INTRODUCTION
Au cours de notre dernière année d’externat, dans le service du docteur Florand, dont nous n’oublierons jamais les leçons essentiellement cliniques, il nous a été donné d'assister aux essais d’un nouveau traitement de la blennorragie et de ses complications par le sérum Stérian. Les guérisons vraiment remarquables obtenues par ce sérum nous ont incité à en faire une étude plus approfondie que nous exposons dans cette thèse.
Nous tenons à exprimer ici à Monsieur le docteur E Stérian nos vifs remerciements pour les renseignements qu’il nous a
si bienveillamment procurés.
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Historique de la sérothérapie antigonococcique
Christmas le premier, en Angleterre, préconisa un sérum antigonococcique qui fut étudié en 1906 par Rogers et Torrey. Ce sérum préparé au laboratoire de pathologie expérimentale du Cornill University de New-York était obtenu par l’injection de cultures sur ascite-bouillon, dans le péritoine du lapin. Au bout de six injections, on saignait l’animal à la veine de l'oreille. L'activité du sérum se conservait dans des tubes scellés à la lampe pendant un mois environ. Les auteurs conclurent de leurs recherches que l'effet du sérum est inconstant dans les uréthrites aiguës.
En 1908, Swinburne l’applique au traitement des complications articulaires d'origine blennorragique. Il obtint des succès indiscutables et cette méthode eut une certaine vogue en Angleterre et en Amérique.
A la même époque, Rogers Brück, en Allemagne, étudie la même question sans arriver à des conclusions très probantes.
En 1911, Fisichella, en Italie, publiait dans le journal médical Policlinico, les résultats Ssatisfaisants qu'il avait obtenus dans un cas d’arthrite blennorragique avec un sérum préparé à l’Institut serothérapique de Milan.
En France, les premiers essais de sérothérapie antigonococcique furent publiés en 1909 par MM. Pissavy et Chauvet. S'appuyant sur l’analogie très grande qui existe entre le
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gonocoque et le méningocoque, ces auteurs pensèrent qu'on peut substituer le sérum antiméningococcique au sérum gonococcique plus difficile à se procurer. Is firent des injections soit sous-cutanées, soit intramusculaires de 20 à 30 cm* de sérum. Les résultats furent à peu près nuls dans le traitement de l’uréthrite aiguë ou chronique, plus appréciables dans les orchi-épididymites, tout à fait encourageants dans le traitement des arthropathies blennorragiques. Mais le succès de cette thérapeutique fut de courte: durée.
Vers la même époque, Maillet dans le service du docteur Petit, applique l’auto-sérothérapie au traitement des complications rhumatismales de la gonococcie. Il aspire après une asepsie rigoureuse 10 à 20 c3 du liquide articulaire qu’il réinjecte sous la peau du malade. Les résultats obtenus furent bons, mais ce traitement ne peut s'appliquer qu'aux hydarthroses avec gros épanchement.
Il faut citer aussi les essais de traitement par injection de sérum antistreptococcique de Fenwick et Parkinson dont les succès furent douteux et inconstants.
L'échec de ces différentes méthodes fit tomber dans l’oubli la sérothérapie et dans ces toutes dernières années la vaccinothérapie connut plus de faveur.
Depuis les recherches fondamentales de Wright de nombreux vaccins ont été préconisés pour combattre l'infection gonococcique.
Wright essaya en vaccin constitué par une émulsion de gonocoques tués par la chaleur. Ce vaccin détermina de violentes réactions que le firent abandonner.
Le vaccin de Maurice Renaud (gonocoques stérilisés par les rayons ultra-violets) et le vaccin de Cruveilhier ne connurent
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pas plus de succès. Les réactions étaient trop intenses et les résultats peu probants,. :
Le vaccin de MM. Nicolle et Blaizot ou Dmégon (culture de gonocoques associés au synocoque stérilisé par le fluorure de sodium) a été le plus employé en France. Les résultats ont été très discutés; quelquefois positifs, ils sont néanmoins inconstants.
Nous citerons encore le vaccin de MM. Lumière et Chevrotier, le vaccin du docteur David-Thomson et l’auto-vacecin du docteur Demonchy.
Récemment, le docteur Sézary a préparé un lipo-vaccin qui a été appliqué avec succès dans le traitement des différentes localisations du gonocoque (thèse de Troncy et de Harry Haddad).
Dans l’ensemble, la vaccinothérapie a donné quelques bons résultats dans le traitement des complications de la gonococcie, mais elle est loin de pouvoir en guérir toutes les manifestations.
Tout dernièrement, M. Paraf a repris dans sa thèse l’étude de la sérothérapie antigonococcique. Cet auteur attribue l'échec des sérums employés jusqu'alors à un défaut de technique. Le gonocoque ne secrète pas de toxines diffusibles, mais des poisons accolés au microbe lui-même. « Il faut done porter l’agent thérapeutique dans l'intimité même des lésions, au contact des microbes et de leur endotoxine. »
Après avoir immunisé des animaux par des injections intraveineuses, il injecte le sérum à l'endroit même de la manifestation de l'infection gonococcique. Le sérum doit être injecté dès le début de l'infection à fortes doses et maintenu au contact de la lésion le plus longtemps possible.
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Dans les arthropathies on ponctionne l'articulation malade et on injecte du sérum dans sa cavité. Il est bon d’adjoindre une injection intramusculaire ou intraveineuse de 20 à 40 cÿ- L'auteur insiste lui-même sur la difficulté de l'application de cette méthode. Il est malaisé de ponctionner les petites articulations. Le champ d’action sérothérapique est done fortement limité. Enfin les injections s’accompagnent parfois d'accidents sériques et de réaction locale très vive.
Cette longue énumération de vaccins et de sérums, leur succès éphémère, l'incertitude de leurs résultats, inclinent naturellement au scepticisme lorsqu'on parle d’un nouveau sérum antigonococcique. Cependant, si nous avons entrepris l'étude du sérum Stérian, c'est qu'il nous a semblé qu'il se distinguait de tous ceux qui ont été expérimentés jusqu’à présent et par les principes sur lesquels il repose et par les succès réels que nous avons pu observer.
Le sérum Stérian
Les sérums et les vaccins antigonococciques, qui ont été étudiés jusqu'ici sont basés sur la doctrine de la monospécificité du gonocoque.
À la suite de la découverte du gonocoque par Neisser en 1879, on considéra ce microbe comme spécifique de la blennorragie. Cette idée se propagea universellement et l’on négligea désormais l’étude de ses microbes associés. Pour M. Stérian, le rôle de ces microbes associés est cependant des plus importants dans la gonococcie. Tous les accidents de la blennorragie, la cystite, la prostatite, l'épididymite, les arthrites ne sont pas seulement fonction du gonocoque, mais encore des microbes associés et plus particulièrement du staphylocoque. |
Au cours de l’uréthrite blennorragique, l'association du staphylocoque et du gonocoque dans l’écoulement, est constante et se retrouve fréquemment au début des cultures.
On peut y voir aussi associées de nombreuses autres formes microbiennes, micrococcus conglomeratus, subflavus, de nombreux baccilles aérobies, pseudo-coli et des anaérobies.
Le gonocoque a-t-il lui-même des caractères morphologiques et biologiques bien déterminés? M. Stérian ne le croit pas et le gonocoque ne représenterait qu’une simple variété,
une famille d’une espèce diplocoque dont les autres repré-
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sentants sont le méningocoque et les pseudo-gonocoques de Wormser.
La notion de la spécificité du gonocoque de la blennorragie doit donc être étendue à ses associés habituels, d'espèces microbiennes réellement différentes, aérobies et anaérobies et tout particulièrement au staphylocoque. Dans cette association spécifique polymierobienne, le rôle du gonocoque reste encore le plus important. Tout sérum antigonococcique pour être vraiment efficace, doit donc contenir plusieurs anti-corps correspondant à ces différents microbes. C’est en se basant sur cette doctrine « d’antigènes multiples » que
M. Stérian a été amené à préparer son sérum.
Nous devons signaler que MM. Baril et Creuzé avaient déjà essayé de préparer un vaccin, l’'Eucratol, où ils avaient associé tous les microbes de luréthrite auxquels ils avaient ajouté le bacille d'Eberth; le vaccin donnait de bons résul-
tats dans le traitement de l’uréthrite aiguë.
Le sérum Stérian provient du sang d’un animal qui a été vacciné jusqu’à l’hyperimmunité par l’antigène intégral des uréthrites gonococciques. Les jpremiers animaux qui servirent aux expériences furent des boucs. Actuellement, on récolte du sérum de cheval. On injecte à lanimal du pus provenant d’une uréthrite aiguë ou chronique. Avant d’inoculer à l'animal un pareil antigène on a soin de l'identifier, c'esta-dire de S'assurer de la présence du gonocoque pour éviter d'employer un antigène d’une maladie hybride où la bacillose pourrait être incriminée.
Les animaux sont complètement immunisés au bout de deux mois et demi.
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La récolte du sérum se fait suivant la technique habituelle de la sérologie.
Le procédé d’immunisation des animaux sera l’objet d’une communication spéciale de M. Stérian à une Société médicale de Paris.
Les premiers essais thérapeutiques furent tentés en mai et juin 1916 à l'hôpital militaire de la Reine Elisabeth à Bucarest.
M. Stérian traita deux uréthrites et six épididymites. Les résultats furent excellents et il continua ses expériences de mai 1916 à septembre 1920 où il traita avee succès plus de 95 cas de gonococcie.
Le sérum est contenu dans des flacons de verre scellés à la lampe de 10 em°. (Les premiers étaient de 20 em. Cette différence de dose est en rapport direct avee l'hyperimmunisation plus ou moins complète des animaux.)
Le sérum se conserve ainsi douze mois et même davantage. Mais il faut avoir soin de le garder à une température de huit à douze degrés et à l'abri de la lumière.
Technique. — Afin d'éviter tout accident d’anaphylaxie, il faut commencer par faire une première injection sous-cutanée de 1 ec. de sérum au niveau de la région sous-claviculaire. Une heure après, on injecte la dose massive variant de 10 à 15 em°. La piqüre se fait généralement dans le tissu cellulaire sous-cutané de la face externe de la cuisse après asepsie rigoureuse des téguments-
Nombre d’injections nécessaires pour un trailement complet. — Les injections se font tous les deux ou trois jours. La guérison survient habituellement au bout de la troisième
piqûre. Quelquefois, cependant, on peut être amené à faire
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cinq à sept injections (ceci d’ailleurs sans aucun inconvénient). Mais il est formellement contre-indiqué de répéter les injections au delà de la troisième semaine du traitement.
A quelle période de l'affection convient-il de faire des injections ? — Voici les conclusions auxquelles on est arrivé.
Dans l’uréthrite aiguë et la conjonctivite, les résultats sont d'autant plus rapides que l'affection est prise à son début. La période aiguë est enrayée en quarante-huit heures à la suite d’une à deux piqüres de 10 à 15 em3. Au contraire, dans les complications articulaires, il vaut mieux laisser un délai de dix à douze jours. Il faut attendre que l’arthrite arrive à son acmé avant de commencer le traitement.
Chez les nouveau-nés, dans le cas de conjonctivite blennorragique, les doses sont réduites à 5 et 7 em. Il est inutile chez eux de faire une piqüre antianaphylactique; on n’observe jamais d'accident. Toutefois, il est prudent de ne pas répéter trop souvent les injections chez les enfants dont le poid n’atteint pas 2 kil. 700 et dont l'alimentation est défectueuse.
Inconvénients de ce sérum. — Le sérum Stérian n'a jamais déterminé d'accidents mortels. Au début du traitement, quand on ne faisait pas encore l'injection préalable antianaphylactique, on a observé quelques cas d'accidents assez sérieux surtout après la troisième semaine.
Les injections de ce sérum s’accompagnent toujours d’une réaction locale ou générale d'intensité variable.
Quelquefois, la réaction locale se traduit par une simple rubéfaction des téguments au niveau de la piqûre. D'autre-
fois, on observe une rougeur étendue avec œdème et tumé-