut (sursumvergence) de l'œil qui regarde par le trou le plus élevé et un peu de déviation verticale en bas (déorsumvergence) de l'œil qui regarde par le trou inférieur. C'est une position qui n'existe pas à l'état normal et l'on ne sait pas encore jusqu'à quel point cette différence dans la position relative des yeux peut avoir d'influence sur la convergence ou la divergence.
Cette expérience à deux lettres devait être décrite ici après l'expérience à une lettre, car elle présente avec elle des rapports assez nets.
Dans cette dernière, en effet, les deux trous du disque sont distants l'un de l'autre de 30 m/m et placés sur une même ligne horizontale. Le sujet ne voit qu'un seul 0 grâce à la fusion binoculaire (fig. 39).
EXERCICES ORTHOPÏIQUES 123
Dans IVxpérience à deux lettres verticales, les deux trous sont distants l'un et l'autre de la verticale de 15 m/m, ce qui au total fait 30 m/m; mais, au lieu d'être sur une même ligne horizontale, l'un est audessus, l'autre au-dessous de l'axe horizontal. Il en résulte que, comme dans l'expérience précédente, chacun des yeux voit une lettre ; mais celles-ci ont suivi le mouvement des trous. Au trou le plus élevé correspond la lettre la plus haute et inversement.
Si les trous avaient été horizontaux, les deux lettres se seraient fusionnées (expérience n» 1, fîg. 59). Ici. par suite de la dénivellation, la fusion est impossible, mais les deux lettres restent sur une même ligne verticale.
L'artifice suivant montre bien la relation existant entré les deux expériences. Si pendant que le sujet fixe la lettre 0 dans l'expérience à une lettre, on interpose devant l'un des deux yeux, devant l'œil droit par exemple, un prisme de 10° à sommet dirigé en haut, il voit immédiatem.ent deux 0 sur une même ligne verticale et le mécanisme de l'expérience à deux lettres est réalisé.
On voit à quel point les deux expériences se ressemblent puisque la différence de hauteur des lettres est en rapport avec la différence de hauteur des trous.
Indications. — Cette expérience à deux lettres verticales est indiquée dans toutes les variétés de strabisme: convergent, divergent ou vertical. Elle permet d'en reconnaître l'existence et renseigne sur le mode de déviation. Enfin, c'est celle qui fait le plus facilement disparaître la neutralisation lorsqu'elle existe.
LE TRAITEMENT ADJUVANT Dl' STRABISME
1" Strabisme convergent. — Deux cas peuvent se présenter : un œil fixe tandis que l'autre est dévié eu dedans, c'est le type le plus habituel; ou Inen la con-
Pirr 63 — Vision des lettres dans le strabisme convergent avec déviation d'un œil seul. La lettre vue par l'œil dévié est reportée en dehors, du même côté que cet œil [localisahon homonyme).
vergence est également répartie sur les deux yeux. Nous les envisagerons successivement.
a) Déviation limitée à un œil seul. — Soit un strabique convergent qui fixe avec son œil gauche (fig. 63).
L'impression et l'extériorisation de cet œil seront normales. En eflPet, dans le dispositif de la figure, les
KXEUCICES ORTIIOPTIQUKS
deux trous du disque étant à 7 heures et à 1 heure, la lettre inférieure N vue par l'œil gauche est localisée à sa place réelle. Au contraire, la lettre supérieure Z vue par l'œil droit ne vient plus former son image sur la macula, mais en dedans, en Elle sera donc extériorisée à droite de Z en Z' et le sujet verra les deux lettres dans la position.
L'extériorisation, on le voit, sera homonyme puisque la lettre Z, vue par l'œil droit, est placée à droite, conformément à la loi de Desmarres qui veut que lorsque les axes se croisent les images se décroisent ou plus simplement que toute déviation des yeux en dedans donne lieu à une diplopie homonyme et toute dénation en dehors à une diplopie croisée.
Il peut paraître impropre de parler ici de diplopie, puisque celle-ci n'existe pas en réalité. Sans doute la lettre supérieure Z, dans l'exemple de la figure 63, n'est pas localisée à sa place réelle, mais elle n'est pas vue double. L'observé, qu'il soit ou non strahique, ne voit jamais dans cette expérience à deux lettres que les deux lettres vues par tout œil normal. Mais la lettre vue par l'œil dévié, «'es/ pas localisée à sa vraie place ^ nous venons de le voir. C'est en somme une image fausse, entièrement comparable à celle vue par un œil atteint de déviation paralytique. Et si le strabique ne voit pas double, c'est que précisément cette expérience à deux lettres n'est pas une expérience de vision binoculaire, dans laquelle une même lettre est vue par chacun des deux yeux ' fig. 59;, mais une expérience de
LE TRAITEMENT ADJUVANT DU SinABlSMK
vision simultanée, les deux lettres étant vues chacune par un œil, la supérieure par l'œil droit, l'inférieure par l'œil gauche, ou inversement, suivant que les trous
1 heure et 7 heures [localisalion homonyme).
du disque occupent les positions de'l heure ou 7 heures ou au contraire de 11 heures ou 5 heures.
On ne peut donc parler de diplopie, mais en réalité celle-ci est latente, comme en témoigne la fausse projection de la lettre vue par l'œil dévié. Et c'est précisément, nous le verrons, l'un des grands avantages de cette expérience à deux lettres de pouvoir supprimer la neutralisation de l'œil dévié et réveiller la diplopie
EXERCICES OnTUOPTIQUES
latente inhérente à l'œil strabicjue. Sans cloute encore une fois il n'y a pas là diplopie au sens étroit du mot puisque le strabique ne verra toujours que deux lettres comme le sujet normal, mais la lettre vue par l'œil
Fi
11 heures et o heures [localisation homonijine).
dévié sera faussement extériorisée et vue en quelque sorte en diplopie .
h jConvergence éfjalement7'épartie sur les deuxycux. — La simple inspection de la figure montre qu'en pareil cas les doux lettres sont toutes deux faussement extériorisées, les yeux étant déviés tous les deux en dedans
LF, TRAITEMENT ADJUVANT DU STRABISMK
(fig. 64j. La lettre inférieure N, vue par l'œil gauche donne son image en dedans de la macula et est projetée à gauche, en N'. De môme la lettre supérieure Z, vue par l'œil droit, vient faire également son image en dedans de la macula et est projetée à droite en Z'. Les deux lettres Z etN sont donc faussement extériorisées et vues en images fausses, mais leurs localisations sont homonymes : Z' est reporté à droite et vu par l'œil droit, N' reporté à gauche et vu par l'œil gauche.
Si les trous du disque sont disposés suivant 1 1 heures et
Pi,T. 66. — Parallélisme des lettres et des trous du disque, ceux-ci occupant les positions de 1 heure et 7 heures {strabisme convergenl).
5 heures, la lettre supérieure étant vue par l'œil gauche et l'inférieure par l'œil droit, les lettres Z et N seraient extériorisées dans la position représentée par la fig 65.
On le voit, dans le strabisme convergent les lettres Z et N ne sont plus sur une même ligne verticale. Elles s'écartent de celle-ci et d'autant plus que la déviation estplus accentuée. Leurécartement est en raison directe du degré de strabisme et elles se disposent suivant une ligne parallèle à la ligne qui réunit les deux orifices du disque.
On pourra donc se rappeler comme moyen mnémotechnique que dans le strabisme convergent les deux lettres sont ou tendent k devenir parallèles aux orifices de l'écran. Ces orifices sont-ils placés sur 1 et 7 heures, on aura le schéma représenté par la figure 6<). Sont-ils
EXEnCICES OnrUOPTIQUES
au contraire placés sur 11 heures et sur 5 heures, le rapport des orifices et des lettres sera celui représenté figure 67.
Fig. G7 - Parallélisme des lettres et des trous du disque, ceux-ci occupant les positions de 11 heures et 5 heures {strabisme convergenl)
LE TRAITEMENT ADJUVANT DU STRABISME
2° Strahis7nedivergent.— Laii\guve 68 montre que les localisations des lettres dans cette variété sont non plus homonymes, mais croisées. Soit par exemple un stra-
Fiu- 69 - Uapports des Ir-ttres et des trous du disque, ceux-ci occupant les positions de 1 heure et 7 heures {.Hmhisme diverr,enl).
bisme divergent dans lequel l'œil gauche seul fixe, l'œil droit étant dévié en dehors (flg. 68). La lettre Z, vue par l'œil droit en dehors de la macula,est naturellement projetée en dedans (localisation croisée). Est-ce au contraire l'œilgauche qui est dévié et l'œil droit qui fixé, c'est alors la disposition inverse, mais la localisation est toujours croisée. Les deux lettres, on le voit, au lieu de se disposer dans une direction parallèle aux deux trous du disque ont tendance à se disposer suivant une ligne perpendiculaire à celle qui joindrait ces
Fi^r 70 -Rapport des lettres et des trous du disque, ceux-ci oçeup:«nt ^' les^ositions de 11 heures et S heures [strabisme divergent).
deux trous, ce qu'on peut représenter par les deux schémas ci-contre suivant que les trous du disque seront disposés suivant 1 heure et 7 heures (fig. 69) ou suivant 11 heures et 5 heures (fig. 70).
En résumé, nous dirons: dans le strabisme conver-
' EXERCICES ORÏHOPTIQUES
gent, les lettres sont vues ea localisation homonyme et se disposent parallèlement aux trous du disque. Elles sont vues au contraire en localisation croisée dans le strabisme divergent et se disposent perpendiculairement aux trous du disque.
3° Strabisme vertical. — La nécessitépour chacun des deux yeux dans cette expérience à deux lettres de se dé^ier légèrement dans le sens vertical, en haut pour l'œil qui regarde par le trou le plus élevé, et en bas, pour l'œil qui regarde par le trou le plus bas, et ceci alors même qu'il n'existe pas le moindre degré de strabisme, fait qu'on peut utiliser l'expérience pour le diagnostic et le traitement du strabisme vertical. A l'œil le plus élevé correspond naturellement l'image la plus basse et inversement à l'œil le moins élevé l'image la plus haute (fig-. 60 et 61).
Aussi, après s'être rendu compte en vertu de ce principe de la position respective des yeux, il suffira pour le traitement de cette variété de strabisme de disposer les trous du disque de manière à faire travailler chacun des deux yeux dans une position qui tende à son redressement.
L'œil droit est-il plus abaissé que l'œil gauche, on utilisera le dispositif représenté dans la figure 57, qui nécessite une légère déviation en haut de l'œil droit et un léger abaissement de l'œil gauche ; est-ce au contraire l'œil gauche qui est dévié en bas, on utilisera alors le dispositif de la figure 38, qui nécessite une légère déviation en haut de l'œil gauche et un léger abaissement de l'œil droit.
LE TRAITEMKNT ADJUVANT DU STRABISME
Plus simplement nous dirons : à rœil le plus abaissé correspondra l'orifice supérieur, et inversement à l'œil le plus élevé l'orifice inférieur.
4" Pour combattre la neutralisation. — Enfin cette expérience à deux lettres est encore indiquée pour combattre la neutralisation, pour lutter contre l aniblyopie pouvant exister d'un côté et aussi pour rechercher le mode de déviation.
Jusqu'ici, en effet, nous avons supposé que le sujet voyait les deux lettres en même temps, la supérieure avec un œil, l'inférieure avec l'autre, ce qui n'est possible qu'en l'absence d'amblyopie ou tout au moins de neutralisation. Or, nous avons vu que le plus souvent dans le strabisme l'un des deux yeux, le moins bon en général, fait abstraction de la fausse image et neutralise, cette neutralisation ayant précisément pour résultat d'évdter la diplopie, conséquence nécessaire de toute déviation de l'un des deux yeux. Aussi, lorsque la neutralisation est absolue, ou qu'un œil est amblyope, par exemple dans certaines variétés de strabisme congénital, l'expérience à deux lettres verticales ne peut trouver son indication, pas plus d'ailleurs que toute autre expérience du diploscope ou tout autre exercice orthoptique, à l'exception d'une louchette sur le bon œil.
Mais bien souvent aussi la neutralisation peut exister dans la vision normale et dans les autres expériences du diploscope à 3 et 4 lettres, alors qu'elle disparaît dans cette expérience à deux lettres verticales. C'est, qu'en effet, nous l'avons vu, cette expérience est anormale et nécessite une très légère dénivellation
EXERCICES ORTHOPTIQUES
des yeux dans le sens vertical, qui n'existe pas habituellement et qui, peut-être, n'est pas sans influence sur la suppression momentanée de la neutralisation.
Quoi qu'il en soit, la pratique démontre que la neutralisation a peu de tendance à se produire dans cette expérience et c'est dans tous les cas celle qui la fait disparaître le plus facilement. Enfin, alors même que la neutralisation persiste et que le sujet ne voit pas en même temps les deux lettres verticales, cette expérience trouve cependant son indication aussi bien pour combattre la neutralisation que pour rechercher le mode de déviation.
La neutralisation, nous venons de le dire, fait souvent défaut dans cette expérience alors qu'elle persiste dans les autres et ceci en raison des conditions anormales réalisées par le dispositif de l'expérience. Mais alors même qu'elle persiste, elle n'est pas constante. Sans doute, le sujet qui neutralise ne verra pas les deux lettres cà la fois, mais on arrive par un artifice très simple, en obturant alternativement l'un ou l'autre trou du disque, cà les lui faire voir siiccessivetnent. Est-ce la lettre supérieure qui est vue tout d'abord, on bouchera le trou du haut et bien souvent la lettre inférieure apparaîtra alors. Si cette dernière avait été perçue tout d'abord, c est l'orifice inférieur qu'il faudrait obturer pour faire apparaître la lettre du haut. On pourra ainsi, par cet exercice assez souvent répété, arriver à vaincre la neutralisation et permettre de recourir ensuite aux autres expériences.
LE TnAITliMEISr ADJUVANT DU STRABISME
5" Pour rechercher le mode de déviation. — Nous avons vu tout à l'heure que l'extériorisation dans le strabisme convergent était toujours homonyme et que la lettre vue par l'œil dévié est localisée du même côté que cet œil, à droite si la déviation porte sur l'œil droit, à gauche si elle porte sur l'œil gauche (fig. 63 et 64).
L'extériorisation est croisée au contraire dans le strabisme divergent et la lettre vue par Fœil dévié, ou si l'on veut par l'œil qui ne fixe pas, est toujours localisée du côté opposé cà cet œil, à gauche si c'est l'œil droit, à droite si c'est l'œil gauche (fig. 68).
11 suffira alors, après avoir fait partir un fil à plomb de la lettre supérieure, si c'est celle-ci qui est vue tout d'abord, de faire localiser exactement par le sujet le point où lui apparaît la lettre inférieure lorsqu'on obture l'orifice supérieur du disque, si ce point est à droite ou à gauche de la verticale. Suivant que la localisation sera homonyme ou croisée, le strabisme sera convergent ou divergent.
3» Expérience n° 3 ou expérience à trois lettres.
L'expérience à deux lettres constitue essentiellement, nous l'avons vu, une expérience de vision simultanée, contrairement à l'expérience n° 1 qui est seulement un test de fusion binoculaire et à l'expérience n° 3 qui est à la fois un test de vision binoculaire et de vision simultanée. Avant de décrire plus complètement cette dernière, il n'est pas sans intérêt de préciser les différences existant entre la vision binoculaire et la vision simultanée. Elles nous permettront do mieux com-
EXERCICbS OUTHOPTIQUES
prendre les coiidilions et les iiillications respectives de ces diti'érentes expériences.
Vision binoculaire et simlltanék. — Comme ou pouvait s'y attendre, nous avons vu que la vision simultanée persistait souvent dans le strabisme, contrairement à la vision binoculaire qui est toujours altérée. Le strabisme, en effet, est avant tout un trouble de dsion binoculaire qui fait que les deux yeux ne viennent plus converger simultanément sur le point fixé. Au contraire l'appareil de vision simultanée peut être respecté. Il n'est dans tous les cas intéressé que secondairement et d'une manière indirecte, à la suite des modifications secondaires entraînées par la déviation. Sa disparition, nous l'avons dit, est en somme une mesure de défense et a précisément pour objet d'empêcher la diplopie. Aussi la vision simultanée peut-elle être réveillée plus facilement que la vision binoculaire, comme nous Fa montré l'expérience à deux lettres.
L'embryologie et l'étude du développement pbilojçénique nous en donnent la raison et nous apprennent que l'appareil de vision simultanée précède de longtemps celui de vision binoculaire ; ce n'est que peu à pen, au cours de l'évolution ontogénique, que se développe ce dernier, en quelque sorte aux dépens de l'appareil de vision simultanée. Il tend cà le remplacer à mesure qu'on s'élève dans la série animale et c'est chez l'homme qu'il atteint son plus haut deg'ré de développement.
Nous voyons par exemple que chez les vertébrés inférieurs, comme les poissons, les yeux sont situés
IJO LE TnAITEMENT ADJUVANT DU SmABISME
latéralement de cha(^e côté de la tête, et l'animal voit simultanément avec les deux yeux des objets différents : ceux situés à droite sont vus par Fœil droit, ceux situés à gauche sont vus par l'œil gauche et un même point n'est jamais vu à la fois par les deux yeux. C'est bien là le type de la vision simultanée et les schémas suivants empruntés à Ramon y Gajalmontrent l'importance de l'entrecroisement des nerfs optiques
u niveau du chiasma .
Si celui-ci faisait défaut, chaque nerf se rendant aux
entres cérébraux situés du même côté que l'œil dont ils émanent, les images rétiniennes transmises aux centres optiques, au lieu de se contimcer l'une avec
Fig. 71. — Mode de \ision et opposition des images dans l'hypothÈse de la non-existence du chiasma (Cajal).
EXERaCKS ORTHOl'TIQUES
l'autre, s opposeraient par des bords discordants (inversiou latérale) et on ne conçoit pas comment le cerveau de l'animal pourrait reconstituer une impression totale continue (Rochon- Duvigneaud) (fig-. 71).
Mais grâce au chiasma, le nerf optique d'un côté se rend daus le lobe optique du côté opposé et inversement. L'entrecroisement des nerfs optiques corrige l'inversion latérale et grâce à lui le champ visuel de l'œil droit se juxtapose à celui de l'oeil gauche et le continue.
Ainsi les centres nerveux reçoivent l'impression d'une représentation réelle de l'horizon. C'est la
^^f t?'~ '^\s''^"J''''n'^'"imi'l«'e (poissons, reptiles, oiseaux, mammifères inr^rieiirs), grâce a i entrecroisement total des nerfs opticiiies — C, Centres corticaux. '
LE TRAITEMENT ADJDVAM' DU STllABISME
vision panoramique de Cajal ou la vision simultanée telle que nous l'avoas défmie, les champs visuels respectifs de chacun des deux yeux étant essentiellement différents et nullement superposables (fig. 72).
Mais à mesure qu'on s'élève dans la série animale, les yeux se rapprochent; de latéraux ils tendent à devenir antérieurs. La convergence des axes oculaires permet un champ visuel commun aux deux yeux et les deux rétines, au lieu de recevoir une image Irès différente, reçoivent une même image, tout au moins dans toute l'étendue où les champs visuels coïncident. Cette étendue est en raison directe du degré de convergence et c'est chez l'homme qu'il atteint son plus grand développement. La vision gagne en qualité, par la perception du relief, ce qu'elle a perdu en étendue.
Dans toute la moitié du champ visuel commun aux deux yeux les moitiés homonymes des deux rétines (moitié nasale d'un côté et temporale de l'autre, ou inversement), sont impressionnées en même. temps. Et ceci implique que ces deux moitiés, nasale d'un côté, temporale de l'autre, soient reliées au même hémisphère où les images symétriques perçues par chacun des deux yeux seront fusionnées ; sinon il y
aurait diplopie.
Cette disposition est précisément réalisée par l'apparition du faisceau direct. Très réduit chez les mammifères inférieurs, il devient plus important k mesure qu'on s'élève dans la série et atteint chez l'homme son plus haut développement (fig. 73). Toutefois, même chez ce dernier, la superposition des deux champs visuels
EXERCICKS onTUOPTIQUES
n'est jamais absolue. L'étendue du champ visuel binoculaire est toujours inférieure à la somme des champs visuels monoculaires et il persiste aux deux extrémités du champ monoculaii'e une zone de 40 degrés environ vue uniquement par la partie la plus antérieure de la moitié nasale de la rétine correspondante.
Nous pouvons donc considérer dans le champ de
Pig. 73. — Clii;isma, voies optiques et projection optique chez les mammifères supérieurs (Gajal).
c; Faisceau croisé. — (/) Faisceau direct. — G) Ganglions intermédiaires.
vision normale de l'homme deux éléments : un champ de vision binoculaire et un champ de vision simultanée. Soient par exemple trois points B', A, B, assez espacés l'un de l'autre et placés devant nous. Si nous fixons le point central A avec l'œil droit seul, l'œil gauche
LE TRAITEMENT ADJUVANT DU STIIABISME
étant fermé, les limites du champ visuel de l'œil droit seront représentées par la ligne pointillée et sa projection par la ligne a. La lettre A sera vue nettement (vision maculaire), la lettre B confusément (vision périphérique) et la lettre B' pas du tout (fîg. 74). Si au contraire, continuant à fixer le point A, nous fermons l'œil droit et fixons avec l'œil gauche seul, le champ visuel de cet œil sera représenté par le graphique h ;
Fig. 74. — Champs de vision binoculaire et simultanée.
la lettre A sera encore vue nettement (vision maculaire), la lettre B' confusément (vision périphérique) et la lettre B pas du tout. Ainsi, seul le point A est vu à la fois par les deux yeux et tout autour de lui existe un champ visuel commun aux deux yeux et dont l'étendue est figurée sur le schéma en grisé mécanique. C'est le champ de vision binoculaire. Au contraire les points B et B', situés à l'extrême périphérie sont vus
EVEnCICES ORTHOl'TIQUES
en même temps et séparément par chacun des deux yeux, B par l'œil droit et B' par l'œil gauche. C'est la vision simidtanée. Comme le point A, ils sont extériorisés à leur vraie place et n'ont aucune tendance à être neutralisés, car ils se forment sur des parties de la rétine très éloignés de la macula, comme le montre
Fig. 75. — Projection graphique du cliamp de vision commun aux deux yeux et des champs de vision simultanée.
la figure 75, assez peu sensibles par conséquent, et ils ne gênent pas la vision.
L'existence de la vision binoculaire ne peut donc être mise en doute. A côté du champ binoculaire, étudié déjà, existe un champ de vision simultanée. En nous permettant de voir les objets situés à l'extrême périphérie du champ visuel, il élargit ce dernier et nous avertit d'une manière confuse il est vrai, mais suffisante, des obstacles et des dangers qui peuvent surgir. C'est
LK TRAlTEMliNT ADJUVAM' DU STRABISME
un reste de la vision panoramique que nous avons vue si étendue chez les animaux inférieurs.
Déjà on peut se rendre compte de l'existence de la vision simultanée par le petit artifice suivant, recommandé par Parinaud. Plaçons nos deux mains au niveau des tempes et à une certaine distance de la tète. Il existe une position où chacune des deux mains est vue seulement par l'œil correspondant, ce que l'on peut facilement contrôler en fermant alternativement l'un des deux yeux. Avec les deux yeux ouverts, au contraire, les deux mains sont vues simultanément. On pourrait multiplier ces expériences.
Enfin l'expérience à 3 lettres horizontales réalise parfaitement ce mode de vision et en démontre encore mieux l'existence.
Mode de vision dans l'expérience a 3 lettres. — Elle est en somme le test par excellence de la vision binoculaire normale, celle-ci se composant, nous venons de le voir, d'un champ de visicm binoculaire et d'un champ de vision simultanée (1).
1° Vision normale. — Si on regarde dans le diploscope le mot K 0 L, la lettre médiane 0 est vue avec les 2 yeux en même temps et fusionnée (vision binoculaire) ; les 2 lettres extrêmes K et L sont vues chacune avec un œil séparément et non fusion-
(1) En parlant de la première expérience nous avons, pour simplifier, considéré ceJie-ci comme un test de vision binoculaire.
En réalité cette propriété n'appartient qu'à la troisième expérience qui comprend, comme la \ision binoculaire normale, un cliamp de vision binoculaire et un cliamp simultané. Les explications dans lesquelles nous venons d'entrer sur ce point nous permettront de n y plus revenir.
KXERCICKS ORTIIOI'TIQUES
nées (vision simultanée), car elles se forment sur des points non identiques des rétines (fig. 78).
Le sujet cjui regarde dans le diploscope le mot K 0 L voit 3 trous et par conséquent 3 lettres, alors qu'il n'y a que 2 trous. En fermant , alternativement
B"0 SJB I B'
OG OD Fig. 76. — Diplopie physiologique homonyme.
Le verre rouge R, placé devant l'un des deux yeux, rend la diplopie encore plus manifeste .
l'un et l'autre œil, il aperçoit la lettre K avec l'œil droit, et la lettre L avec l'œil gauche.
Ainsi que nous l'avons déjà vu, chacun des trous est vu double par les deux yeux et il importe d'insister un peu ici sur co dédoublement des trous que
LE TRAITEMENT ADJUVANT DU STRABISME
nous retrouverons dans la plupart des expériences du diploscope. Il est la conséquence de la diplopie physiologique et il suffit pour s'en convaincre de se reporter à l'étude de cette dernière (Voyez page 82).
Sans revenir sur sa description, on peut se rendre
compte par la seule inspection des figures ci-contre que tout point situé sur une perpendiculaix'e à la ligne qui réunit les deux yeux sera vu en diplopie homonyme lorsqu'il est placé en arrière du point fixé (fîg. 76) et en diplopie croisée lorsqu'il est situé en avant dé ce même point (fig. 77). Et nous comprenons
EXERCICES ORTHOl'TIQUES
qu'en vertu de ce principe chacun des deux trous de l'écran dans l'expérience cà trois lettres est vu double et en diplopie crçisée, puisque les trous sont situés en avant du point fixé. Peu importe d'ail-
O.G O.D Fij;. 78. — Expérience à 3, lettres. Marche des rayons lumineux.
leurs ici le mode de diplopie, homonyme ou croisée ; le fait à retenir est le dédoublement des trous.
Les deux yeux devraient donc voir ensemble quatre trous.
En effet le trou de droite a vient former dans l'œil droit son image sur la macula en m (fig. 78). La ligne
LE TRAITEMENT ADJUVANT DU STRABISME
d'impression et celle d'extériorisation se confondent et lé trou est localisé dans l'espace sur la ligne qui joint 0 à la macula de l'œil droit. Dans l'œil gauche au contraire ce même trou vient former son image àgauche de la macula; il est donc projeté à droite du
O.G O.D Kig. 79. — Expérieiic-e à 3 lettres.
DéJoiiblemsiit respectif de cliacim des deux trous.
premier, si bieu que ce trou de droite est vu double, la première image, réelle, appartenant à l'œil droit [a], et la seconde, virtuelle (a'), à l'œil gauche (fig. 78 et 79). De même le trou de gauche (ô) forme dansl'œil gauche son image sur la macula en m. Les lignes d'impression
EXERCICES ORTIIOPTIQUES-
et d'extériorisation se confondent et le trou est localisé dans- l'espace sur la ligne qui joint 0 à la macula de l'œil i^auche. Au contraire dans l'œil droit ce trou vient former son image k droite de la macula. 11 est doue projeté à gauche, si bien que le trou de gauche est également dédoublé en deux images, une première, réelle (6), appartenant à l'œil gauche, la seconde, KO L ,
Fig. 80. — Expérience à 3 lettres. ^ Les deux trous du centre sont fusionnés en un seul.
virtuelle (//;, reportée à gauche de la précédente et appartenant à l'œil droit (fig. 79). On devrait donc en réalité voir i trous lorsque les yeux convergent vers
LE TRAITEMENT ADJUVANT DU STRABISME
la lettre 0. Mais de ces 4 trous les deux plus internes , ' ayant leur image sur la macula sont extériorisés à tort sur la ligne médiane et fusionnés en un seul, situé au centre du cadran. Si bien que la lettre médiane 0 paraît vue au travers d'un seul trou central tandis que les lettres K et L sont vues chacune au travers d'un trou virtuel [a' et b') occupant précisément la place des deux trous réels, par suite du fusionnement de ces deux derniers en un seul situé au centre, fusionnement ayant entraîné le déplacement en dedans des trous aa' et bb' (fig. 80).
En résumé, dans cette expérience à trois lettres, le sujet normal voit la lettre centrale avec les deux yeux en vision binoculaire et les lettres extrêmes en vision simultanée, la lettre située à droite étant vue avec l'œil gauche et inversement la lettre de gauche étant vue avec l'œil droit. Voyons maintenant le mode de vision de ces trois lettres dans le strabisme. 11 est très variable avec sa nature et son degré.
2° S trabisjne convergent. — Soit un strabique faiblement convergent qui fixe avec l'œil droit, l'œil gauche étant dévié un peu en dedans dans la direction de la ligne X (fig. 81 ). Les deux lettres K et 0 impressionnent normalement l'œil droit et sont extériorisées à leur vraie place, en K et en 0. La lettre L, nous le savons, n'est pas vue par l'œil droit, cachée qu'elle est par l'écran.
Dans l'œil gauche, la lettre 0 vient former son image à droite de la macula en 0' et est extériorisée à gauche de 0 en 0. Le même raisonnement s'appliqiïe à la lettre L qui, venant encore former son image à
EXERCICES OHTUOPTIQUES «4»
droite de la macula, mais im peu plus près de celte dernièi-e que 0, est extériorisée à gauche de L en !.. Nous n'avons pas figuré sur le schéma ces lignes d'impression et d'extériorisation pour ne pas compliquer le dessin.
Ainsi, tandis que les deux lettres K et 0 ne subissent
Fig. 81. — Expérience à 3 lettres. Vision du strabique cônverçent avec déviation d'un seul œil. Le groupe de lettres vu par 1 œil gauche dévié se déplace à gauche.
aucune modification dans leur position, le groupe 0 L, lui, se déplace de droite à gauche dans le sens de la flèche, et d'autant plus que la convergence est
LK TRAITEMENT ADJUVANT DU STRABISME
plus marquée. Mais le rapport des 2 lettres 0 1^ entre" elles ne change pas. Elles conservent toujours la même distance et se déplacent parallèlement à elles-mêmes.
Selon que la. convergence est plus ou moins marquée les lettres pourront occuper les difTérenles positions :
Ko 0 L