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Au cours d'un récent voyage en Autriche et dans la Suisse allemande, j'ai été frappé de l'acharnement avec lequel les chirurgiens poursuivent le cancer de l'estomac, dont le traitement était depuis si longtemps du domaine exclusif de la médecine. Cette question, on peut le dire, est à l'ordre du jour; la pratique de Billroth, en particulier, s'étend déjà à un nombre considérable de cas, et chacun veut suivre les traces du maître. Ses assistants, Salzer (nommé depuis lors professeur d'université) et Eiselsberg, font de grands efforts pour perfectionner les procédés opératoires: ils expérimentent journellement sur des chiens, font des ablations de l'estomac, des pylorectomies, des gastro-duodénostomies, des gastro-entérostomies. Dans le même hôpital, à la clinique chirurgicale voisine, le professeur Albert a la même préoccupation dominante.
Dans le beau musée anatomo-pathologique de Billroth, dont Eiselsberg m'a fait les honneurs avec un empressement, une bonne grâce et une compétence remarquables, j'ai examiné un nombre considérable de pièces préparées, provenant d'opérés du même genre. Dans tous ces services on peut être sûr, môme en arrivant à l'improviste, de trouver des malades atteints de cancer à l'estomac et qui seront opérés bientôt. D'autres sont opérés depuis peu; un autre va subir l'intervention chirurgicale le jour même ou le lendemain. Et, je le répète, il n'en est pas ainsi seule-
ment chez Billrolli, qui est le pi-otagoniste de l'action chirurgicale sur l'estomac dégénéré : on peut en dire autant des services voisins ; on peut en dire autant, m'affirme-t-on, de la plupart des services d'Allemagne. Et, pour rester dans la description de ce que j'ai vu, il est certain qu'à Zurich, le traitement chirurgical du cancer de l'estomac est aussi la préoccupation dominante du moment. J'ai examiné, dans le service de Kronlein, un malade opéré depuis quinze jours et j'aurai l'occasion d'en reparler, ainsi que de cinq autres de ses opérés de gastrectomie. En nous rapprochant de Paris, je rappellerai les noms de Roux (de Lausanne) et de Courvoisier (de Bâle), dont j'aurai aussi à relater les observations. Mais faisons un pas de plus, à l'ouest, et, sous notre méridien, interrogeons les chirurgiens les plus hardis; nous verrons que la pratique est toute différente. Il est impossible de ne pas être frappé par ce contraste, quand on revient de l'étranger.
C'est ainsi que j'ai été amené à rechercher en France tout ce qui a été dit et fait en chirurgie sur ce sujet. On verra, parla suite de ce mémoire, que la comparaison entre la pratique étrangère et celle des chirurgiens français prête à des considérations extrêmement intéressantes. Je suivrai dans ce travail l'ordre dans lequel il s'est présenté à mon esprit. Je dirai d'abord ce que j'ai vu à l'étranger et ce que j'ai trouvé dans les recueils spéciaux sur ce sujet. Je donnerai ensuite le résultat de mon enquête approfondie sur l'état actuel delà pratique chirurgicale française en présence d'un cancer de l'estomac. Puis, dans une troisième partie, je comparerai les deux écoles à ce point de vue, et je tâcherai de poser les conclusions pratiques qui doivent ressortir de cette étude.