LÉO PEER
Une fois la face interne de l'amygdale parcourue, le doigt est reporté à la partie supérieure et on recommence.
Dès la seconde ou troisième pression, le doigt, qui a reconnu l’organe dans sa totalité, doit chercher à l'adapter autant que possible à sa forme. De cette façon les pressions s'exercent partout avec la même force. Ces pressions doivent être toujours lentes, mais de plus-en plus fortes.
Pendant qu'il les pratique, le médecin doit aussi surveiller le malade. Au moindre effort de régurgitation, il doit être prêt à les interrompre. Cependant l'habitude fait rapidement reconnaître parmi ces efforts ceux qui ne sont qu'une menace de vomissement de ceux qui peuvent en être suivis.
On exerce de quatre à six pressions (comme nous avons dit plus haut) et on laisse au malade le temps de se reposer. Le patient peut alors débarrasser sa gorge des mucosités que ces manœuvres viennent d'y faire affluer, en crachant ou en buvant quelques gorgées d’eau tiède légèrement aromatisée. Après quelques minutes d'intervalle, le médecin recommence les mêmes manœuvres, il fait ainsi deux ou trois reprises pour chaque amygdale. /
Ce sont là les manœuvres que l’on effectue quand on ne peut introduire qu'un doigt. On pratique des pressions de haut en bas ; mais souvent il arrive qu'après les avoir faites pendant quelques séances, l'écartement des mâchoires est tel qu’on peut introduire en même temps l'index etle pouce. L'index et le pouce à demi fléchis et opposés l’un à l’autre sont introduits dans la bouche jusqu’à l’amygdale. L'index est passé derrière l'organe malade et le ramène ainsi vers le pouce.
Du reste, les détails de ces manœuvres varient avec la forme et le volume de l'organe.
Que l’on exerce le massage avec un doigt ou avec deux,
chaque reprise doit comprendre de quatre à six pressions, et la séance pour chaque amygdale doit être de trois à quatre reprises. Les reprises et les séances pourront être plus longuës à la fin du traitement qu’à son début. L’habitude les fait mieux tolérer. à
Les séances peuvent être répétées tous les jours. Au commencement du traitement il y aurait plus d’inconvénients que d'avantages à les faire plus fréquentes. Plus tard, on peut les espacer et ne les faire que tous les deux ou trois jours.
Enfin, quand les deux amygdales seront enflammées, il est bon d’alterner les reprises sur chacun de ces organes.
On éprouve quelquefois des difficultés pour opérer ces manœuvres. La première est le faible écartement des mâchoires : elle est même parfois insurmontable. Le doigt ne peut pas être introduit, il faut savoir attendre ; mais il ne faudrait pas voir là une objection contre le massage. Le faible écartement des mâchoires, en effet, est dû au gonflement des ganglions sous-maxillaires ou même à la suppuration des amygdales : dans ces deux cas, le massage est contre-indiqué.
Une seconde difficulté peut tenir à la grande sensibilité du malade, qui provoquerait des vomissements au moindre attouchement. Elle demande quelques précautions, mais il est rare qu'on n'arrive pas à en triompher. Malade et médecin doivent s’armer de patience et de bonne volonté. A près une ou deux séances, on verra la tolérance s'établir et les manœuvres être acceptées avec la plus grande facilité.
Les bienfaits que l’on obtient de ce traitement ne tardent pas àse faire sentir. Avant de pratiquer le massage, la douleur provoquée par la déglutition était vive. On peut du reste s’en assurer en faisant prendre au malade quelques gorgées de liquide. Après avoir pratiqué le massage, cette douleur a diminué dans de fortes proportions. La respiration, qui était
La 33 ‘188 ide difficile par l’ augmentation de volume des: amygdales, se fait plus librement, et la voix ES en grande partie son timbre nasonné.
L'écartement des amygdales, qui est quelquefois très faible et qui même n'existe plus, les deux organes étant au contact, est plus sensible. Souvent, après une séance de massage, il atteint presque un centimètre.
On peut pratiquer le massage des amygdales dans les formes aiguës et dans les formes chroniques, et ses indications diffèrentdans ces deux cas. Nous ne nous occuperons pas ici du traitement des formes chroniques.
Dans les formes aiguës, 1l rend de grands services surtout * dans les amygdalites doubles, s’accompagnant d’une augmentation telle de ces drganes que l'isthme du pharynx est fortement rétréci. Parfois on voit, en effet, les deux amygdales se toucher presque et ne pas même laisser entre elles la place de la luette, qui est rejetée en avant.
Dans ces cas, la déglutition s'accompagne d’une vive douleur et le malade ne peut prendre d'aliments solides : il ne peut prendre que des aliments liquides tels que bouillon, lait ; la déglutition mème de la salive lui cause de la gène. Le massage a pour premier effet de calmer la douleur que provoque la déglutition. C’est surtout dans les amygdalites qui ne s’accompagnent pas de phénomènes généraux qu’on doit l’employer.
Mais il est contre-indiqué quand on se trouve en présence d’une amygdalite avec fièvre intense, gonflement des ganglions sous-maxillaires. D'abord il serait difficile à appliquer, étant donné le faible écartement des mâchoires que l’on peut obtenir ; ensuite il serait plus nuisible qu'utile en pouvant favoriser la suppuration.
Quand l’amygdalite menace de se terminer par suppuration, il faut bien se garder d’eflectuer le massage, il vaut mieux
Fa OBSERVATION PREMIÈRE
| Amyedalite aiguë. — Done: a aron suivie Fo . Guérison rapide .
. ( Docteur Maurel ) ee
# l ——— è f , À Ç -P... entre à l'hôpital le 1°’ février 1884, pour amygdalite
double datant de trois jours.
Le malade a déjà pris un vomitif, Fepepane son état ne s’est pas amélioré. 4
À son entrée, les deux amygdales sont presque au contact; la respiration est difficile et la déglutition douloureuse, il existe également un léger gonflement des ganglions sous-maxillaires. Enfin, depuis le début de l'affection, le malade est en
LED proie à une fièvre intense. La température et de 39° le soir, et de 39° le lendemain matin.
Tenant compte de cet état fébrile, de la difficulté de la déglutition et de la gène de la respiration, qui va toujours en augmentant, M. le D' Maurel se décide à s'adresser aux émissions sanguines, et pour rendre ce traitement plus efficace, pense le faire directement sur la partie enflammée.
Le malade est assis sur une chaise en face du jour, et quoique l’écartement des mâchoires soit très limité,<on DER cependant introduire le scarificateur.
C’est par l’amygdale gauche que l'opération est commencée ; elle est rendue un peu difficile par ce fait que le pilier antérieur coiffe l’amygdale, il faut beaucoup d’attention pour ne pas le blesser. Cependant en attaquant l'organe par la face externe, on peut faire une série de ponctions qui se transforment, étant donnée la forme de l'instrument employé, en incisions ; le sang s'écoule immédiatement'en bavant.
Après avoir fait plusieurs incisions en allant de bas en haut, le malade se gargarise avec de l’eau tiède pour favoriser l'écoulement.
Ces incisions n’ont causé qu’une douleur at La même opération est pratiquée alors sur l’amygdale droite. De ce côté, il est plus facile de pratiquer les incisions ; le pilier antérieur avance moins sur l'organe.
Le malade ne prend que du bouillon pendant la; journée: Comme prescription, il a un gargarisme émollient ; Le soir, le malade est mieux; la déglutition est un peu moins pénible.
Le 2 février, la température est à 36°, le malade a un peu reposé pendant la nuit et les douleurs sont moins vives ; les incisions faites la veille n’ont presque pas laissé de traces. Les scarifications sont renouvelées des deux côtés, mais de plus l’écartement des mâchoires est un peu plus grand et le doigt peut être introduit jusqu'aux amygdales. Après les