‹ Traitement chirurgical des plaies de poitrineChapitre 3 sur 24 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

« Au commencement de la curation, il faut que promptement le chirurgien, amplyfie la plaie, si la partie le permet, tant pour donner issue à la sanie, que pour donner libre passage, aux choses estranges et les oster, comme portions d’habits, bourre, dra-

peau, papier, pièces de harnois, balles, esquilles

” d'os, sang caillé, chair dilacérée et autres choses qui

s’y peuvent trouver, et dès le premier appareil, si possible est ». C’est ainsi que s'exprime Ambroise Paré, dans son Traitement des plaies d'Arquebattes. Il établit déjà qu'il faut exciser les plaies et les débarrasser des corps étrangers. Plus loin il ajoute qu’ « après avoir tiré les choses estranges, il

. faut batailler contre l’altération de l'air, contre la

putréfaction de la plaie et les accidents » et pour ce faire, il convient d'approcher les labies ensemble. Après le principe de l’excision et du nettoyage des plaies, il pose le principe de leur suture primitive. Ces principes admis aujourd'hui par tous les chirur-

«giens, il songeait à les appliquer au traitement des plaies de poitrine puisqu'il dit : « Il y a discord entre les chirurgiens, parce que les uns sont d’avis de clore Aa playe pénétrante au dedans, le plus subit, que faire -se pourra, les autres tiennent le contraire et commandent de tenir la playe ouverte ». Aujourd’hui encore ce désaccord semble persister puisque cer- . tains chirurgiens malgré un nettoyage complet de la plaie thoracique, ne ferment pas totalement ; peutêtre parce qu’ils ont trouvé la blessure trop ancienne ou trop infectée ou peut-être encore pour permettre à l’hémothorax de se vider. Nous avons vu des blessés atteints de plaie du thorax, dont la plaie thoracique «xcisée était parliellement suturée et drainée !

D’autres chirurgiens plus nombreux, une fois la plaie pariétale entièrement excisée, ferment complétement le thorax ne s’occupant pas du sang contenu dans la cavité pleurale, respectant mème parfois des désions eostales qu’ils croient bénignes. Le traite- “ment consiste uniquement à faire des ponctions éva- -Cuatrices pour parer « aux accidents qui peuvent “venir, élant le sang en dedans retenu ».

Nous essaierons de démontrer dans cette thèse, -qu'il faut dans nombre de cas traiter les blessures -du thorax comme on traite une plaie des parties “molles, une fracture, une plaie articulaire. Nous espérons démontrer que la séreuse pleurale peut être comparée à la synoviale du genou, qu’une pleurotomie suivie de suture primitive est légitime comme est légitime une arthrotomie suivie de suture

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primitive. Nous envisagerons surtout les cas, dits moyens, traités classiquement par l’abstention, parce qu'il n’y a ni gros projectile, ni grosse hémorragie, ni large plaie d'entrée ou de sortie.

Puisque l'acte chirurgical dans les plaies de poi-

trine, pour être complet, aborde la plèvre constam-

ment, pourquoi l'évacuation immédiate de l’hémo-

thorax, dans certains cas, ne serait-elle pas légitime. La plaie pleurale existe déjà, il n’y a donc pas à la créer; d'autre part des esquilles costales sont projetées dans la cavité pleurale, ainsi que des débris vestimentaires, origine d'infection grave. Ne vaut-il pas mieux, dans certains cas, enlever tout de suite, sang, esquilles, corps étrangers, par un nettoyage

rapide et complet de la plèvre. Que penserait-on .

d’une intervention pour plaie du genou, qui se bornerait à l’excision de l’orifice, et respecterait la synoviale ? Nous espérons prouver que l’asséchement de la plèvre remplie de sang, épargnera souvent au blessé les deux complications suivantes : L'infection de l'épanchement. La reproduction de l’épanchement par pleurésie

-chronique exsudative.

Nous croyons que même dans quelques cas de plaie transfixiante du thorax, par balle, lésion con-

-sidérée comme justiciable de l’abstention opératoire,

il est quelquefois indiqué d'intervenir pour réséquer une côte fracturée. Des fractures costales sont le point de départ d’ostéites prolongées, ostéites qui

aboutissent à l'infection de la plèvre.

Au cours de l'intervention qui a pour but la résection costale,on pourra rapidement évacuer le contenu pleural ; on évitera de ce fait au blessé,une complication qui pour n’être pas immédiatement grave fait de ces blessés des infirmes.Le fait que nous avons dû chez un de nos blessés pratiquer pendant deux mois tous les cinq ou six jours une ponction évacuatrice de liquide séro-hématique, nous laisse à penser que ce blessé aurait bénéficié d’une intervention plus complète ne se bornant pas à l’excision de l’orifice d’entrée, et l’extraction du projectile intrapariétal. En résumé nous espérons démontrer dans ce travail que les plaies thoraciques doivent être souvent envisagées comme les autres plaies, et qu’en conséquence il y a lieu de les traiter comme telles, l’abstention opératoire exposant à des dangers plus grands qu'une intervention judicieuse.

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