HISTORIQUE
L'histoire du treitement du sarcocèle tuberculeux comprend deux périodes distincies et bien tranchées par la découverte et la mise en pratique -des moyens antiseptiques.
. Avant 1'antisepsie, on considère trois stades à l’évolution du testicule tuberculeux : 4° période de crudilé; 2 période inflammaloire ; 3° période de destruction, ouverture des abcès, fistules.
Bérard, en 1856, est le premier et le seul qui ait proposé d'appliquer un traitement chirurgical à la première période dela tuberculose testiculaire, l'opération qu’il pratiquait n’était applicable que lorsqu'il existait dans le testicule des tubercules formant des masses isolées, susceptibles d’être énuclées. Par sa méthode, non seulement il incise les abcès tuberculeux, mais encore il conseille de les extirper, mettant ainsi à la place d’un abcès une plaie fraîche dont la cicatrisation est facile.
Tous les autres chirurgiens se contentaient pen-
— 12 — è dant celle première période de laffection, d’appliquer des lopiques sur les parties indurées, et en particulier l’emplâtre de Vigo (1).
Le traitement de la seconde période, ou période de coction pré-inflammatoire est le même pour tous les. chirurg ens. On substitue aux topiques des cataplasmes émollients ; on recommande je repos absolu, el on attend la formation de l’abcès el l'apparition des fistules pour instituer un traitement chirurgical.
A cette troisième période, le traitement devient très difficile, lorsque le scrotum est criblé d’ulcères fistuleux, lorsqu'il existe des complications du côté de la prostate et dès vésicules séminales, et que le malade par cette suppuration prolongée est très affaibli ; aussi verrons-nous déjà un cerlain nombre de chirurgiens conseiller l'ouverture de l’abcès sans attendre l'apparition dé la fistule.
Avant Boyer et Dupuytren, parce qu’on croyait que le testicule luberculeux se transformait en teslicule cancéreux, on opérait toujours ; on opérait la castration, la mortalité opératoire était considérable, un cas de 'ort sur quatre opérés.
Après les travaux de Laënnec, de Bayle qui signalent la coexistence du tubercule du poumon avec le tubercule d’autres organes, du testicule entre autres ; de L. Boyer, de Curling, de Cooper; connaissant mieux la nature du mal et redoutant
(1) Bérard. Th. d’Auboin, 1873,
+4 RS En , * Li *.
CRÉES cette mortalité opératoire, Boyer et Dupuytren repoussent la castration. Dupuytren dit, dans ses Cliniques qu'en dehors du danger que fait courir l'opération, « la castration provoque le suicide de beaucoup d’amputés du testicule, d’autres meurent de chagrin », aussi préconise-t-il la cautérisation ; mais jusqu’en 1871, époque à laquelle M Verneuil fait une communication à la Société de chirurgie
- le fer rouge n’est pas employé.
Dupuytren conseillait de cautériser, 4° l’entrée du trajet fistuleux avec des trochisques de minium, enfoncés à l'extrémité du trajet de la fistule. ou bien avec une dissolution de nitrale acide de mercure dans l'acide nitrique; 2° le foyer avec une solution plus ou moins concentrée de nitrate d’argent cristallisé dans de l’eau distillée : 20 à 30 grains
dans 1/2 litre d’eau.
« Velpeau rejetait aussi l’amputation de l'organe. mais 1l était partisan d'ouvrir de bonne
heure chaque abcès, et pour hâter la cicatrisation
des ulcères, de faire des injections vineuses, iodées et excitantes dans le foyer ; enfin de cautériser avec le nitrate de mercure.
Bonnet, de Lyon, employait le chlorure de zime sous forme de flèches (pâle de Canquoin), qu'il introduisait dans le trajet fistuleux.
Bouisson de Montpellier, cautérisait avec la potasse caustique.
- Vidal (de Cassis), dans son Traité de Pathologie externe (t. V), conseillait comme Velpeau
AL — d'ouvrir les abcès de bonne heure, et, lorsque les trajets étaient nombreux et à suppuration abondante, d’injecter des solutions alcooliques et iodées.
En 1854. , était parue la thèse de Dufour, donnant de Ja lie des notions fort justes, et dans laquelle il rejette la castration; « La tuberculisation secondaire de l'affection lesliculaire n’est qu'un coin du tableau pathologique qui se déroule devant le médecin ; el ia terminaison est fatale, ques qu'on fasse. »
C'est en 1871 que M Verneuil fait à la Société de Chirurgie, sa première communication sur la cautérisation au fer rouge dans les cas de tuberculose du testicule à la trois‘ème période. Intervention qu'il pratique sous le chloroformé. « Depuis quatre ans, dit-il, j'ai traité ainsi six malades ; je plonge un cautère effilé à trois, quatre ou cinq centimètres dans le trajet fistuleux; la réaction est faible, l’escharre tombe, la détersion se fait et les trajets se ferment en trois ou quatre semaines. Au lieu d'ouvrir les abcès tuberculeux avec le bislouri, je les ouvre au fer rouge. »
Il recommande de ne pas détruire trop largement l’albuginée par crainte du fongus bénin. \!. Verneuil obtient ainsi de (rès bons résultats.
Une discussion a lieu à la Société de Chirurgie, Larrey considère celte pratique comme bone, Legouest reste partisan de la castration et Chassaignac de sa méthode de la résection et du draïnage,
Abe
bars le DEA de la Sociélé de Chirurgie (4871) on trouve en effet une note de Chassaignac, rejetant la castration et conseillant un nouveau traitement, le drainage, après avoir abrasé tout le foyer suppurant.
En 1873, la thèse d'Auboin publie quatre observations de Verneuil, dont trois favoräbles à la thermo-cautérisation et une absolument probante.
En 1882, dans la Gazette des Hôpitaux, et en. 1885, dans le Journal de Médecine et de Chirur-
gie pratiques, M. Verneuil fait paraître des ar-
cles préconisant son traitement chirurgical par la cautérisation ignée sans castration.
Pendant toute celte période la majorité a donc plutôt tendance à abandonner la castration et à rejeter les méthodes sanglantes de traitement du
sarcocèle tuberculeux.
Quelques-uns cependant en restent partisans, M. Richet (si nous nous en rapportons à la thèse
de Mangin, 1873) la défend. Mais partisan de la
doctrine dualiste, ayant accueilli pour: le testicule les'idées de Rindfleisch et de Virchow sur les inflawimations caséeuses et voyant certaines glandes évoluer vers une prompte destruction, landis que d’autres peuvent rester stationnaires et même guérir, 1l réserve l’amputation du testicule pour les suppurations qu’il considère comme franchement tuberculeuses.
M. Tillaux avait pratiqué deux fois la castration avec succès. Nous voyons en effet rapportés par
MM. Monod et Terrillon dans le Trailé des malades du testicule, que, nouvellement admis à la Société de Chirurgie, dans une discussion où tous les membres qui y prirent part, se déclarèrent opposés à la castration, il ne voulut pas prendre la parole, mais il avait déjà ses deux observations de castration lui ayant donné des résultats excellents.
Dans son anatomie topographique, il admet avec Velpeau et Després une forme bénigne et une forme grave et est d’avis de proposer la castration lorsque la suppuration se prolonge, qu'elle est très abondante et épuise le malade. « Dans ces condi-
tions j'ai enlevé, dit-il, en 1863, un testicule à un
jeune homme qui était arrivé à un dernier degré d'émaciation, pendant seize ans sa santé n’a pas cessé d’être florissante, et il a succombé depuis à une affection d’une autre nature. »
Enfin, dans le Trailé dechirurgieclinique,il est
tout disposé à se montrer partisan de l'intervention précoce « afin d'enlever l'organe dès le début de
l'affection, avant que le bacille ait eu le temps
d'émigrer. »
Les chirurgiens, à partir du moment où, grâce à l’antisepsie, l’opération ne présente plus de gravité, deviennent de plus en plus partisans de l’intervention sanglante. Celle méthode devient la mélhode de choix, et la castration semble s’imposer toutes les fois du moins où le testicule et l'épididyme sont totalement envahis.
Dans les cas de tuberculose limitée, Volkmann
. préconise la curette tranchante ; après avoir incisé l’abcès, on gratte avec la curette jusque dans le tissu sain et on bourre de g'aze iodoformée.
Déjà, en 1851, Malgaiene avait proposé d’enlever à la fois les téguments et les tissus malades en pénétrant s’il le faut jusque dans le tissu testiculaire, et de tenter la réunion par première inten tion. L'opération le Malgaine, ou résection des foyers caséeux est en somme comme celle de Volkmann, une castration partielle. £ L'opinion des partisans de la castration prend
de plus en plus de poids, depuis la période antiseptique. Des observations publiées, démontrent en effet que même lorsque les organes profonds sont atteints, l’ablation du testicule n’est pas contre indiquée ; il y aurait au contraire, amélioration dans l’état général et dans l’état local. . Les chirurgiens anglais soutiennent cette thèse, Savary (Lancet, 1878), Maunder (Lancel, 1879), Bryant (Lancet, octobre 41881), Puzey (Med.
Press. and Circ. London, 1886). Observations de l’ablation des deux testicules avec guérison.
Enfin en France, Monod (Progrès médical, 4884), Terrillon, dans une lecon parue dans le Progrès médical de 1886 se déclarent pour la castralion. Dans le Traité des maladies du testicule paru en 1889, sous la signature de ces deux auteurs, ils résument ainsi leur opinion sur la castration « tant que l’épididyme est seul alteint, et qu'il n’y pas de désordres profonds dans le testi-
EPS
cule, nous croyons qu’il est bon de s'abstenir de toute intervention chirurgicale. Si les foyers tuberculeux sont peu nombreux, se ramollissent lentement, et n'ont pas donné lieu à des désordres (op étendus: l'extraction radicale des parties caséeuses avec la curette tranchante, Peut per-mettre la cicatrisation des plaies et la conservation d’une partie de la glande et cela sans récidive pendant longtemps. Lorsque les désordres sont profonds, étendus et qu’on a toutes les chances de voir des abcès et des fistules successives détruire le testicule, donner lieu à une infirmité dégoûtante et affaiblir le malade, il ne faut pas hésiter à praliquer la castration même des deux côtés, car le malade ne peut qu'en tirer un grand bénéfice pour le présent et l'avenir. » Cependant, dans un chapitre précédent, ils disent que le traitement de Verneuil peut rendre des services dans les cas surtout où les lésions des autres organes contre indiquent la castration. Mais ils s'élèvent contreles tentatives qui ont été faites pour étendre d’avanage l'emploi du thermo-cautère en plongeant la pointe du fer rouge non seulement dans les fistules, mais encore dans les bhosselures qui décèlent la présence de la matière tuberculeuse : «iln’est pas prudent d’irriter, d’enflammer et de faire suppurer des parties malades qui peuvent rester pendant longtemps à l’état stationnaire sans donner lieu à des troubles manifestes, »
M. Schwartz, dans l'Encyclopédie de chirurgie
ur
(t. VII), tout en reconnaissant que la manière de faire de M. Verneuil ne doit pas êlre rejetée, préfère aussi la castration pour peu que les lésions soient étendues.
Si même la prostate était indurée et les vésicules orosses, ce ne serait pas une raison pour M. Le Dentu de s'abstenir ; il arrive souvent quand les lésions ne son! ,pas trop avancées, qu'elles rélrogradent après l’ablation des parties malades.
Poulet et Bousquet (Pathologie externe) déclarent également la castralion l'opération de choix “quand les dépôts sont nombreux, diffus et que le testicule est atteint avec l’épididyme.
Au quatrième Congrès français de chirurgie de 1889, la question des tuberculoses locales est mise à l’ordre du jour, La plupart des chirurgiens se déclarent partisans de l'intervention sanglante. (Ollier, de Lyon, Bousquet, de Clermont, Mollière, de Lyon, Bæœckel, de Strasbourg, TFerrillon, Routier, Le Dentu et Schwartz).
La statistique de M. Routier, surcent cinquante observations dé luberculoses locales, comprend cinq ablalions de testicules tuberculeux qui lui ont donné cinq succès. À Ja suite de ses interventions il n’a Jamais noté le réveil de la diathèse.
M. Le Dentu dit que les opérations tentées coulre les tuberculoses locales sont fréquemment efficaces, à la condition qu'on les fasse complètes et de facon précoce.
M. Schwartz apporte une statistique de deux
= 20 — cents cas dont six castrations ; sur les six castrations, quatre ont guéri ; sur les deux autres cas, un des malades est revenu avec un abcès luberculeux de Ja prostate, l’autre est mort de tüberculose pulmonaire peu après son opération.
M. Verneuil seul, tout en reconnaissant l’excellence des résultats immédiats, formule ses réserves au sujet des résultats éloigtés. Re En 1891, à l'Association francaise pour l’avancement des sciences (session de Marseille) il se montre aussi calégorique : « les suites ultérieures sont lamentables ».
Il est soutenu dans son opinion par M. Reboul, qui préconise les injections interstitielles de naphtol camphré (4 à 5 gouttes tous les 8 à 10 jours dans les nodosités de l’épididyme et du testicule) ; el par M. Villeneuve qui vient dire qu’en règle générale, il ne faut Jamais faire de castration pour tuberculose lesticulaire. La clinique, d’après ce dernier, démontreque les résultats sont aussi bons, sinon meilleurs quand on se borne à agir par les moyens généraux, et, si ceux-ci font défaut, par le raclage et surlout le fer rouge. Quand Pépididyme seul est atteint, la résection isolée de cet organe peut suffire. M. Villeneuve a pratiqué cette opération en 1889. Mais admettant l'opinion de Lancereaux et Guyon qui soutiennent que, dans l'immense majorité des cas, la tuberculose génitale commence chez l’homme par la vésicule, Villeneuve croit qu'au début, quand le diagnostic peut
être fait, il y a avantage à pratiquer l’ablation de cet organe. HT
C'est ce que Roux, de Lauzanne, à fail par la voie périnéale. M. Villeneuve a pratiqué celte opération avec succès, en pénétrant par le lrajet inguinal, après avoir ouvert la vaginale et réséqué l’épididyme en tirant sur le canal déférent, en décollant le tissu cellulaire, pour arriver sur la base de Ia prostate et de la vésicule.
Le résumé de la question du traitement de teslicule tuberculeux paraît avoir été donné par M. Reclus dans le Traité de chirurgie (t. VilP. |
Déjà, en 1876, avec laide de Malassez, il avait démontré ce que nous trouvons dans sa thèse inangurale, que la doctrine dualiste n'avait pas sa raison d'être, que l’inflammation caséeuse n'était pas aulre que de la tuberculose. Il avait établi ce
que la loi de Louis avait de trop absolu et combien
souvent le testicule est frappé sans lésion concomitante du poumon. Au sujet du traitement, les opinions qu'il exprimait déjà, sont celles que nous trouvons reproduites dans le Trailé de chirurgie de 1892. « Il ne faut pas pratiquer la castration hà-
“tive, comme on enlève un sein atteint de cancer :
mais cette opération rend des services dans les suppurations intarissables. » Il n’admet pas les objections que l'on oppose à la castration : « la gravité est un argument sans valeur depuis l’antisepsie ; la mortalité est réduite à zéro ; grâce à la cocaïne, on enlève le testicule sans douleur. Reste
de TR
le réveil de la diathèse par l'intervention, lout d’abord ce fait est exceptionnel, puis rien ne prouve que l'opération doive être incriminée (1) ».
Cependant il réserve la castration pour les cas où testicule etépididyme sont presque entièrement envahis. Quand l’épididyme seul est atteint, iin'intervient pas, traile les manifestations aiguës par le repos et les antiphlogistiques, ouvre les abces el cautérise les fistules, pour faciliter l’écoulement du pus, et provoquer l'évacuation du foyer. Dans sa thèse de 1876, il estimait que le lraitement de Verneuil devait être pris en très grande considération. 2
D’autres traitements ont été préconisés dans ces dernières années dans les cas où les lésions sont encore peu avancées. On peut avoir recours aux in- Jections d’éther todoformé.
Le naphtol camphré a été préconisé par Reboul.
La lymphe de Koch a élé également employée.
La solution de chlorure de zinc au vinglième, préconisée par M. Lannelongue, et injeclée non plus en plein foyer, mais au pourtour du noyau que l’on entoure ainsi d'une zone sclérogène, a donné des résullats entre les mains de MM. Ozenne et Desnos. Sur six cas ce dernier aurait eu quatre résullats excellents.
M. Reynier a de nouveau employé la cautérisation au fer rouge, ayant d'abord pratiqué cette opé-
(4) Loc. cit
ration sur des malades dout la guérison semblait impossible, il les vit rapidement s'améliorer ; il l’appliqua ensuite à des cas moins avancés, et même à des cas de tuberculose génitale au début et oblint,en modifiant quelque peu la méthode préconisée par M. Verneuil des résullats qui lui parurent très concluants.
MANUEL OPERATOIRE
Voici comment il faut procéder. Le patient esl endormi au chloroforme profondément, car l'opéralion est longue, parfois très longue, et il faut de la patience pour la mener à bien.
Qu'il y ait foyer suppurant ou non, les prescriptions antiseptiques doivent êlre scrupuleusement observés. Le scrotum, la verge, le périnée doivent être r'asés soigneusement, lavés au savon pendant cinq minutes, puis au sublimé et enveloppés dans des compresses de Bœckel.
Les mains de l’opéraleur doivent être désinfectées comme pour une opération sanglante. On allume une pointe longueel mince de (hermo-cautère el saisissant le testicule de la main gauche, l'index et le pouce placés à travers la compresse humide de chaque côté du noyau qu’on veut déitruire ; on plonge celte pointe dans les foyers malades.
On le fait pénétrer soit par les trajels fistuleux,
| s’il en existe, soit à travers la peau par un orifice que l'on crée avec la pointe pour pénétrer, soil dans l’abcès qui bombe sous les téguments, soit dans le noyau induré.
Par le mince orifice d'entrée fistuleuse ou . on peut détruire la plus grande partie d’une zone épididymaire malade, en faisant évoluer la pointe en tous sens.
S'il existe plusieurs fistules on pénètre suCCessivement par chacune d'elles ; s’il y a plusieurs noyaux indurés on les attaque à tour de rôle.
Il faut chauffer le thermo-cautère au rouge vif, car, à peine entré dans les tissus malades il s'en croûte d’une zone carbonisée qui laisse difficilement passer la chaleur ; et lon est forcé de retirer la pointe pour la nettoyer.
La main gauche doit apprécier le travail de destruction de l'instrument; pour être sûr d’obtenir un bon résultat, la ch°leur déterminée doit être telle que la main qui tient le testicule éprouve une sensation de chaleur intense et qu’on renouvelle les compresses humides plusieurs fois pour ce motif.
En général, trois piqûres suffisent pour la destruction totale de l’épididyre et même du testicule, s’il est infiltré. |
La durée de l'opération est d'environ une heure. La destruction ignée terminée, on enveloppe le scrotum dans des compresses de sublimé qu'on renouvelle deux fois par Jour. ;
OT
Après quelque temps, ce pansement peut être remplacé par un pansement iodoformé.
Un mois à six semaines après l'opération les fislules sont fermées, le cordon reprend son état: normal ainsi que ce qui reste du testicule et de l’épididyme. É
Les malades reviennent à la santé, conservant un noyau épididyme testiculaire dans leur scrotum. ;
Le plus souvent, quand 1l existe des lésions du côlé de la prostate et des vésicules séminales, ces lésions diminuent, l'état générai s'améliore grâce à la suppression du foyer suppurant, cause d’af-
faiblissement pour le malade aggravée par son état moral.
Les suites opératoires ne donnent lieu qu’à des douleurs fugaces et très supportables. La cicatrisalion obtenue on perçoit avec les rudiments lesliculaires des cordons qui marquent le trajet des fistules. : |
Jl va sans dire que dans les cas les plus ordinaires la fonction physiologique de la glande est totalement aboiïie, reproche qui peut s'adresser à toutes les méthodes de lraitement.
OBSERVATION I (Service du D' Reynier).
B.. À., 40 ans, entré à l'hôpital Tenon, salle Seymour, n° 13 bis, le 10 février 1894. — Diagnostic : Epididymite tuberculeuse double.
Il y a dix mois environ, le malade constate la pré-
sence, au niveau de l'épididyme droite, d'une petite tumeur qui s’ulcère et reste fibreuse. Complètement négligent de cet accident, le malade ne consulta personne et ne fait que protéger la lésion contre les frottements. Quelques mois après seulement la tuberculose se manifeste à gauche, et ce nouvel accident détermine le malade à entrer à l'hôpital.
- A ce moment l'examen pulmonaire ne permet de constater qu'une obscurité relative peu manifeste; un peu de rudesse à droite ainsi qu'une respiration granuleuse au même niveau au sommet.
L'examen génital permet de constater des lésions aux deux épididymes qui ont augmenté de volume et irrégulièrement bosselés, des fistules siègent à la partie postérieure du scrotum, elles conduisent à l’épididyme et laissent suinter un liquide séro-purulent.
Le malade n'accuse aucun antécédent syphilitique e on ne trouve de la syphilis aucun stygmate.
Le toucher rectal permet de reconnaitre que le lobe
CTI ND droit de la prostate est dur, volumineux, bosselé, la vésicule séminale correspondante participe aux lésions ; elle est volumineuse.
A gauche état considéré comme normal.
25 février. — Le malade s'est reposé, on lui a prescrit un régime réconfortant ; la cautérisation ignée de l’épididyme est pratiquée avec le modus faciendi que nous avons développé; les foyers des deux épididymes ont été détruits. |
1Tavril. — L'épididyme gauche est à peu près complètement guéri, le volume de l'organe s’est rapproché sensiblement de la normale ; il n'existe plus de suppuration de ce côté. <
A droite un trajet fistuleux persiste qui produit une assez grande quantité de liquide. On pratique dans ce foyer une nouvelle cautérisation ignée.
10 avril. — Le testicule droit est guéri, régulier et de volume normal, le testicule gauche ne suppure:plus et marche dans la voie de l'organe symétrique.
22 avril. — Le malade sort de l'hôpital, avec un scrotum sain, presque pas d’adhérence à la peau, :les moignons de l'organe détruit ne présentent aucune réaction à l'examen.
OBSERVATION II (Service du D' Reynier).
A. A., 20 ans. Entré salle Monthyon, n° 11 bis, le 20. avril 1892, — Ce malade n’a jamais eu de
ë chaude-pisse. Il y a six ans, ce jeune homme reçut “un toup de pied sur le, testicule gauche. Pendant
deux mois il ne constata ni douleur, ni rougeur, ni œædèmeé, ni gonflement de la bourse correspondante; il continua son travail.
En 18806, il remarqua que cette même Roues gauche contusionnée grossit insensiblement, et cela pendant trois mois; pas de souffrance au début, puis une nuit la bourse se perce et un ae purulent s'en écoule. Pas de douleur.
Le maïiade s’en va à Saint-Louis où, selon son dire, on se borne à lui prescrire l'application de cataplasmes et de compresses phéniqués qui n’amenèrent aucune améhoration. Il revient à Saint-Louis où il est admis et traité par des injections d'éther iodoformé.
Au bout de six mois la fistule se ferme, le malade
sort de l'hôpital, rentre chez lui et reprend son travail pendant quinze jours.
La fistule se rouvre pour la seconde fois et le malade se présente à la consultation, à Tenon, de M. Reynier.
29 avril. — Destruction ignée des foyers avec une pointe très grosse. Pansement indiqué.
7 nai. — On constate du sphacèle de tous les tissus avoisinant le trajet détruit. La plaie émet une odeur très désagréable. On fait un pansement sec avec. la poudre d’iodoforme et la gaze iodoformée; pansement qu'on renouvelle tous les trois jours.
Le 149 mai, les tissus sphacélés se sont éliminés, ef
la plaie se comble, la guérison semble entrer en bonne voie. | + |
28 mai. — La plaie se ferme, au fond de la plaie, la zone de suppuration égale environ, en surface, une pièce de deux centimes, les bords bourgeonnent et se rapprochent. Il n'existe pas de fièvre. L'état général est très bon et le malade ne souffre pas.
10 juin. — Persistance d'un point qui suppure très légèrement, mais sans trajet fistuleux. Le malade demande à quitter le service.
OBSERVATION II (Service du D' Reynier).
M. J..., âgé de 31 ans, entre le 6 mai 1892, salle Monthyon. n° 20 bis, pour tuberculose testiculaire.
Il y a deux ans, brusquement et sans cause appréciable, le testicule est devenu très gros dans une seule nuit, rouge et douloureux.
Le malade dut cesser son travail, sans être toutefois obligé de garder le lit. Le testicule a continué de grossir pendant deux mois, puis à ce moment, le scrotum s’est ouvert à la partie postérieure et un liquide purulent s’est échappé. La fistule ne s’est pas fermée et 1] y existe un écoulement continuel qui détermine le malade à venir à l'hôpital. |
Ce malade a toussé beaucoup avant le gonflement, il accuse des bronchites répétées. Pas de blennorrhagie, pas de traumatisme.
CRE Te
A la palpation de l’épidiryme gauche on trouve un cordon dur, fibreux, avec un noyau dur, juste sur le raphé ; en outre, une seconde bride, en forme de pont, qui relie les deux testicules. Il existe une fistule correspondant au testicule gauche sur la face postérieure. :
17 mai 1892. — On pratique la cautérisation ignée.
25 mai 1892. — Pas de suppuration, les tissus avoi-. sinant la plaie sont œdématiés.
99 mai. — Rien d'anormal au scrotum. Cependant le malade ressent de la douleur au niveau de la région cautérisée. On a refait le pansement à sec.
10 juin. — Le testicule est normalement guéri, tout accident à disparu. Les autres organe génitaux continuent à être indemnes.
OBSERVATION IV (Service du D° Reynier).
A. R..., âgée de 50 ans, entre le 16 février 1892, sallé Seymour, n° 7. — C’est un homme qui n'offre pas d’antécédents héréditaires, mais qui à été très surmené par le travail et les soucis. Il se plaint en arrivant à la consultation, d'avoir depuis six semaines le testicule gauche gonflé et douloureux, de façon à ne pouvoir travailler, les premières atteintes sont antérieures, mais semblent avoir évolué lentement.
L'épididyme est gros comme le petit doigt dans toute la région qui correspond au testicule, les bosse-
ro
lures sont surtout manifestes à la queue de l'épididyme où l'on sent l’abcès, non ouvert, adhérant aux téguments.
Le testicule, lui-même, présente deux ou trois noyaux caseux, qui sont près de se confondre. |
La prostate est volumineuse,on y constate des noyaux caséeux.
24 février. — Destruction par le thermo-cautère, de toute la zone épididymaire malade.
Pansement : compresses humides et sublimé.
28 février. — Pas de réaction inflammatoire, la plaie commence à se déterger régulièrement,
25 mars — Le testicule et l’épididyme sont revenus sur eux-mêmes, les téguments sont sains ; il n'existe presque pas d'adhérence à la peau.
Le malade réconforté, sort au bout de six semaines avec les apparences de la santé.
OBSERVATION V (Du D' Reynier).
M. V..., 45 ans, entré le 26 mars 1892, salle Seymour, n° 4, se présente à la consultation l’épididyme droit farci d’abcès. L'état général est mauvais. Le malade est depuis longtemps porteur de poumons atteints; ses accidents testiculaires indolents ont marché lentement. =
En ce moment, on constate un grossissément de l'épididyme, et les foyers ramollis communiquent à la peau
par trois orifices. La prostate et les vésicules sont mälades elles-mêmes et présentent des bosselures.
On intervient le 4 avril par la destruction des foyers en se servant des trajets fistuleux.. Pansement humide avec des compresses de sublimé.
25 avril. — Les bourgeons remplissent les cavités, et la plaie est en voie de guérison, On fait un pansement iodoformé.
45 mai. — Le malade sort le scrotum en bon état; la santé générale est un peu améliorée ; les vésicules
et la prostate ont diminué de volume.
En janvier 1893, on revoit le malade à l’hôpital Tenon, en pleine cachexie pulmonaire ; l'affection prostatique et vésiculaire est restée stalionnaire.
OBSERVATION VI (Du D' Reynier).
R. M..., 22 ans, 5 avril 1893, salle Seymour, 24 bis. — Ce malade sé présente avec des lésions commençant depuis trois mois dans le testicule gauche. Il existe en même temps une grosse bosselure dans la tête de l’épididyme, et quelques noyaux moindres disséminés le long de l'épididyme. La peau du serotum adhère aux lissus sous-jacents par des zones restreintes au niveau de la tête. La prostate et les vésicules sont saines.
9 avril 1893. — Le principal point adhérent sert à faire la destruction. Le pansement habituel est fait. La
pe cicatrisation est très rapide ; le malade quitte l'hôpital le 12 mai 1893.
Ce malade revient à la consultation un an après, atteint de blennorrhagie sans trace de tuberculose.
La peau du scrotum ne présente pas d’adhérence. Le testicule est régulier. L'état général est excellent. Ce malade devait être présenté à la Société dechirurgie par M. le docteur Reynier, l'opération n'ayant pas laissé de traces. Le malade ne s’est pas prêté à cette présentation.
OBSERVATION VII (Du D: Reynier).
P. E..., âgé de 55 ans. Entre à l'hôpital, salle Seymour, n° 4, le 40 janvier 1893. A eu autrefois de l’adénite cervicale dont il reste quelques marques. Tem pérament débile. Tousse un peu tous les hivers. A maiori.
Epididyme gauche, sain.
SRE ee droit, extrêmement gros et bosselé très irrégulièrement par plusieurs foyers qui communiquent indépendamment les’ uns des autres à l’intérieur par quatre fistules.
Prostale. Lobe gauche presque normal.
— droit gonflé et présentant quelques irrégularités de formes peu marquées.
Vésicules séminales ne paraissant pas participer encore nettement à la lésion.
La destruction a lieu trois jours après. Suites bonnes qui nécessitent un mois de pansement et laissent des cicatrices encore rouges, mais sans brides.
La prostate a diminué de volume.
OBSERVATION VIII (Du D° Reynier).
H. R..., 65 ans, salle Seymour, à Tenon. Entre le
11 août 1892.
Se présente à l'hôpital avec une épididymite double dont les foyers multiples — 5 à 6, — se portent aux faces postérieures du scrotum. La prostate est volumineuse, les vésicules séminales sont irrégulières. Le malade est cependant un homme d'une assez bonne santé générale. Il n’a jamais eu de syphilis. Blennorrhagie dans sa jeunesse, pas de rétrécissement.
On l’opère au thermocutère le 17 août. Toutes les fistules et les foyers sont détruits. La face postérieure et inférieure du scrotum sont fortement endommagées par les cautérisations portant sur les orifices.
28 août. — Les escharreset les débris fibroïdes sont tombés, la plaie est franche, bourgeonne et commence à se combler. La suppuration paraît être toute de surface. É
10 septembre. — La plaie est comble mais suppure, on réprime au nitrate d'argent quelques bourgeons, pansement iodoformé.
Les pansements se renouvellent tous les trois à quatre
Lapne jours et le 30 septembre la plaie est presque complètement recouverte.
7 octobre. — Le malade sort de l'hôpital, avec des débris epididymaires et testiculaires assez régulière. ment rétractés et presque libres dans le scrotum.
La prostate et les vésicules séminales sont amoindries, et plus régulièrement fermées.
Toutes les observations qui précèdent ont été prises dans le service de M. le docteur Reynier. Nous devons ajouter ici trois communications orales qui nous ont été données par M. Isch Wall, et qui se rapportent à des cas traités dans sa pratique privée. — Obs. IX, X, XI de ce travail.