CHAPITRE PREMIER
Un grand nombre de méthodes ont été préconisées par les médecins pour le traitement de la malapie de Basedow. Beaucoup parmi ceux-ci, incertains entre des procédés douteux, employaient des moyens thérapeutiques, tels que le séjour dans un climat montagneux et maritime, ou encore l’hydrothérapie et ainsi s’efforçaient à atténuer les symptômes sans s’attaquer à la cause directe du mal.
Parmi les incertitudes, les tâätonnements, les con-
tradictions même de la thérapeutique de cette affec-
tion, il nous semble qu'’uneidée directrice doive gui-
der notre façon d'agir, étant données les idées pathogéniques actuelles de la question.
A notre époque surtout, où l’empirisme a cédé le pas au raisonnement logique des méthodes employées, où le laboratoire, avec des expériences à l'appui, nous indique les voies à suivre, nous tâcherons de justifier notre thérapeutique de la maladie
de Basedow.
Reprendre l’histoire de Loutes les théories proposées jusqu'à nos jours, n'entre pas dans le sujet de celte thèse. Néanmoins il nous paraît utile de rappeler ici les plus importantes ; elles présentent, en effet un certain intérêt. De grands maîtres tels que Potain et Bouillaud faisaient de cette affection une lésion cardio-vasculaire ; il y a bien dans la maladie de Basedow des troubles cardiaques. La tachycardie qui en est un des symptômes essentiels avait attiré l’attention de ces cliniciens, mais ces troubles ne peuvent expliquer les autres signes. On serait plus tenté de croire à l’hypothèse de Charcot qui faisait rentrer la maladie de Basedow dans la grande famille des névroses. Eu 1875 au Congrès de Clermont-Ferrand le professeur Gagnon énoncça les rapports du goitre exophtalmique et de la chorée. Nous verrons plus loin que le système nerveux n'est pas sans influence dans la production des différents symptômes ; du reste la plupart des malades dont nous donnons les observations dans cet ouvrage sont des névropathes et nous savons combien les influences morales agissent sur les basedowiens.
Puis, grâce aux expériences physiologiques de Claude Bernard, on crut avoir trouvé la véritable solution du problème. En excitant le sympathique cervical, il se produisait chez les animaux de l’exophtalmie, de la tachycardie et de la dilatation pupillaire. Quelques années plus tard Abadie (Presse médicale du 3 mars 1897) s’efforca de donner une
définition exacte du syndrome. Cette définition peut
à la rigueur expliquer les formes frustres, mais laisse deux points dans l’ombre; c’est, d’une part, la cause d’excitation du sympathique, et, d'autre part, la raison d’être de la permanence de cette excitation. Or ces deux points sont la base même de la question.
* Vulpian et Panas attribuèrent la cause du goitre exopthalmique à un trouble fonctionnel de certains noyaux bulbaires. Nous nous rangeons à l’avis de Brissaud qui demanda la raison des lésions fgoitreuses. | D En septembre 1895, Gauthier (de Charolles), 1e premier, puis Mœbius, en avril 1896, avaient lancé comme hypothèse possible de la maladie de Basedow l'intoxication thyroïdienne. L’amaigrissement que l’on trouve chez les malades concorde très bien avec l’idée que nous nous faisons de cette maladie, c’est-à-dire d’une intoxication; on peut voir des pertes de poids rapides et cela aussi bien avec un régime ordinaire qu'avec de la suralimentation. Des recherches ont été faites sur les échanges organiques; on trouve une augmentation des processus d’oxydation dans la proportion de 20, 30, 50 0/0 de plus qu'à l'état normal (Magnus-Lévy).
Cette théorie qui paraît si vraisemblable avait trouvé de nombreux partisans, parmi lesquels Joffroy et Renaut (de Lyon). Ce dernier fit des examens histologiques du corps thyroïde, et au Congrès français des médecins aliénistes et neurologistes, tenu à Bordeaux en 1895,communiqua le résultat de
ses travaux ; il avait retrouvé les mêmes lésions his-