TRAITEMENT DE L’ASTHME
PAR L’ABCÈS DE FIXATION TT TE nd
I — De l’abcès de fixation
En des temps où l’Empirisme et la Mythologie guidaient les jeunes pas de la Médecine naissante, une des premières idées qui devaient surgir dans l'esprit des thérapeutes fut nécessairement de pratiquer des émonctoires par où pourraient s'échapper les humeurs mauvaises, la Maladie, voire même les divinités ou esprits malfaisants.
HIPPOCRATE, « le père de la Médecine », connaissait les cautères !
Certes, nous sommes loin de l’abcès de fixation actuel. Cependant, le principe est le même, pareil paraît le mode d’action, semblables devaient être les effets !
Aujourd’hui, alors que l’abcès artificiel s’est, par des résultats remarquables dans diverses affections aiguës, élevé aux premiers rangs des médications, alors qu’il est devenu une des armes les plus efficaces de notre arsenal thérapeutique et une méthode de traitement d’un emploi presque quotidien, il est bon de nous rappeler que, nous devançant de plus de vingt siècles, il y avait déjà, en l'Egypte des Pharaons, des médecins
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qui déterminaient des suppurations et les entretenaient dans un but curatif.
Il est légitime de se souvenir que, dans la Rome des Empereurs, GALIEN et CELSE durent une part de leur renommée au fait qu’ils pratiquaient dans toute l’étendue du dos de leurs malades, principalement de ceux atteints d’affections pulmonaires, des scarifications que la charpie amenait bientôt dans un état de purulence qu’ils avaient coutume de maintenir jusqu’à la guérison.
Qu’on les appelle « exutoires », qu’on les nomme « cautères », les ulcérations suppurées, instituées et entretenues, ont occupé une grande place dans la pratique médicale tout au long des siècles.
Il y a peu de temps encore DiEULAFOY enseignait à nos pères la pratique du séton.
Celui-ci, qui consistait en une bandelette de linge, enduite de cérat, passée sous un pont de peau saine, engendrait du pus jusqu’à son retrait.
Il nous apparaît comme le dernier chaînon avant labcès actuel.
Nous citerons seulement, parmi les auteurs qui, vers la fin du siècle dernier, se sont intéressés à cette question, CHOMEL et Louis (1850), MÉrIviER (1860), SUFFER- MAN et CAUTEL (1867), HERVIEUX et SENTEX (1880) ; nous ferons une place particulière à TROUSSEAU qui consacra le mérite de cette « médication irritante spoliative ».
Cependant, c’est FocHIER, de Lyon, qui découvrit en 1891 que l’on peut, par l'injection dans le tissu cellu-
laire sous-cutané de certains produits irritants, déterminer la formation d’un abcès.
À la collection septique, dont la suppuration prolongée a dû maintes fois cachectiser le malade, il substitua l’abcès aseptique : il remplaça le pus microbien par le pus stérile.
Personnellement, et par ses nombreux élèves, il vuigarisa une méthode qui porte à juste titre son nom.
Après lui, il serait fastidieux de nommer tous ceux qui ont traité soit de l’abcès lui-même, soit de ses applications dans les différentes affections. Ce serait dresser une liste presque intégrale des noms les plus célèbres de la pathologie actuelle.
Les auteurs et FOCHIER lui-même ont, au début, hésité entre plusieurs produits à injecter.
Le sulfate de quinine, le nitrate d'argent, l’acide lactique, des cultures microbiennes, l'acide sulfurique dilué, l'huile de croton, la cadavérine, ont été successivement essayés. Les deux premiers se sont révélés insuffisamment caustiques, les autres par trop dangereux ; aussi rapidement l’unanimité s’est faite sur l’essence de térébenthine, d’action suffisante et d’innocuité presque totale.
FocxIER conseillait d'employer l'essence stérilisée. Cependant, il a été observé que les abcès aïnsi obtenus sont moins gros (BALL) et l'emploi de l'essence commerciale s’est à peu près généralisé. Pour notre part, c’est à cette dernière que nous avons toujours fait
appel.
Le point d'élection de l'injection a été lui aussi dis-
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cuté : FocxiERr préférait l’hypogastre ou la région deltoïidienne. Cependant, de nombreux praticiens, et en particulier Duror, préfèrent la partie externe de la cuisse.
C’est à l’opinion de ceux-ci que nous nous sommes rallié, et après injection dans cette région de un centimètre cube, nous n’avons jamais observé d’accident ; il convient cependant d'éviter une injection trop profonde qui entraînerait des délabrements par trop étendus.
Grâce à une autopsie de MARMOITON sur une femme morte peu après l’institution d’un abcès, on sait que dès les premières heures la térébenthine entraîne une modification profonde des tissus, caractérisée à la fois par une nécrose des éléments cellulaires et par une vaso-dilatation marquée avec diapédèse intense.
Cliniquement on note, après quelques heures, une rougeur diffuse qui s'étend rapidement pour atteindre son maximum en quarante-huit heures, s’accompagnant d’élévation thermique locale et générale, de tuméfaction, de douleur, en un mot des signes cardinaux de l’inflammation. Vers le troisième jour, la tuméfaction devient fluctuante ; l’abcès est collecté.
FociEr conseillait d'attendre l’évolution naturelle, caractérisée dans la plupart des cas par un enkystement vers le huitième ou le dixième jour, suivi de résorption ou plus rarement par l’évacuation spontanée.
Pour notre part, malgré l'absence de septicité, fidèle au vieux principe « ubi pus, ibi evacua », nous inci-