I. — Les traitements médicamenteux
Ils sont très nombreux. Les uns purement symptomatiques ne nous retiendront guère : expectorants, hypnotiques, opiacés, tonicardiaques. Leur emploi dans le traitement de l’abcès du poumon est analogue à celui qu'on en peut faire dans le traitement des autres pneumopathies aiguës.
Par contre, certains traitements médicaux plus ambitieux ont des visées curatrices. À l'apparition de chacune de ces thérapeutiques nouvelles, on a pu fonder de grands espoirs sur leur utihsation. Chacune a connu « des heures de renommée plus ou mois vite éteinte » (CORDIER).
L’'émétine est le médicament spécifique des abcès d’origine amibienne. Ces abcès guérissant le plus généralement sous l’heureuse influence de ce médicament et n'étant, par conséquent, pas du ressort de la chirurgie, nous ne les avons étudiés ni anatomiquement, ni cliniquement. Certains ont préconisé l’émétine dans tous les abcès pulmonaires.
Elle est en réalité inefficace lorsque l’abcès n’est pas d’origine amibienne. On devra donc la réserver aux abcès cerlainement amibiens, ou à ceux qui peuvent bénéficier du doute quant à cette origine (colonial,
RP
ancien dysentérique, etc.) ; encore ne faudra-t-il pas, dans ce dernier cas, s’y attarder et ajourner à son profit les autres traitements (CORDIER).
Les arsénobenzènes ou le traitement arsenical sous une autre forme ont été recommandés, en particulier, pour lutter contre certaines formes bactériologiques : les associations fusopirillaires.
Les sulfamides sont actuellement en vogue. S'ils ont donné des résultats, en particulier, dans les complications de certaines pneumopathies dues au pneumocoque (pleurésie purulente), ils ne nous ont pas semblé modifier beaucoup l’évolution des abcès du poumon. Peut-être faut-il penser que les sulfamides sont surtout efficaces dans les affections unimicrobiennes. Ce fait expliquerait l’échec de leur emploi dans l’abcès du poumon où d'habitude on trouve plusieurs microbes en cause simultanément.
Les médicaments à élimination pulmonaire sont pour la plupart des essences végétales : ail, thym, serpolet, eucalyptus, géranium, camphre, balsamiques. Leur action est parfois intéressante, car ils permettent la désodorisation de l’expectoration, dont la fétidité est si pénible pour le malade et son entourage. Mais il serait téméraire d'attendre davantage de leur emploi.
A ces médicaments il faut joindre deux thérapeutiques qui ont bénéficié depuis quelques années d’un préjugé favorable :
a) Le benzoate de soude intraveineux à raison de 40 ce. d’une solution à 10 % chaque jour. Son emploi ne nous à pas paru modifier beaucoup l’évolution spontanée.
0 Cr
b) L'alcool intraveineux : 20 cc. par Jour .d'une solution glucosée à 33 %, ou en goutte à goutte continu. Cette thérapeutique est l’une des plus efficaces et elle mérite d’être conservée dans l'arsenal de nos moyens.
Pour être complet, il faudrait encore dire un mot de la sérothérapie antigangréneuse, des autovaccins, des chocs (autohémothérapie, abcès de fixation, carbone intraveineux) qui paraissent avoir perdu la faveur de l'opinion médicale.
Enfin on a proposé le traitement par les ondes courtes. Cet agent physique n’a été utilisé que dans une seule de nos observations. Son emploi a déterminé, semble-t-il, une poussée évolutive et on a rapidement interrompu le traitement.
Après son étude des différents moyens médicamenteux mis en œuvre dans le traitement des abcès pulmonaires, M. CorDiER déclare : « Aucun de ces moyens n'est héroïque (émétine à part dans des cas rares). Souvent une coïncidence est interprétée avec faveur, sans faire la part des guérisons spontanées »; et plus loin : «ils ne seront jamais qu’un moven d'attente... Appliquons-les avec énergie ; ne nous y attardons pas. » De même M. ROUBIER conclut : « De nombreux traitements dits « médicaux » ont été préconisés ; mais à notre avis ils semblent agir lorsque la guérison spontanée doit se produire. » Ces deux opinions autorisées résument celle de la majorité des auteurs. Le traitement médical ne peut être responsable de guérisons qui se seraient produites spontanément ; il ne peut rien contre les lésions organisées et anciennes. Néanmoins, il doit être employé pour calmer certains symptômes et pour per-
mo
mettre d'attendre la période de décision chirurgicale ou de guérison spontanée : dans ce dernier cas la thérapeutique la plus efficace, la plus simple aussi, nous a semblé être l'alcool en injections intraveineuses.