EMPLOI DU STÉRÉOSCOPE DANS LE TRAITEMENT DU STRABISME
toujours prudent, après une correction aussi minutieuse que possible, de contrôler au moyen du diploscope l'existence de la vision binoculaire. Il arrive assez fréquemment, surtout chez les myopes, que des corrections ne soient pas supportées parce qu'elles ne procurent pas cette vision.
L'examen sera fait avec le grand et le petit diploscopes (1).
Le strabisme convergent est-il au contraire compliqué de myopie,le strabisme divergent d'hypermétropie, le port de verres serait bien entendu contre-indiqué ; il n'aurait d'autre résultat que de forcer la convergence chez le strabique convergent, en l'obligeant à accommoder et la divergence chez le strabique divergent, en supprimant tout effort d'accommodation.
Chez le myope cependant la correction peut être indiquée, et quelquefois aussi chez l'hypermétrope, dans le but d'améliorer l'acuité visuelle et de faciliter par là le rétablissement de la vision binoculaire.
En même temps, on préviendra le développement de l'amblyopie chez le jeune enfant, ou on cherchera à la faire disparaître, si déjà elle s'est développée, en fermant l'œil qui fixe au moyen d'une coque opaque.
c) Enfin à un âge encore plus avancé, dès que l'enfant sait lire ou même un peu avant, commence le véritable traitement orthoptique.
(1) Chez les presbyopes, c'est le pelil diploscope qui indiquera le verre convexe à |)rescrire. Cet appareil élanl établi pour lu distance de 30 centimètres renseiune parfaitement sur la position des veux pendant la lecture ordinaire. Lorsqu'on hésite entre deux numéros, celui qui donnera la meilleure vision binoculaire doit être préféré .
l.lî TIÎ.VITIÎMEIST ADJUVANT Dli STHAP,ISJIE
1° Une l'ois l'amblyopie disparue ou si celle-ci ne s'est pas développée, il faudra combattre la neutralisation f{ui, nous le savons, ne manque jamais, puisque le strabique n'a pas la vision binoculaire.
La deuxième étape du traitement consistera donc à établir la vision simultanée, très différente, nous l'avons vu, de la vision binoculaire et plus facile à obtenir que cette dernière.
Différents moyens permettent d'y réussir.On pourra, pour gagner du temps, commencer par l'expérience à 2 lettres verticales du diploscope. Mais si la neutralisation est quelquefois vaincue en quelques instants, ailleurs elle persiste avec une ténacité désespérante. C'est qu'en effet, si, dans cette expérience, on fixe l'une des deux lettres, celle-ci est perçue très nettement par la macula, tandis que l'autre se forme assez loin d'elle et est vue en vision indirecte, et par conséquent trouble et parla même, d'autant plus facilement neutralisée.
Aussi lors de neutralisation caractérisée et difficile à vaincre par les moyens habituels, nous conseillons plutôt de recourir à notre synoscope (1). Il nous a donné dans les formes sévères des résultats supérieurs à ceux obtenus par tous les autres procédés et permettra de triompher des neutralisations les plus rebelles, surtout si l'on se sert des tests lumineux. Mais le stéréoscope suffira le plus souvent, stéréoscope de Holmes ou stéréoscope de Pigeon. Dans les deux instruments, chaque œil voit une image ; si l'un des deux neutralise, très vite on arrivera à réveiller sa sensibilité en obturant alternativement l'autre œil ou en
(1) F. Terrien. — Loc. cil.
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aiïaiblissant l'intensité de l'image vue par ce dernier.
2° La neutralisation une fois vaincue, on s'assurera que la vision simultanée persiste dans toutes les expériences du diploscope (expérience à 4 lettres, puis expériences à 3 lettres), et alors commencera le véritable traitement orthoptique :
Production de la vision simultanée ;
Fusion des doubles images ;
Etablissement de la vision binoculaire normale :
Perfectionnement de cette vision binoculaire.
Nous avons indiqué pour y réussir la conduite à suivre aussi bien dans le strabisme convergent que dans le strabisme divergent, qu'on emploie le diploscope ou le stéréoscope.
RÉSULTATS. — Le traitement orthoptique peut-il suffire à lui seul à guérir le strabisme ? Oui, dans certains cas, non, dans d'autres, et il n'est pas possible de généraliser.
Certains strabismes peuvent guérir relativement facilement ; d'autres, au contraire, offrent des difficultés à peu près insurmontables.
Javal, à la fin de son remarquable ouvrage sur le strabisme, conclut en disant que le rétablissement de la vision binoculaire par les exercices exige en moyenne un temps à peu près égal à celui qui s'est écoulé depuis le début de la déviation. On peut espérer guérir à douze ans un enfant de huit ans, qui louche depuis l'âge de quatre ans.
Grâce à la technique et aux appareils dont nous disposons aujourd'hui, nous pouvons être un peu moins
lE TRAITEMENT ADJUVANT DU STHABISME
pessimistes. Néanmoins, comme le fait remarquer le Professeur de Lapersonne, ce traitement médical dans tous les cas demandera toujours une très grande patience et beaucoup d'attention de la part des parents et du médecin. Aussi ne peut-il être tenté avec chances de succès que chez les enfants qui appartiennent à des familles ayant une certaine situation sociale (1).
Nous nous rallions complètement à cette manière de voir et nous pouvons tirer de nos observations, les conclusions suivantes :
Tout d'abord, il y a lieu d'envisager la valeur du traitement à deux points de vue très différents. Ou bien il sera employé seul, sans être suivi d'intervention, ailleurs au contraire, il précédera ou suivra l'opération dans le but de la préparer ou de la compléter.
a) Traitement orthoptique seul. — Il faut bien disdistinguer entre le strabisme convergent et le strabisme divergent. Nous supposons, bien entendu, aux deux yeux, une bonne acuité visuelle ou une différence minime entre les deux.
Dans le strabisme cozivergent, exception faite pour les strabismes de faible degré et à moins que la faculté de fusion n'ait été commencée dans le très jeune âge, te traitement orthoptique est presque toujours insuffisant. Il exige une patience qui n'est pas à la portée de tous, et souvent même alors les résultats obtenus ne sont nullement en raison des efforts dépensés. N'oublions pas que Javal lui-même, l'un des apôtres
(1) De Lapersonne. — Des indicalions dans le Iraileiuenl du strabisme. Presse Médicale, 30 juillet 1902.
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les plus fervents du traitement orthoplique seul, sans intervention chirurgicale, reconnaît c que le fusionnement dans le stéréoscope demande des jours, des semaines, des mois de patience ; il sera généralement impossible sans le secours chirurgical ». C'est que la fusion des images, dans le stéréoscope, ne produit qu'un redressement temporaire des axes visuels et ne donne pas la vision binocidaire normale.
Sans doute, celle-ci pourra être obtenue par les exercices avec le diploscope de Rémy, puis par les exercices de pseudoscopie et enfin par les exercices de fusion sans image. Mais, nous l'avons vu, tandis que la convergence est très nettement sous l'influence de la volonté, il est beaucoup plus difficile de réussir à diverger. Le relâchement de la convergence, qui déjà .pour le sujet normal exige un certain entraînement, devient à peu près impossible au strabique convergent d'uncertain degré. C'est là le gros écueil du traitement orthoptique, quel que soit le moyen employé.
Aussi, dans ces cas, il sera presque toujours insuffisant à lui seul, excepté dans les faibles degrés. Le plus ordinairement, il devra être combiné au traitement chiiurgical.
Dans le strabisme divergent au contraire, les résultats sont excellents. La fusion en position correcte une fois obtenue, on arrive par l'emploi de prismes à sommet nasal (en exagérant ainsi la divergence) à forcer de plus en plus la convergence ; et chez un sujet suffisamment intelligent et doué de la volonté néce.ssaire, il est bien rare que la correction ne se maintienne pas.