CHAPITRE III OBÉSITÉ ET DIATHÈSES ASSOCIÉES
On sait que l'obésité présente des rapports tout particuliers avec les différentes maladies de la nutrition et certaines des maladies du groupe arthritique, groupe tropho-diathésique de Mathieu en rapport lui-même avec le groupe neuro-diathésique du même auteur.
Ces différentes affections peuvent apparaître parfois héréditaires chez les membres d’une même famille; elles peuvent aussi se succéder et même coexister sous certaines limites chez le même malade. Mais les affections avec lesquelles l'obésité est surtout liée sont : le diabète, la goutte, les différentes lithiases.
Nous allons passer en revue ces affections et voir comment chez les obèses qui sont en même temps des
diabétiques, des lithiasiques.. il convient de modifier le traitement.
ARTICLE I Obésité et diabète.
Cette association est fréquente; aussi, chez tout obèse, on doit rechercher avec soin la présence de sucre dans
les urines, surtout avant de prescrire le régime; le diabète survient quelquefois chez des jeunes gens obèses de 20 à 30 ans, comme l’a montré Lancereaux; la glycosurie est chez eux peu accentuée : 15 grammes environ. Les signes du diabète sont peu marqués.
Dans la deuxième forme, le diabète survient chez des obèses atteignant la quarantaine; ce sont alors surtout des diabétiques avec les signes classiques de cette affection. 11 peut y avoir jusqu’à 100 grammes de sucre dans les urines; il y a en même temps hyperazoturie. Mathieu a montré que souvent ce n’est pas l'obésité qui attire l'attention chez ces malades, mais plutôt les signes du diabète. Il existe aussi souvent un état de fatigue générale, nullement proportionné au travail accompli. On a discuté la question de savoir si ces obèses diabétiques peuvent être soumis à la cure d’amaigrissement. Marcel Labbé a montré qu'il ne faut pas croire que le fait de faire maigrir un obèse atteint de diabète gras et bénin provoquera l’apparition d’un diabète maigre et grave.
Bien au contraire, la cure d'amaigrissement est en méme temps une cure de désintoxication qui ne peut qu'améliorer le diabète.
Le régime devra avant tout resteindre les hydrates de carbone, et en particulier supprimer complètement le sucre; mais en ce qui concerne les hydrates de carbone, restriction ne veut pas dire suppression; un sujet à qui on donne une quantité insuffisante de ces hydrates, et à qui par compensation on donnerait une quantité exagérée d'albuminoïdes au lieu de réduire partiellement ces der-
niers, aurait à redouter le coma diabétique. Aussi on donnera une certaine quantité de pain : 50 à 100 grammes par jour, de pommes de terre; au bout d'un certain temps de ce régime, le sucre à disparu complètement; on peut alors augmenter la dose des hydrates de carbone et on procèdera par lâtonnement pour savoir quelle quantité exacte il est bon de donner.
Quant aux boissons, on se gardera avant tout du régime sec et même d’une restriction un peu importante; on sait en effet que là encore, le coma diabétique pourrait survenir. On peut d’ailleurs baser la quantité de liquide nécessaire d'après la quantité de sucre.
Les exercices physiques ne devront guère entrer en jeu que lorsque la quantité de sucre urinaire sera devenue sinon nulle, du moins très minime. Ils devront être méthodiques, progressifs, ne jamais provoquer le surmenage qui pourrait lui aussi amener des accidents. Aussi sera-t-il intéressant d'employer la mécanothérapie qui. permeltra de faire travailler sans surmenage et successivement les différents groupes musculaires. Les différents mouvements devront être exécutés sous de faible résistance de 3 à 5 kilogrammes.
Les médicaments n’ont rien de bien particulier; l'usage de l’antipyrine n’est pas contre-indiqué.
L'hydrothérapie est utilisée sous forme de douche tempérée que l’on termine en dirigeant un jet brisé sur les deux côtés de la colonne vertébrale. On peut aussi employer la douche froide ou progressivement froide avec percussion légère si le malade est en état de la supporter. Le diabétique floride sera envoyé de préfé-
rence aux eaux alcalines. Lorsqu'il y a phosphaturie, la cure devra être faite à Brides qui a une action particulière sur les phosphates de l'organisme.
La cure de l'obésité est plus facile chez les diabétiques Jeunes que chez les malades plus âgés. Il ne faut pas oublier enfin que certains diabétiques gras maigrissent quelquefois d'eux-mêmes. Richardière et Sicard conseillent d’enrayer un amaigrissement spontané trop rapide à l’aide des arsenicaux. De toute façon la cure doit être interrompue dès que l’on constate que la réaction de Gerhardt est positive.
ARTICLE II Obésité et goutte.
L'obésité et la goutte sont non moins fréquemment associées; on a alors une certaine difficulté à combiner les deux traitements, car le goutteux ne doit, sous aucun prétexte, augmenter la quantité des albuminoïdes, et l’obèse, nous l'avons vu, ne doit pas manger une quantité considérable d’hfdrates de carbone. |
Von Noorden conseille le régime végétarien réduit; nous conserverons ce régime comme base et nous l’établirons de la façon suivante :
Tout d’abord, on évitera de commencer la cure moins de 6 semaines après le dernier accès de goutte.
Ce n'est que progressivement que l’on établira le régime. Les albuminoïdes seront légèrement réduits; les hydrates de carbone ne seront pas non plus donnés en grande quantité, ce qui permettra de ne pas trop
diminuer les albuminoïdes; on donnera volontiers de 500 grammes à 1 litre de lait.
Quant aux boissons, on évitera l'alcool, le thé, le café, mais la quantité des liquides ne doit pas être trop réduite; on surveillera attentivement les reins : en cas de néphrite, il pourra être utile d'établir un régime hypochloruré.
Ce traitement est surtout indiqué pour les goutteux atteints d’obésité floride et qui, généralement vigoureux, peuvent suivre un traitement sévère. Quant aux malades atteints de goutte atonique, Mathieu conseille de leur faire suivre un traitement analogue à celui des obèses Iymphatiques.
La cure ne devra jamais être faite en cas de lésion rénale marquée.
Les médicaments seront ceux de l'obésité et de la goutte; le salicylate de soude n’est nullement contreindiqué. La vie au grand air, les sports, les jeux sont particulièrement utiles; cependant, les exercices devront être réglés, ne pas amener le surmenage, ce qui pourrait toujours provoquer une crise de goutte.
La mécanothérapie progressive et peu intense par la facilité avec laquelle on la dose, rendra les plus grands services.
L'hydrothérapie est utile, mais elle doit être prudente; on donnera des bains chauds d'une durée de 20 minutes, ? fois par semaine, suivis chaque fois d’une friction prolongée au gant de crin.
Le massage sous l’eau, pratiqué d’une facon douce, peut être aussi employé. Les différents procédés capa-
bles de provoquer la sudation, ne devront être employés que dans la limite où ils ne risquent pas, par l'excitation qu'ils amènent, de provoquer un accès.
L'électrothérapie a pu être utilisée sous forme de courants de haute fréquence.
La cure hydrominérale joue un rôle très intéressant ; les sujets en puissance de goutte peuvent être adressés aux eaux bicarbonatées chlorurées (Châtel-Guyon) ou bicarbonatées sulfatées chlorurées (Marienbad).
Les obèses qui présentent de temps en temps des accès de goutte aiguë, pourront être envoyés aux eaux alcalines ; mais celles-ci sont contre-indiquées chez les obèses atteints de goutte chronique atonique. Le traitement de choix est l’envoi du malade aux eaux sulfatées chlorurées (Brides), sur lesquelles nous ne revenons pas ici, mais dont l'action est très facilement supportée par les obèses goutteux un peu vigoureux, et aux eaux sulfatées calciques. Celles-ci sont des eaux diurétiques lavant le sang et les tissus ainsi que les voies urinaires. Elles ont aussi un rôle stimulant sur le foie; la bile est secrétée en plus grande ‘quantité; l’urée et le rapport azoturique augmentent, tandis que la teneur en acide urique est diminuée. La stimulation exercée sur le foie varie d’ailleurs avec les différentes sources. Vittel possède des sources froides dont les principales sont : la Grande Source, la Source Salée et la Source Marie.
La minéralisation est la suivante :