‹ Traitement De La Kératite Interstitielle Par Les Rayons XChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Innocuité des rayons X sur l’œil normal

L'emploi des rayons X en oculistique a été longtemps critiqué avec sévérité, parfois même proscrit d'une façon absolue. De nombreux auteurs ont repoussé cette thérapeutique, en se basant sur des faits cliniques, voire même sur des expériences de Jaboratoire. Il est vrai que ces expériences et ces observations sont d’une époque un peu lointaine, époque où les rayons X étaient employés empiriquement ou avec une technique imprécise. Grâce à des études assez récentes, la nature des radiations Rœntgen, et surtout leur action sur l'organisme ont été mieux connues. On possède maintenant des filtres capables de sélectionner les rayons X, ne laissant passer que les rayons durs et pénétrants, moins nocifs que les rayons mous. C’est cette notion des filtres qui a rendu inoffensive et pratique la radiothérapie, si justement

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critiquée auparavant, et qui s'était vu reprocher à ses débuts tant d’insuccès, voire même d'accidents sérieux.

Le docteur F. Terrien a présenté en 1919 à la Société Française d'Ophtalmologie un rapport dans lequel nous avons trouvé une étude très complète de cette question. É

En 1897, Destot prouva expérimentalement la perméabilité du cristallin aux rayons X. La même année, Chalupecky prétendit que les rayons X avaient une action nocive sur les segments antérieur et postérieur de l'œil du lapin.

Scherer, en 1901, aurait constaté des troubles papillaires, de la conjonctivite et de l'hypertension du globe oculaire.

Stephen Mayou, en 1903, n'aurait observé aucun effet nocif sur la vision, mais seulement des conjonctivites parfois intenses.

Par Ja suite, différents auteurs, Birch-Hirchsfeld ET 1904, 1907, et 1908, Darier en 1905, Lawson et Davidson en 1910, concluèrent comme les précédents à la nocivité des rayons X sur l'œil.

Pour Birch-Hirchsfeld notamment, ceux-ci produiraient de l’inflammation des paupières et de la conjonctive, et sur le globe oculaire lui-même, de la kératite avec ulcérations, de la congestion des vaisseaux choroïdiens et iriens, et enfin de graves lésions rétiniennes : ratatinement nucléaire et (cellulaire, et quelquefois même de l’atrophie de la papille.

Au point de vue clinique et non plus expérimental, on a observé des accidents oculaires chez des

radiologues de profession. Lors de la discussion du rapport du docteur Terrien à la Société Française d'Ophtalmologie, en 1919, M. Kalt en a signalé deux cas.: un médecin radiologue contracta une conjJonctivite grave compliquée de glaucome avec cyclite ; cette lésion, fort heureusement unilatérale, aboutit à l’énucléation de Fœil droit. Un fabricant d'ampoules fut atteint d’un épithélioma en nappe envahissant tout/le cul de sac palpébral et ja cornée. M. G. Weill, de Strasbourg, a signalé en même temps trois cas d’opacité du cristallin chez des jeu-. nes gens à la suite de traitements par les rayons X.

Fallait-il donc, en présence de tels accidents, proscrire la radiologie en oculistique ? Heureusement de nouvelles expériences eurent lieu, à la suite desquelles la radiothérapie put devenir ,une méthode rationnelle, aux indications nettement précisées, et possédant une minutieuse posologie.

Le fait important à signaler, c’est la différence des résultats obtenus par l’action des Rayons X sur l’œil adulte normal et sur l'œil en voie de développement, ainsi que l’ont montré les expériences de Tribondeau et de ses collaborateurs, Récamier, Lafargue et Relley ; leurs recherches ont porté sur le jeune chat, dont la rétine est encore peu développée à la naissance, et sur le chat adulte.

- En général, l’irradiation détermine, chez l'adulte, de la conjonctivite subaiguë avec sécrétion modérée survenant du ro° au 12° jour, puis de la radiodermite du 12° au 15° jour, quelquefois une kératite passagère ; mais on n’a jamais observé de lésions réti-

niennes. On n’a pas noté non plus de congestion de la choroïde et de l'iris, ni de lésions des cellules pigmentaires.

Ces constatations vont à l'encontre de celles des expérimentateurs d'outre-Rhin, notamment de Birch- Hirchsfeld.

L'irradiation jusqu'à la dose de 5 H ne détermine que très peu de réaction sur la conjonctive du chat adulte. Différents auteurs, entrautres Van Duyse et de Nobelé, ont signalé de la conjonctivite et parfois’ de la kératite après des irradiations à dose plus forte. L'iris serait plus sensible, surtout aux rayons mous, qui provoqueraient un rétrécissement pupillaire pendant quelques jours. Mais une irradiation, même prolongée, est inoffensive avec les rayons durs. En tous cas la sensibilité rétinienne est suffisamment faible pour qu'en pratique on la néglige.

L'œil du jeune chat ne se comporte pas d'une façon identique. Son développement est ralenti, inême par des doses minimes, proportionnellement à ces doses. Son activité semble diminuée, et la pigmentalion de l'iris et de la membrane clignotante est retardée.

Sur la rétine du jeune chat, l'irradiation donne lieu à une disposition anormale de la couche granuleuse externe. I se produit une multitude de dépressions en doigt de gant, qui vont vers la couche granuleuse interne. La granuleuse externe semble subir un développement exagéré par rapport à la coque fibreuse oculaire. Ceci ne se produit qu’environ 25 à 30 jours après une irradiation assez in-

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tense. Le cristallin est alors profondément lésé : opacifié dans sa zone équatoriale, il subit en même temps une atrophie telle qu'il est parfois réduit aux deux feuillets capsulaires. L'épithélium cristallinien est lésé en pleine évolution. Il est curieux de constater en passant que le cristallin de l’adulte, dont cependant l’épithélium se. renouvelle constamment, n’est pas lésé. |

En somme, ces expériences de Tribondeau montrent la très grande sensibilité de l’œil du chat nouveau-né aux rayons X, mais par contre la grande

résistance de l’œil adulte.

À plusieurs reprises, le docteur Terrien, en collaboration avec Dominici, puis Clunet, a repris cette étude expérimentale de l’action des rayons X sur l'œil, non plus sur des chats, mais sur des lapins. Une première série d'expériences fut faite dans le laboratoire du professeur Pierre Marie, au cours desquelles six lapins furent irradiés, les uns 20 minutes, les autres 30, à la dose de 10 à 15 H; ces six lapins subirent quatre séances à une semaine d'intervalle.

Le lendemain de chaque séance, une légère conjonctivite apparaissait, qui durait quelques jours, mais pas de troubles de la cornée ni de l'iris ; l'examen rétinien ne montra aucune lésion, même après 4, 6 et 8 semaines.

Dans une seconde série d'expériences, faites au centre ophtalmologique de la IX° Région, pendant la guerre, quatre lapins furent irradiés avec une ampoule Coolidge, distante de 4 céntimètres des

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olobes oculaires ; le premier lapin fut exposé à des rayons mous, non filtrés, à une dose dé 5 H ; les inois autres furent irradiés à des doses plus fortes, de 5 à 15 H, mais séparés de l’ampoule par des épaisseurs d'aluminium variant de 1 à 3 millimètres, ne recevant par conséquent que des rayons durs et pénétrants. Le premier lapin, qui avait reçu des rayons mous, montra une légère réaction conjonctivale, qui disparut après quelques jours, et un peu de contraclion de la pupille jusqu’au quatrième jour. Aucun trouble ne fut observé chez les trois autres, à part la chute des poils au niveau de la région irradiée ; à l’ophtalmoscope notamment, on ne vit aucune lésion du fond d'œil. |

Dans le laboratoire de radiologie de la clinique ophtalmologique du Professeur Rollet, M. le Docteur Malot, chef du service et son assistant le Docteur Dumont, ont fait des expériences analogues, également sur des lapins. Le résultat de ces expériences a été publié dans la Revue Générale d'Ophtalmologie, en juillet 1914.

Ces expériences ont porté sur trois lapins. Avant toute irradiation, leurs fonds d'œil ont été examinés par M. le Docteur Aurand, chef de laboratoire de la clinique, et reconnus normaux.

Le premier lapin a subi, à 2 jours d'intervalle, quatre séances d'irradiation sur l'œil gauche, distant de 12 centimètres de l’anticathode, et dont il était séparé par un filtre d'aluminium, avec une intensité de 1 milli 5 et sous ro cm d’étincelle équivalente. Un examen pratiqué 2 jours aprèsJa dernière séance

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ne montra aucune lésion. Ge lapin mourut 3 semaines après la dernière séance, d’une affection qu'on n'a pas pu déterminer.

Le second lapin a d’abord été irradié pendant 15 minutes sur l'œil gauche avec une intensité de 4 milliampères 5 et une filtration de 4 millimètres d'aluminium. Six jours après, on en décèle aucune lésion. Ce lapin reçut à nouveau cinq irradiations de :15 minutes sur le même œil avec une intensité” de 1 milliampère 5, et une filtration de 2 millimètres d'aluminium. Ces cinq séances sont 'espacées de > jours en 2 jours. Un nouvel examen pratiqué D jours après ne montra aucune lésion de l’œil ni de ses annexes. On recommença six nouvelles irradiations d’une intensité de 1 milli 5, sous 2 millimètres d'aluminium, et pendant 15 minutes, encore espacées de 2 en 2 jours. Aucune altération sénsible ne fut constatée chez ce second lapin.

Le troisième lapin fut irradié pendant 15 séances. de 15 minutes avec 1,5 milliampère et une épaisseur de 2 millimètres d'aluminium pour les ÿ premières séances, mais filtration pour les 6 dernières.

Ce troisième lapin seul, qui fut irradié sans filtration, présente une dermite avec dépilation de la région irradiée, et un peu de conjonctivite et de blépharite sans gravité. Son fond d’œil resta normal, ainsi que sa cornée et son cristallin.

De ces trois lapins, un seul a donc, présenté quel. ques lésions, très légères du reste, non définitives, et localisées aux annexes. Les portions nobles de l'œil n’ont présenté aucune réaction pathologique,

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aucun signe d'intolérance ; et pour produire ces légères altérations des annexes, il à fallu des doses intensives, non employées d'habitude en thérapeutique. \

- Somme toute, ces expériences faites et reprises par différents expérimentateurs montrent l’innocuité des rayons Rœntgen sur l'œil, à condition toutefois de des doser convenablement, et surtout de les filtrer. il faut éviter que les rayons mous n’atteignent l'œil. C'est à ces rayons mous en effet qu'on doit attribuer les lésions constatées du côté des annexes. Il faut donc faire une filtration à travers une plaque d’aluminium d'au moins 2 millimètres d'épaisseur, pour ne laisser passer que les rayons durs qui sont inoffensifs.

Il faut aussi tenir compte de la plus grande sensibilité des enfants. C’est effectivement sur le très jeune chat seulement que Tribondeau a constaté des lésions rétiniennes. |

Enfin aux premières manifestations d’intolérance il ÿ aura lieu de diminuer les doses employées et la durée des séances, et on veillera aussi à augmenter l'intervalle de repos entre les irradiations.

De même qu'on est arrivé à prescrire des remèdes qui paraissaient au prime abord d’une toxicité élevée, à condition d'en surveiller l'effet, pour rester à la limite de la dose thérapeutique et de la dose toxique, de même les rayons X, jadis tant décriés, ont pris place dans l'arsenal thérapeutique, et leur innocuité semble évidente, grâce à une technique bien conduite. |

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