INTRODUCTION
Dans ces dix dernières années, la chirurgie intestinale a évolué avec une rapidité étonnante : les procédés opératoires se sont multipliés, les techniques se sont perfectionnées et l'on est actuellement en possession de méthodes thérapeutiques assez définitivement établies. Le traitement de l'invagination intestinale a bénéficié de tous ces progrès : La forme chronique de cette affection étant relativement rare, il nous a paru intéressant, sur les conseils de notre maître M. Ricard, d'essayer de mettre au point pour 1906 tout au moins cette question de thérapeutique chirurgicale.
La thèse de Rafinesque (1878), véritable document scientifique, restant vraie au point de vue anatomo-pathologique et clinique, tout l'intérêt de la question se résume dans la critique des méthodes thérapeutiques et le choix du procédé.
Nous avons fait sur Tinvagination intestinale chronique une enquête qui a porté auprès de presque tous les chirurgiens des hôpitaux de Paris et des chirurgiens des facultés et Ecoles de Médecine de province. Nos amis Perrone assistant de D'Antona et Kaposi assistant du Professeur Czerny, nous ont fait parvenir les documents des Universités italiennes et allemandes. MM. les Professeurs Trêves et Barker de Londres, Halsted et Kelly de Baltimore, Roux de Lausanne, nous ont fourni pour l'Angleterre, l'Amérique et la Suisse, tous les renseignements qu'ils possédaient (personnels et bibliographiques).
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Nous avons ainsi, grâce à l'accueil bienveillant qu'a reçu noire questionnaire, recueilli 2i4 observations dont i4 inédites dues à lobligeance de MM. Ricard, Delbet, Jalaguier, Souli- ^oux^ ctiirurgiens des hôpitaux, de MM. Michel (Nancy), Jeanne! (Toulouse), Bide (Clermont-Ferrand), d'Urso (Messiue), Lardennois (Reims), Colzi (Florence), Dubar (Lille). Les interventions abdominales se multipliant ont, chose curieuse, permis de découvrir des formes particulières d'invagination, d'étudier plus exactement les lésions anatomo-patholo^iqut'S si utiles aux déductions thérapeutiques, et de saisir pour ainsi dire sur le vif la pathogénie, le mécanisme de Tinvaginalion dans les différentes parties du tube intestinal : C'est la justification des chapitres particuliers que nous consacreruiis à l'invagination chronique de la partie supérieure du jéjunum, de l'appendice, du caput cœci, du diverticule de Meckel.
L'invagination n'est pas une ; elle tire sa complexité du siège qu elle occupe, de la cause qui lui a donné naissance, de la durée de son évolution.
Les !?tntistiques et les pourcentages rCoJlf riraient ici aucun inlenH. Est-il possible de comparer un vague essai de désinvagînation fait par laparotomie même en 1880 et une exclusion bilatérale de l'intestin pratiquée en 1906. Une monographie sur la question du traitement chirurgical à lui opposer ne doit plus i^Kvv une étude de statistique.
M("^nu' dans les cas paraissant à première vue semblables cominc variétés anatomiques, peut-on juger de la valeur de tel ou tf^l procédé thérapeutique, suivant les résultats définitifs ûbtoiuis iMïvisagés en bloc? Evidemment non ; une multitude de fucteurs qui nous échappent en partie à un premier examen, interviennent dans la solution du problème. Telle résection inlestinale faite le plus simplement et le plus habilement, échoue [lileusement sur un sujet épuisé, ne supportant pas le Bcliuck L>pératoire.
I^ue de difficultés pour apprécier la valeur de la conduite
tenue en face de cas chroniques opérés pour ainsi dire en pleine crise aiguë : l'intervention étant demandée au chirurgien par un malade souffrant depuis longtemps déjà, maïs ayant temporisé et ne consentant à l'opération sanglante que devant le cortège effrayant des symptômes de l'occlusion aiguë.
Rapporter in extenso les observations, réfléchir sur chacune d'elles, examiner la valeur respective de chaque procédé par rapporta un cas donné et non en tant que méthode applicable à tous, chercher à établir les grands principes généraux basés sur l'anatomie pathologique et devant guider l'intervention en se soumettant aux circonstances : tel a été le but que nous nous sommes proposé.
On ne s'étonnera pas de ne pas trouver à la fin de notre mémoire un Chapitre de Conclusions : notre travail n'est qu'une série de conclusions sur les différentes formes que revêt l'invagination chronique et sur les procédés à employer dans telle ou telle circonstance.