‹ Traitement De La Kératite Interstitielle Par Les Rayons XChapitre 11 sur 14 · OBSERVATION Î · texte numérisé non relu

OBSERVATION Î

| (due à l'obligeance de Messieurs les Nocteurs JAprOT et Bussy) (1)

Kératite interstitielle hérédo-syphilitique de l'œil droit, guérie par les rayons X en 2 mois ; puis nou-

velle kératite de l’œil gauche guérie en 7 semaines.

Adeline Jun..., 7 ans, père syphilitique depuis 45 ans. Svyphilis probable de la mère qui n’a jamais été soignée. Rien de notable dans les antécédents personnels. Vers le milieu d'avril 1920, rougeur et photophobie de l'œil droit. Nous voyons la malade pour la première fois le 47 mai ; elle présente : œil droit : large cercle périkératique. Opacité totale diffuse de la cornée, sans altération de l’épithéhum. Quelques vaisseaux commencent à envahir la périphérie de la cornée. II est impossible de voir l'iris. L’œïl est une peu mou : 16 m/m de Hg aû Schiôtz. La vision est réduite à la perception lumineuse. Photophobie assez intense ; blépharospasme ; larmoiement ; douleurs périorbitaires

Œu gauche : sain dans tous ses éléments.

La malade ne présente ni lésion de l'oreille, ni arthropathie ; elle a par contre des dents d'Hutchinson typiques.

On ordonne des instillations d’atropine une fois par jour et des compresses chaudes biquotidiennes, et on commence aussitôt le traitement radiothérapique. Nous avons

(1) Journal de Radiologie et d'Electrologie, mars 1921.

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fait à cette enfant cinq séances d’irradiations (22 mai, 4 juin, 41 juin, 18 juin et 28 juin). Elle a reçu en tout une dose de 4 H et demi environ.

Dès la seconde séance l'amélioration. était évidente. Après la troisième séance, la photophobie et le blépharospasme avaient complètement disparu ; on voyait l'iris et la pupille bien dilatée. Le 8 juillet, soit 6 semaines après le début du traitement, l’acuité était de un tiers, et le 20 juillet de 4 demi. A cette date, toute rougeur ciliaire avait disparu, et la seule trace visible de la maladie consistait en un léger néphélion transparent dans les deux tiers inférieurs de la cornée.

Le 17 août, on constate un mince cercle périkératique de l’œil gauche et un trouble nuageux central de la cornée gauche. On pratique immédiatement 5 séances d'irradiation sur l'œil gauche (19 août, 27 août, 3 septembre, 10 septembre et 17 septembre). Jusqu'à la troisième séance les lésions cornéennes semblent s’aggraver sans atteindre à beaucoup près l’intensité que présentait la kératite droite, puisque l’acuité gauche reste égale à un vingtième. Mais dès le 5 septembre, la régression se fait rapide, et le 10 octobre, la rétrocession était totale et nous notions V. G.—1/2.

Cette enfant revue au début de décembre présente toutours V.D.G. — 1/2. La guérison paraît complète. Il persiste seulement un léger néphélion à droite.

OBSERVATION II (due à l’obligeance de Messieurs les Docteurs JaAPIOT et Bussy) (1) . Kératite interstitielle bilatérale guérie par les rayons X en deux mois.

Charles Chov..…., neuf ans. Pas de renseignements précis sur la santté des parents. La maladie aurait débuté

(1) Journal de Radiologie et d'Electrologie, mars 1921.

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en janvier 1920 du côté gauche, et en février du côté droit. Nous voyons ce malade pour la première fois le 2 juillet. I s’agit d'un enfant malingre, à téguments pâles et dont l’état général paraît mauvais. On note des dents d'Hutchinson typiques, une surdité droite et une volumineuse hydarthrose indolente des deux genoux sans” épaississement des synoviales.

OŒùU ‘droit : Rougeur périkératique extrême ; la sclé- 7 rotique à une teinte violacée. La cornée a perdu toute transparence et présente un mélange de lésions blanches et rouges. On aperçoit vaguement la pupille qui semble étroite.

DŒu gauche : Phénomènes congestifs moins marqués. La cornée est nuageuse en totalité ; et le bord supérieur de cette membrane est envahi sur 3 m/m-environ par un réseau dense de vaisseaux. L’opacité de la cornée ne permet pas de voir l'iris.

L'acuité est impossible à prendre. Il existe des deux côtés une photophobie et un blépharospasme intenses, et l'examen n’a pu être fait que sous cocaïne, et avec les

- releveurs. Cet enfant présente aussi des phénomènes douioureux marqués ; il se plaint de céphalées et il est réveillé presque chaque nuit par des crises douloureuses,

Jusqu'ici le malade a été traité par un confrère avec atropine, pommade jaune, pulvérisations chaudes et injections intra-veineuses de cyanure de mercure. On lui fait aussitôt cinq séances d'irradiation sur les deux yeux à da fois (5 juillet, 42 juillet, 19 juillet, 26 juillet et 3 août). Les deux premières séances ne paraissent procurer aucun soulagement. Aussitôt après la troisième séance, les crises douloureuses et la photophobie cessent brusquement. L'enfant dort bien et s’alimente volontiers. -Le 10 août, l’amélioration est évidente ; le petit malade sort sans lunettes, lit et ne se plaint plus. Il persiste cependant un très léger cercle périkératique et des opacités diffuses des deux cornées.

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Au début de septembre la guérison est complète. V.D.—1/2, V.G.—1/3. On note quelques opacités périphériques à droite, et à gauche un néphélion léger central assez étendu. Au début de décembre, l’état oculaire est le même ; l’acuité n’a pas changé. Il semble cependant que les cornées soient un peu plus transparentes. Les arthropathies, par contre, persistent sans modifications et l’état général.est toujours médiocre.

OBSERVATION III (recueillie à la clinique du Professeur ROLLET, inédite) Kératite interstitielle hérédo-syphilitique de l'œil droit, traitement oculaire par les rayons X seuls ; guérison en cinq semaines.

Renée A..., 19 ans, ouvrière, entre le 21 mai 1921 à la clinique ophtalmologique de M. le Professeur Rollet. Antécédents familiaux : Père âgé de 43 ans, actuellement en bonne santé, avoue avoir contracté la syphilis avant son mariage, et s'être soigné au mercure. La mère a eu, peu de temps après le mariage, la roséole et des plaques muqueuses ; au terme normal d’une première grossesse naquit notre malade ; ensuite la mère a eu deux fausses couches successives, puis un enfant prématuré qui a survécu. La syphilis des géniteurs est donc évidente. Antécédents personnels : Quoique née à terme, notre malade fut d’un tempérament délicat jusqu'à sept ans. A neuf ans, elle souffrit d’une arthropathie du genou gauche, Au ‘début de 1921, apparition de troubles de la fonction auditive, douleurs, surdité légère. Au début de mai 1921, la malade constata un affaiblissement de sa vue, comme si elle avait eu un brouillard devant son œil droit ; ces troubles s'accentuèrent progressivement

et elle entre à l'hôpital.

À l'entrée : La, malade a le facies d'Hutchinson, front olympien, ensellure nasale, et les dents échancrées typi-

ques, mais n'a pas de lésions ostéo-articulaires ; par contre elle présente des troubles de l’ouiïe : l'examen des oreilles «montre une perforation ancienne du tympan droit, et une sclérose avec rétraction du tympan gaucne.

L'examen oculaire montre la cornée droite entièrement envahie par un mélange de points blancs et rouges, qui l’'opacifient au point que l'iris est impossible à voir. Les réactions inflammatoires sont vives, larmoïement, épiphora, un peu de blépharospasme. La malade se plaint d’une douleur continue, assez faible, mais avec exacerbation nocturne ; la photophobie est faible. La vision de l'œil droitest presque nulle ; la malade ne peut compter ses doigts à 20 centimètres. La tension de l’œil droit, -mesurée au Schiôtz est égale à 30 centimètres de Hg. L'œil gauche est normal.

Traitement : À part un pansement protecteur, le seul traitement pratiqué a consisté en cinq séances d’irradiations de l'œil droit faites par le docteur Malot. Chaque séance étant réglée de la façon suivante :

Durée : 5 minutes.

Intensité : 5/10 de milliampère.

- Etincelle équivalente : 12 centimètres.

Filtration : 3 millimètres d'aluminium.

Ces séances ont eu lieu les 23, 25 et 27 mai, 1” et 3 juin.

Résultats : Dès la seconde séance, on a pu constater une amélioration appréciable, consistant en une diminution évidente des phénomènes douloureux et inflammatoires. En particulier la tension du globe oculaire descend de 30 à 26 m/m Hg. 4

Le 31 mai, il n’y a plus que très peu de blépharospasme ; la malade ne souffre plus. La vision de l'œil droit est toujours nulle. L’œil gauche est resté normal.

Un nouvel examen fut pratiqué le 29 juin, c’es-à-dire six semaines environ après le début du traitement. On

note à cette date une disparition complète de la douleur

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et du blépharospasme ; il persiste un cercle périkératique très peu marqué, dans la zone inférieure de la cornée de très légers nuages ; on peut distinguer une pupille un peu déformée mais bien mobile, dont l’accommodation se fait bien ; la tension du globe oculaire est normale. La vision de l'œil droit est de 1/2 de la vision normale. l'œil gauche est toujours normal.

La malade sort, guérie de sa lésion oculaire.

OBSERVATION IV (recueillie à la Clinique du Professeur ROLLET) Kératite interstitielle hérédo-syphilitique de l'œil droit, guérie en un mois par les rayons X seuls.

Madeleine V.., giletière, 28 ans, mariée, vient à la consultation qu Professeur Rollet, présentant une opacité cornéenne à droite.

Antécédents héréditaires : Père âgé de 58 ans, bien portant, mère morte à 50 ans, d’une embolie, au dire de la malade, probablement d'une aortite syphilitique. Antécédents personnels : Bonne santé dans l'enfance ; il y a environ trois ans, la malade a eu des douleurs octéo-articulaires et fut traitée par des piqûres de néosalvarsan et d'huile grise ; peu après son mariage, son mari eut un chancre à la lèvre. La malade dit que, depuis le mois d'août 1921, il est venu comme un brouillard devant son œil droit, et qu’elle y voit de moins en moins depuis. - |

Examen : Facièés Hutchinsonien typique, nez en lorgnette, front olympien, et dents échancrées. Il n’y a pas de troubles de l’ouïe, ni d’arthropathies.

L'examen de l'œil droit montre un cercle périkératique très marqué. La cornée est envahie dans sa totalité par une infiltration ayant l'aspect du verre pilé, à tel point qu'il est impossible de voir l'iris ; on perçoit quelques

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petits vaisseaux à la périphérie de la cornée. Il y a ni photophobie, ni blépharospasme, mais un léger larmoiement. La malade dit ne ressentir aucune douleur, à part de la névralgie périorbitaire nocturne. La vision de l’œil droit est réduite à la perception Jumineuse.

L'’œil gauche est normal.

Traitement : Le traitement radiologique est commencé le 29 septembre ; on fait en tout çinq séances, les 29 et 30 septembre, 3, 5, et 7 octobre, uniquement sur l'œil droit.

Ces séances sont réglées comme suit :

Durée : 5 minutes. Intensité : 5/10 milliampère. Dislance du focus à l’œil : 25 centimètres. Etincelle équivalente : de 11 à 18 centimètres. Filtre : À millimètre d’aluminium.

Dès la troisième séance, soit le 3 octobre, la malade ne présente plus de larmoiement, et dit que sa névralgie nocturne a disparu.

Le 7 octobre, on constate un éclaircissement appréciable de la cornée, et on commence à distinguer l'iris.

Un dernier examen pratiqué le 24 octobre montre une amélioration nouvelle. I} ne persiste plus qu’un très léger voile de la cornée, dans la partie inférieure du cadran : l’acuité visuelle de l’œil droit est de un tiers.

L’œil gauche est toujours normal.

La malade a repris son travail sans aucune gêne.

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