TRAITEMENT ANTISEPTIQUE DE LA BLENNORRHAGIE
Ces nouvelles données pathogéniques devaient faire entrer les thérapeutes dans une voie nouvelle.
Bien avant que l’on ait constaté des parasites dans le pus de la blennorrhagie, des antiseptiques avaient déjà pris place dans la thérapeutique de cette affection. Nombre de médecins avaient déjà donné le nitrate d'argent en injection ; mais il faut se hâter de faire remarquer que le but n'était pas le même, et que l'interprétation des faits était toute différente: car c’est une vérité incontestable, que pour réussir dans la guérison, ainsi que pour instituer une prophylaxie énergique des maladies, les notions étiologiques et pathogéniques exactes sont des conditions indispensables.
Aussi peut-on dire que ce n’est qu'après la publication des travaux de Neisser que commence véritablement la méthode antiseptique.
Certains auteurs ont étudié expérimentalement les conditions dans lesquelles vit le micrococcus de Neisser, et les différents agenis qui peuvent arrêter son développement.
Oppenheimer arrive aux conclusions suivantes :
L’acétate de plomb, le sous-nitrate de bismuth, les sul-
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fates de zinc, de cuivre et de fer, au degré de concentration où ces différentes substances peuvent être appliquées sur des muqueuses sans produire d'effets caustiques,restent sans action sur les microbes de la blennorrhägie. Le nitrate d'argent en solution à 2 pour 100 retarde le développement des gonocoques. Ce sontles sels de mercure qui ont le plus d'action. Le sublimé surtout à 1/2000 tue complétement les micrococcus. L’acide phénique ne commence à agir qu’en solution à 5 pour 100. La résorcine à 5 pour 100 et le tannin en solution concentrée sont pour ainsi dire sans effet. Le cubèbe et le copahu sont sans action directe. L’auteur pense que ces substances en passant dans l'économie donnent naissance à des dérivés qui deviennent des agents destructeurs des microbes. Ainsi l’urine d’une femme qui avait pris 2 grammes de copahu empêchait la culture du gonococcus, tandis que l'urine non chargée des mêmes principes médicamenteux est restée constamment sans effet sur elle.
Ecklund a fait aussi quelques expériences pour étudier sous le microscope l'influence de quelques agents thérapeutiques en usage général contre la blennorrhagie : Les injections communes légères, par exemple,d’une solution saturée d’acide borique n’ont pas la moindre action sur ces micro-organismes. Une solution de 2 pour 100 de nitrate d'argent n'exerce aucune influence visible sur ces mêmes microbes. Dans une solution aqueuse de bichlorure de mercure corrosif ( 1: 10) les gonocoques continuent encore pendant plusieurs heures leurs mouvements ro'aloires et oscillatoires ; après quelque temps les
== 0 mouvements cessent, mais l’édiophyton dictoïdes n’est pas du tout détruit par la solution.
Les résultats de ces expérimentateurs sont contradictoires, mais nous avons vu que l'opinion d'Ecklund sur le parasite de la blennorrhagie n’était pas généralement admise. |
A. Traitement externe. — Puisque la blennorrhagie est causée par un microbe spécial, il était rationnel de tenter de détruire ce microbe avant qu'il ait eu le temps de causer des désordres dans la muqueuse uréthrale. De là est née la méthode abortive.
La solution qui a paru avoir le plus de succès, est la solution de nitrate d'argent de 1 à 3 pour 100 en injection. Une telle injection est douloureuse, mais assurément moins qu'une longue blennorrhagie. Malheureusement on échoue le plus souvent, au moins une fois sur 2 ou 3, nous dit le professeur Bouchard.
L'étude microbiologique nous donne la raison de ces insuccès, et nous verrons plus loin quelles sont les conditions nécessaires pour avoir des chances de succès avec cette méthode.
Pour l’antisepsie curative, on emploie seulement les solutions de nitrate d'argent à 0,05 ou 1,10 pour 100. Tous les antiseptiques ant été expérimentés successivement, par exemple : le bichlorure de mercure à 0,02 ou 0,05 pour 100. Ie chlorure de zinc de 0,02 à 0,05 pour 100. Le sulfate de zinc de 0,05 à 0,20. Le sulfate de cuivre 0,05. L'acide borique 3 pour 100. L’acide salicylique, le sulfate de quinine en solution saturée. Le professeur Bouchard a employé avec succès chez l’homme et chez A
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femme les injections d’eau naphtolée à 0,02 et 0,04 pour
Nous ne donnons ici qu’un petitnombre de solutions antiseptiques qui ont été employées, celles qui ont donné lé plus de résultats.
En général la mulüplicité des traitements préconisés pour une maladie prouve souvent l'impuissance du thérapeutiste ; et dans ce cas particulier, nous devons avouer que l’on n’a pas encore trouvé la solution antiseptique qui puisse, toujours et à n’importe quelle période de la maladie, tuer le gonocoque de Neiïsser, une fois qu'il a élu domicile dans la muqueuse de l’urèthre. De tous les parasiticides employés jusqu’à ce jour, aucun n’a donc encore réuni tous les suffrages. Telle substance qui donne des résultats étonnants entre les mains d’un expérimentateur, perd toute sa valeur, et, bien plus, devient même quelquefois nuisible entre les mains d’un autre. Ainsi le permanganate de potasse, le sulfate de quinine et surtout le sublimé, qui semblent avoir produit un grand nombre de fois des effets merveilleux, et par cela même ont acquis une réelle importance, n’ont pas donné des résultats toujours constants.
Si MM. Bourgeois, Chameron, C. Paul ont enregistré une foule de beaux succès obtenus avec la solution de sublimé, MM. Labbé, Dujardin-Beaumetz et le professeur Fournier n’en ont retiré aucun avantage.
Le D’ Du Castel dans une leçon faite à l'hôpital du Midi, avoue que pour sa part, il n’a pas obtenu de brillants succès avec le sublimé : « Habituellement, dit-il, après avoir amené une diminution rapide de l'abondance de l'écoule-
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ment et une modification marquée de sa nature, ces injections ont paru avoir épuisé tout leur effet utile, et être incapable de conduire le malade à une guérison complète ». Pour cet auteur la résorcine est l’antiseptique le plus efficace, « mais la résorcine de bonne qualité est très rare ».
L'étude microbiologique nous donne une explication de la grande résistance du gonocoque à l’action de la solution antiseptique.
Et d’abord pour faire avorter une blennorrbhagie, il faut agir dans les 5, 6 ou tout au plus 12 premières heures. L'action morbide, faible encore et superficielle, est alors circonscrite et confinée dans le méat et la fosse naviculaire. Elle n’a pas eu le temps de gagner la portion spongieuse, et n’a pas traversé toutes les couches de l’épithélium. Au bout de 18 heures, suivant Bockhardt, les gonocoques ont déjà pénétré sous la couche épithéliale, dans le corps papillaire de la muqueuse. L'organisme réagissant, il se fait alors une exsudation énorme de globules blancs. Plus tard, l’envahissement de la couche profonde de la muqueuse coïncide avec la plus grande abondance de leucocvtes dans l'écoulement, et par conséquent la plus grande élimination de cocci.
A la fin de cette période, la muqueuse étant devenue plus lâche, il se fait une plus grande élimination de cellules épithéliales, et le inicro-organisme devient plus accessible à nos moyens de traitement, à l’action des antiseptiques.
Sa vitalité a diminué (Legrain) ainsi qu’en témoignent les cellules épithéliales moins attaquées qu'à la période de début.
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Mais aussi il présente à ce moment les plus grandes tendances à se localiser, à se cantonner dans un appareil glandulaire quelconque, follicules uréthraux ou vulvaires ; là il devient inexpugnable. C’est pour aider la chute des cellules et pour permeltre au liquide antiseptique d'aller plus profondément détruire le gonocoque, qu’on a imaginé le procédé de l’écouvillonnage, dont Huguet cite deux applications dans sa thèse inaugurale. ;
En résumé, il est très difficile de faire avorter une blennorrhagie, puisqu'il est bien rare que le malade se présente au médecin avant que les gonocoques aient envahi les couches profondes de la muqueuse. De plus les injections antiseptiques ne vont pas toujours détruire tous les germes de la maladie, et souvent l’état inflammatoire local ne permet pas ces lavages antiseptiques. « Appliquées en temps inopportun, nous dit Mauriac, elles donnent de fausses guérisons, et retardent la guérison définitive. On peut évaluer à 1/4 environ le nombre de patients chez lesquels ces injections sont décidément nuisibles et doivent être interrompues ». De plus, chez un grand nombre de malades, des manœuvres mal faites ont pu amener des complications fâcheuses, telles que cystite hémorrhagique du col, dysurie, orchite, etc. Nous ne parlerons pas du rétrécissement. Ricord a surabondamment démontré l'erreur des auteurs qui ont été victimes du sophisme : post hoc, ergo propter hoc.
Les inconvénients des injections d’une part, et leurs insuccès de l’autre, sont suffisants pour légitimer les recherches des expérimentateurs, qui essaient de réaliser l’antisepsie de l’urèthre par la voie interne.
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B. Traitement interne. — Il serait possible, dit Hunter, que des médicaments spécifiques (si nous en possédions), introduits dans l’économie, fussent éliminés avec l'urine qui leur servirait de véhicule, et qu'ils exerçassent leur influence sur la paroi interne de l’urèthre, au moment de leur passage à travers ce canal ». Dans tous les cas, lorsque les microbes ont envahi les reins et les calices, lorsqu'il y a pyélite ou néphrite, l’antisepsie locale n'étant plus possible, on a tenté de leur opposer l’antisepsie par voie interne, On a prescril les baumes, l'acide benzoïque, les benzoates ; on a donné également l'acide borique à l’intérieur et les borates.
L'acide borique et l’acide benzoïque qui s’éliminent à l’état d’acide hippurique peuvent agir en rendant l'urine acide, et diminuer l’alcalinité qu'y développent les microbes de la fermentation ammoniacale ; mais leur rôle antiseptique, dans ce cas, est fort problématique.
Le copahu, le cubèbe, le santal agissent probablement aussi comme des antiseptiqués de l’urèthre.
Au point de vue théorique, un antiseptique des organes urinaires doit répondre aux conditions suivantes : être peu soluble, n'avoir pas d'action toxique, n'être ni un antithermique, ni un antiseptique général, ni un antiseptique intestinal, et réserver toute son action pour les organes urinaires.
M. le 1) Dreyfous, dans sa communication à la saciété Médicale des hôpitaux, a démontré que le salol répondait théoriquement aux desiderata que nous venons d’exposer, ainsi que nous pourrons en juger par l'étude de ce médicament que nous ferons dans la suite : au point de vue
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pratique, il s’est efforcé de montrer son efficacité dans la blennorrhagie, où le salol agit comme une injection phéno-salicylée. C’est surtout ce côté pratique que nous nous efforcerons de développer.
Nous avons vu que certains auteurs, ayant trouvé le gonococcus de Neisser dans le sang et dans la sérosité articulaire, tendraient à faire de la blennorrhagie une affection générale, une maladie infectieuse, évoluant différemment suivant les différents terrains sur lesquels elle est implantée. Les sujets Iymphatiques n’ont-ils pas souvent en effet des écoulements qui durent indéfiniment ? La diathèse arthritique est notée par plusieurs auteurs comme diminuant la résistance de l’organisme à l’invasion des phénomènes morbides du domaine blennorrhagique, et favorisant leur chronicité. Le D' Huguet, dans sa thèse, conseille de ne jamais oublier de donner à ces sujets du sulfate de quinine à l'intérieur.
Vidal de Cassis dans son Traité de pathologie externe dit : « la goutte, le rhumatisme, les vices dartreux, scrofuleux, ont été notés parmi les causes de blennorrhagie. Je ne sais pas encore bien si ces causes, ces vices peuvent se porter sur les muqueuses pour produire l’état blennorrhagique, mais j'ai la conviction que l'existence d’un rhumatisme, de dartres, chez un sujet, peut avoir une influence sur la marche d’une blennorrhagie ».
I y a donc une question de terrain qu’il ne faut pas négliger : chacun fait sa blennorrhagie à sa façon.
Convaincu que la diathèse arthritique exerçait une réelle influence sur la marche de la blennorrhagie, nous
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nous sommes demandé si le salol, puisqu'il agit par son.
acide salicylique, comme nous le verrons par la suite, n'aurait pas en même temps une action sur cette diathèse. Nous verrons plus tard si les faits ont répondu à notre attente. ge (Se À