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OBSERVATION III

Recueillie dans le Bulletin de la Société scientifique et médicale

de l'Ouest, Tome VIII, année 1899.

Epithélioma du dos de la main développé sur une vieille cicatrice de brülure, ablation ; large perte de substance comblée par un lambeau emprunté à la paroi thoracique. Guérison.

Résultats constatés au bout de 16 mois: par H. Daxor, professeur et H. Leray, chef de clinique à l'Ecole de médecine de

Rennes,

B. (Julien) âgé de 48 ans, entre à l'Hôtel-Dieu de Rennes, le 24 juin 1897.

C’est un homme vigoureux qui a toujours eu une bonne santé.

À l’âge de quatre ans, il eut la main gauche brülée et la cicatrisation fut longue à se produire, Toute la face dorsale- était le siége d'une cicatrice irrégulière, qui permettait toutefois le libre jeu des doigts.

En octobre 1894, B... se blesse à la main, il écorche sa cicatrice et peu à peu, il se forme une ulcération qui grandit d'un côté, pendant qu'elle se guérit de l’autre sous l'influence des divers traitements auxquels il est soumis.

Depuis cette époque, rien ne réussit, malgré les périodes de repos qui lui sont accordées.

Au moment de son entrée à l'Hôtel-Dieu, le dos de la main

gauche est le siége d’une large ulcération à bords irréguliers,

saillants, indurés, à fond saignant, inégal, non bourgeonnant et sans aucune trace de tissu de cicatrice.

Il existe par places des croûtes noirâtres, mélange de sang et de détritus épithéliaux.

Le système ganglionnaire est indemne. Le malade désire être débarrassé de cette pénible affection.

3 juillet 1897. — Opération. — Le malade étant anesthésié À l'éther je procède dans un premier temps à l'ablation large de l'épithélioma. Il résulte de cette extirpation une énorme perte de substance intéressant toute la face dorsale de la main. Les tendons extenseurs sont visibles dans toute leur étendue métacarpienne.

On ne peut évidemment attendre la cicatrisation spontanée et de toute pièce de cette plaie opératoire et le seul moyen de la combler me paraît résider dans une autoplastie par la méthode italienne,

Je taille dans le voisinage de l'hypocondre droit un lambeau en pont qui constituera la greffe. Deux incisions verticales de 18 centimètres environ, parallèles entre elles et distantes de 12 centimètres, limitent une bande de peau, qui, décollée par sa face profonde, devient le lambeau en pont.

Je fais ensuite disparaître toute sa doublure graisseuse en ménageant toutefois son tissu adipeux au niveau de ses insèrtions supérieure et inférieure, c'est-à-dire dans la région des pédicules, où je dois chercher à maintenir le maximum de vascularité, pour assurer la vitalité de la greffe.

La main est alors introduite sous ce pont cutané, de telle sorte que sa face cruentée s'applique exactement à la face profonde du lambeau. Pour que le contact soit parfait et constant,

j'entoure et j'immobilise le lambeau en sa position par un grand

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nombre de points de suture aux crins de Florence. J'ai fait en sorte que le lambeau soit très légèrement tendu et s'étale bien complétement.

La paume de la main est accolée au trone et repose sur la plaie thoraco-abdominale produite par la formation du lambeau autoplastique.

L’avant-bras est fléchi sur le bras, qui prend point d'appui sur le tronc.

Un grand pansement est appliqué et on s'efforce par l'apport de couches et de coussinets de ouate, par le placement des bandes et par l’adjonction de bandes plâtrées, de maintenir dans une immobilité parfaite le membre supérieur, pour éviter tout üraillement du lambeau. On soutient surtout l’avant-bras fléchi, pour que le poids de la main ne se transmette pas au pédicule inférieur du pont cutané.

Les suites opératoires sont des plus simples et le pansement reste en place jusqu'au jour où se pratique la deuxième opération, la section des pédicules de la greffe. Le malade n'a pas souffert de sa position invariable et de son immobilité, grâce à la marche normale de sa plaie et à la présence de son solide appareil plâtré.

2 août 1897. — Deuœième opéralion. — Elle est faite par le D' Leray, qui sectionne les deux pédicules du lambeau. Il les régulanise et suture leurs bords, aux deux bords cubital et radial de la main.

Après avoir aseptisé et gratté à la curette, la plaie granuleuse laissée par la prise de la greffe, on en mobilise les bords et on en pratique la réunion au moyen de sutures.

La greffe, examinée quatre jours plus tard, est très vivante,

elle adhère complétement à la main dont elle fait maintenant

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partie. Elle est un peu violacée et œdématiée; elle est également refroidie., Enfin elle est absolument insensible au contact, à la piqüre, au chaud et au froid,

Les suites opératoires sont très simples et le résultat acquis est parfait. Les mouvements des doigts prennent de la force et de l'amplitude de jour en jour.

Le malade quitte l'Hôtel-Dieu le 25 août 18937.

Le malade est revu au mois de novembre 1898, c’est-à-dire seize mois après son opération. Le résultat est excellent à tout point de vue, B... travaille avec cette main comme avec l’autre. Ila retrouvé toute son habileté.

Le lambeau est encore un peu épais ; il a une teinte bleue surtout quand il fait froid, La sensibilité est parfaite : on dirait même qu elle est plus développée en ce point que sur la main.

Les deux pointes d’un compas très rapprochées l’une de l'au-

tre sont nettement perçues.

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