OBSERVATION XV
(Due à l'obligeance de M. le Dr Milian.)
Jules P..., a-eu un chancre en 1900. Il était localisé au niveau de la lèvre inférieure. Pendant deux ans, il eut des plaques muqueuses buccales. Il fut atteint ensuite de laryngite qui le rendit aphone durant plus de trois mois. A cette époque, il avait des syphilides croûteuses du cuir chevelu. En 1906, une gomme frontale provoqua un effondrement nasal, En 1907, il éprouva des difficultés dans la marche. Comme traitement, il aiterna les pilules et les piqûres, mais il ne peut spécifier quel genre de piqûres.
Aujourd'hui, 8 septembre 1911, il vient pour un syphilome gommeux du voile du palais avec leucoplasie légère des joues et des lèvres. Depuis trois mois, il a des plaques muqueuses buccales. On lui fait, le 8 septembre, 30 centigrammes de 606 intra-veineux. ;
15 septembre.— Il y a une diminution de moitié dans tous les accidents. Le Wassermann est très positif. On injecte à
nouveau 40 centigrammes de 606 intra-veineux.
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OBSERVATION XVI (Personnelle)
(Recueillie chez M. le D” Milian.)
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Ce malade vient pour la première fois à la consultation de médecine de l'hôpital de la Charité le 18 octobre 1911. Il n’y a rien de particulier à relever dans ses antécédents héréditaires. Nous trouvons dans ses antécédents personnels plusieurs accès de paludisme contracté en 1901 au Brésil. Il est nettement syphilitique. Son accident primitif remonterait au 24 juin 1909. Il était localisé au niveau du gland. Il présenta alors une pléiade de ganglions aux aïnes, d’après ce qu’il nous dit. Aussitôt l'apparition de son chancre, il alla consulter le D' A. Renaut à l'hôpital Ricord. Son chancre fut traité localement par la pommade au calomel; puis le malade commença un traitement interne avec des pilules de protoïodure d’hydrargyre dosées à 5 centigrammes. Bien régulièrement, depuis cette époque, le malade suivit les prescriptions de M. le D' Renaut. La première année, il prit pendant deux mois consécutifs deux pilules par jour avec un mois de repos. La deuxième année, il ne prit ses pilules qu’un mois sur deux. Jamais aucun autre mode de traitement hydrargyrique ne lui fut appliqué.
Il ne prit jamais d’iodure de potassium. Quelques semaines après le chancre, il présenta une roséole très marquée. Il nous dit n’avoir jamais eu de plaques muqueuses, mais une rougeur assez marquée du palais et du pharynx. C’est en mars 1911, pour la première fois qu'il a présenté les lésions linguales ct buccales pour lesquelles il vient consulter
aujourd’hui, 18 octobre 1911.
Le traitement mercuriel ne lui apporte aucun changement. Il est très sobre mais avoue qu'il n'a jamais eessé complètement de fumer.
En examinant ce malade, on trouve sur la face interne de la joue gauche, dans le voisinage de la commissure labiale, quatre plaques de leucoplasie très nettes séparées par un léger intervalle de muqueuse saine. Ces plaques dont l'ensemble mesure environ 2 centimètres carrés, sont plus blanches que grises et présentent l'aspect nacré caraetéristique de la leucoplasie. La langue présente de nombreux sillons ; la plupart sont antéro-postérieurs. Le bord droit apparaît comme déchiqueté. Il y a chez ce malade une véritable glossite, mais on retrouve en sept ou huit points des îlots de leucoplasie. Quand nous lui demandons s’il est gêné dans la parole, dans la mastication et la déglutition, il nous répond qu'il a simplement une légère sensation d’empâtement.
Le lundi 23 octobre il revient à la consultation pour subir une première injection intraveineuse de 606. On lui injecte 30 centigrammes de Salvarsan; mais l'externe chargé de cette injection nous fait remarquer qu'une partie du liquide s’est perdue dans le tissu cellulaire, un tiers environ. Le Wassermann est très positif.
La semaine suivante, le lundi 28 octobre, le malade se présente pour la seconde injection. Il a très bien supperté la première et n'a éprouvé qu'un léger endolorissement. local dû sans doute au 606 extra-veineux.
Avant de procéder à une deuxième injection, de 4o centigrammes cette fois, nous examinons notre malade et nous
pouvons constater un mieux considérable, puisque le D° Mi:
lian peut parler de guérison presque complète. Il ne reste qu'une plaque gris opalin à la commissure labiale gauche, Les sillons assez profonds qui déchiquetaient le bord droit de la langue se sont sensiblement comblés. Quant aux îlots de leucoplasie linguale, ils ont à la fois diminué en surface et en blancheur. Le malade est enchanté d’un pareil résultat que la médication hydrargyrique antérieure n'avait pu lui procurer. La sensation d’empâtement lingual dont il nous avait parlé, a disparu. Une injection de 4o centigrammes lui est alors faite et rendez-vous lui est donné pour le 13 novembre.
A cette date, il ne reste plus aucune lésion à la face interne de la joue gauche. Sur la langue, la cicatrisation est totale, les îlots de leucoplasie ont absolument disparu. On ne remarque plus que des sillons minimes sans leucoplasie. Le malade n’éprouve plus aucune gêne. On lui fait une troisième injection de 606.Le 1‘ décembre, la guérison s’est
maintenue et la réaction de Wassermann est négative.