EMPLOI DU STÉRÉOSCOPE DANS LE TRAITEMENT DU STRABISME
en plus pu en moins se révèle aussitôt par une dénivellation des deux lettres ; celles-ci ne sont plus vues sur une même ligne verticale : la lettre vue par l'œil correspondant est déviée du même côté ou du côté opposé suivant qu'il y a ésophorie, ou au contraire exophorie.
Mais cette expérience est en quelque sorte trop sensible. Son extrême sensibilité peut même faire croire à des troubles qui n'existent pas. C'est qu'il s'agit ici non plus d'une expérience de vision binoculaire avec fusionnement, mais d'une expérience de vision simultanée. Et, comme il n'existe aucun point commun fixantl'accommodationet la convergence, il se produit toujours, nous l'avons vu, même à l'état normal,un léger balancement des lettres que l'on n'arrive à éviter qu'en fixant un point intermédiaire aux deux lettres.
L'expérience à quatre lettres permet également de reconnaître les troubles latents de convergence. En ne considérant que les deux lettres centrales 0 et L, (la barrette verticale étant relevée), celles-ci tendent à se rapprocher l'une de l'autre s'il s'agit d'un strabisme divergent, à s'éloigner au contraire s'il s'agit d'un strabisme convergent. Mais là encore l'expérience n'est pas tout à fait démonstrative : même chez les sujets dont la vision est normale il se produit très vite des variations dans la situation respective des lettres. Il faut en effet, pour que les deux lettres restent à égale distance,que les deux yeux soient dirigés vers un point f situé entre les deux et sur le même plan que celles-ci. Or cet état d'équilibre n'est que difficilement
LE TRAITEMENT ADJUYAKT DU STRABISME
réalisable ; de même que dans l'expérience à deux lettres verticales,.les deux yeux fixent le plus souvent un point plus éloigné ou plus rapproché que le point f. Il en résulte des variations dans la position respective des lettres qui montrent bien cet état d'instabilité oculaire.
Cette expérience met aussi en évidence à quel point la neutralisation se produit facilement même à l'état normal. Nous avons vu qu'après quelques instants de fixation, très vite on voit les deux lettres se rapprocher (conséquence du relâchement de la convergence et d'une certaine divergence des deux yeux). Puis elles se superposent (à ce moment les maculas des deux yeux sont exactement dirigées vers leurs lettres respectives), et aussitôt l'une d'elles ne tarde pas à disparaître ; elle est neutralisée. Et même il est inexact de parler de superposition des lettres. Si on y regarde avec attention, jamais en n'aperçoit les deux lettres superposées, et cela même avec des lettres presque semblables, par exemple les deux lettres centrales du mot DOGE. S'il y avait superposition,c'est surtout avec deux lettres presque identiques comme 0 et G qu'elle devrait se faire le plus facilement. Or, celle-ci ne se produit pas. Suivant que l'un ou l'autre des deux yeux neutralise, c'est l'O ou le G qui est perçu, mais jamais, ne fût-ce même qu'une seconde, on ne voit apparaître le crochet à l'intérieur de l'O, preuve que la superposition des lettres ne se produit pas ; ou tout au moins si elle a lieu au début, elle n'a pas le temps d'être perçue. A peine les deux lettres sont-elles confondues que l'une