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Traitement chirurgical du cancer de l'utérus

Mes eonfrères et mes maîtres ont dû s’étonner de me voir ambitionner ce titre de « docteur en chirurgie », presque oublié dans notre Faculté, celui de « docteur en médecine » comprenant toutes les branches et conférant tous les droits de la profession médicale.

Je leur devais l’explication de ma conduite, et je leur ai dit les raisons qui m’ont poussé, à mon âge, à me présenter encore sur les bancs de la Faculté.

J’ai toujours aimé la chirurgie avec prédilection. J’ai passé cinq années dans le magnifique hôpital de la marine de Brest, suivant les leçons cliniques de MM. les professeurs Gallerand, Cras et Auffret.

J’ai suivi l’enseignement de mon excellent et vénéré maître, le Dr de Léséleuc, médecin de l’hôpital civil de Brest. C’est là que j’ai vu le premier exemple de traumatisme grave qui m’ait frappé dans le cours de mes études, et qui fut suivi d’un succès opératoire à peu près unique dans la science : je veux parler d’un homme jeune et vigoureux qui nous fut apporté presque sans vie, le 27 mai 1878, après avoir été broyé dans un accident de chemin de fer, et à qui M. de Léséleuc dut faire, séance tenante, l’amputation de la cuisse droite, celle

de la jambe gauche le lendemain, celle du bras gauche après dix-sept jours ; cet homme est aujourd’hui bien portant. Cette triple opération, à laquelle j’ai mis la main comme aide, et dont le récit a été lu à l’Académie de médecine par le Dr J. Rochard, le 5 août 1879, m’est restée dans la mémoire comme y restent souvent les premiers faits remarquables qui tombent sous nos yeux, et qui suffisent, à l’occasion, pour éveiller nos préférences et déterminer notre carrière.

A Paris, j’ai été deux ans l’aide assidu de M.le D’Alphonse Guérin, chirurgien honoraire de l’Hôtel-Dieu, ex-président de l’Académie de médecine, et trois ans l’auditeur passionné d’un enseignement toujours sympathique, celui de M. le Dr Tillaux.

J’ai donc vu faire et fait moi-même de la chirurgie pendant dix années, sous les auspices de maîtres éminents, qui m’ont appris à admirer les rapides progrès de l’art chirurgical en France.

Et cependant, plusieurs de mes compatriotes du Finistère m’ont déclaré qu’ils ne me considéraient pas comme chirurgien, puisque j’étais « docteur en médecine ». Voilà, certes, un préjugé auquel les Parisiens ne peuvent rien comprendre, mais qu’il serait très difficile d’extirper de la tête de certains Bas-Bretons, et qui semble démontrer que, dans mon cher pays, on croit encore le titre de chirurgien réservé aux corps de santé de la marine et de la guerre.

Voilà pourquoi, désirant marquer mes préférences, et ne pouvant pas, à 48 ans, recommencer une carrière difficile et briguer le titre de chirurgien- des hôpitaux,

je me suis décidé à subir de nouveaux examens et à soutenir une nouvelle thèse.

Le sujet de mon travail est complexe et difficile ; mais il m’a séduit par cette difficulté même, par les questions délicates que soulève une maladie désespérante, que nous pouvons souvent combattre avec avantage, arrêter dans sa marche, guérir peut-être, enfin par l’intérêt qui s’attache, depuis quelques années, aux efforts les plus hardis de la thérapeutique chirurgicale. L’exposé critique de ces efforts, que de nouveaux succès couronnent tous les jours, m’eût sans doute paru au-dessus de mes forces, si je n’avais été soutenu par les conseils de mon excellent maître et ami le Dr G. Richelot, dans l’enseignement duquel j’ai puisé tous les éléments de ce travail.

Je n’ai pas cherché à faire montre d’érudition ni à mentionner dans chaque paragraphe tous les noms d’auteurs et tous les procédés qu’on trouve énumérés dans les traités classiques ou les monographies. Mon but a été de mettre en lumière, avec preuves à l’appui, les idées que je crois justes, de publier des observations recueillies avec un soin scrupuleux, et d’écrire, sur les indications et le manuel opératoire, un chapitre qui puisse servir de guide à tout esprit non prévenu contre les tendances modernes de la chirurgie.

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