‹ Traitement de la péritonite tuberculeuse par la recalcificationChapitre 12 sur 25 · A QE · texte numérisé non relu

A QE

Le 7 septembre, l’état est resté à peu près semblable, mais le ventre a grossi encore depuis quelques jours : on constate dans les deux flancs de la matilé; cette matité se déplace quand on met le malade dans le décubitus latéral; il n'y a pas de déplissement de l’ombilie, la sensation de flot n'est pas

très nette.

Le 11. — Ascite évidente, avec tous ses signes. (sensation

de flot, matité...); cette ascite est mobile.

Le ventre est toujours le siège d'un endolorissement léger, étendu à tout l'abdomen, sans prédominance en un point.

Le 13. — Matité de la base gauche, obscurité respiratoire à ce niveau et léger point de côté gauche.

Le 18. — Léger empâtement périombilical.

Le 20. — Les signes d’épanchement thoracique gauche s'accentuent, il y a du souffle pleurétique de ce côté. Le 22. — Une thoracentèse est pratiquée : elle ramène

deux litres de liquide séro-fibrineux.

L'amélioration se dessine les jours suivants : la fièvre cesse, le liquide ne se reproduit pas, des frottements pleuraux se font entendre dans le côté gauche du thorax.

La matilé abdominale a disparu le 25 septembre, sauf dans la partie déclive des flancs où elle persiste encore.

La rougeur et l'infiltration de la paroi dans la région périombilicale persistent, elles sont surtout sus ombilicales.

22 octobre. — 11 n'y a plus de liquide dans l’abdomen, la matilé a disparu, mais on sent par la palpation du ventre, deux gâteaux péritonéaux très nets : un, situé dans l'hypocondre gauche, va jusqu'à l’ombilic qu'il dépasse même de quelques centimètres ; l’autre, est situé dans la fosse iliaque droite. Un purgatif, administré les jours suivants, n'amène aucun changement dans l’état de ces masses.

28 novembre. — Les gâteaux péritonéaux ont changé de . caractère : ce sont des masses plus nombreuses qu'autrefois, moins volumineuses, elles siègent surtout vers la partie centrale de l'abdomen, laissant libres les flancs, elles descendent

LIÉNART 5)

NE

jusque dans la région sus-pubienne. Il y a encore un frottement pleural à la base gauche. La température remonte pendant quelques jours jusqu’à 38°, 38°5, (axillaire).

[l y a de temps en temps quelques coliques, en particulier sous l'inflüence de l'alimentation. La rougeur el l'infiltration de la zone périombilicale ont disparu après avoir régressé peu à peu.

Dans la suite, l'état général resta longtemps stationnaire mais sans fièvre; toutefois les masses abdominales diminuaient un peu de volume. Dans le mois de mars 1916 leur régression s’accentua. Le 31 mars, l'examen les nolait bien moins volumineuses qu'autrefois. Il n’y avait plus de signes thoraciques.

L'état s’améliora encore jusqu'au départ du malade. Les gâteaux diminuaient de volume et de nombre, l’'embonpoint progressif du sujet témoignait des réactions favorables de l'organisme. La température axillaire ne dépassait pas ou à peine 37° {le soir). L'appétit était bon. Le malade était toujours maintenu au lit. Il n’avait pas de douleur. Rien au thorax, pas de liquide dans l'abdomen.

Nous dûmes l'évacuer le 6 mai 1916, sur l’intérieur, pour des raisons indépendantes de notre volonté. Il n'était pas guéri, puisqu'il conservail encore des gâteaux péritonéaux, mais il était en très bonne voie de guérison. Il fit le voyage couché et arriva en parfait élal dans un hôpital d’une ville de Bretagne d’où il nous envoya des nouvelles satisfaisantes les jours suivants. Le bon élat persistait.

En résumé : tuberculose pleuro-péritonéale, avec prédominance péritonéale (ascite, gätcaux abdominaux). Epanchement pleural gauche guéri «41 départ du malade. Malade soigné à l'hôpital pendant plus de huit mois.

A son départ, grande amélioration, relèvement de l’état général, fonctions satisfaisantes des voies digestives. absence

LS

. de fièvre, de douleurs et d’ascite, mais persistance de gâteaux péritonéaux.

Traitement. — Le traitement suivi pendant ces huit mois de séjour consisla dans les prescriptions suivantes :

1° Prise de trois cachets recalcifiants par jour, suivant la formule ci-dessous :

Carbonale de chaux. 0 gr. 60

Phosphate de chaux tribasique. 0 gr. 20 Chlorure de sodiun. 0 gr. 10

pour un cachet. *

Commencée le 9 septembre 1915, à raison d’un cachet par jour, cette médication fut portée le 11 septembre, à la dose de deux cachets par jour et, depuis le 18 septembre 1915, à la dosé de trois cachets par jour (un matin, midi et soir). Gette dernière dose fut continuée presque sans interruption jusqu’à la sortie du malade de l'hôpital.

20 L'huile de foie de morue fut à titre transitoire, administrée une quinzaine de jours en décembre 1915.

3 Repos absolu au lit pendant tout le temps de son séjour à l'hôpital.

4° Des compresses humides tièdes exprimées et recouvertes de taffetas étaient maintenues en permanence sur l'abdomen.

5° L'alimentation, exclusivement liquide jusqu'au 15 septembre, fut renforcée ensuite par un, puis deux tapiocas. Une ‘purée était adjointe dès le 23 septembre, deux purées dès le 24 septembre. Dès le 29, le malade mangeait même un peu de pain. La viande était introduite dans son régime dès le 6 octobre au repas de midi, et dès le 15 octobre aux deux repas. À partir du 24 octobre, il tolérait le régime ordinaire qu'il supporta parfaitement jusqu’à sa poussée du 28 novembre.

Le 28 novembre, en raison des coliques que déterminait l’ali-

mentation, il dut être remis au régime liquide pendant quelques jours, il ne put reprendre ensuite qu'après un mois de tâtonnements, l'usage régulier des {apiocas et des purées. Jamais nous ne lui redonnâmes de viande ou de pain jusqu'à son départ; pendant celte dernière partie de son séjour il resta au régime des bouillies, pâtes et purées.

6° Comme boisson, eau ou tilleul. Nous n'avons pu prescrire les verres recommandés par Ferrier avant chacun des repas.

Observation XV (personnelle et inédite).

S... 20 ans, tisseur, entré à l'Hôtel-Dieu d'Amiens, salle Tavernier, le 15 mars 1915 parce qu'il souffre du ventre et présente des troubles gastro-intestinaux.

Antécédents familiaux.— Ses parenls sont vivants. Sa mère est de santé délicate, son père bien que n’ayant jamais été alité n’est pas robuste. ù

Son frère et ses deux sœurs sont bien portants.

Lui-même n'aurait d'autre antécédent pathologique qu’une rougeole. Aucune maladie infectieuse n'a précédé de près l'éclosion de la maladie actuelle. à

Histoire de la maladie, — Il y a six semaines sont apparus les premiers troubles digestifs : anorexie, alternative de constipation et de diarrhée, légère toux le matin avec expectoration, celle-ci est nulle dans la journée.

Puis la diarrhée est devenue continue et le ventre a grossi. Fatigué au moindre effort, le malade a dû interrompre son travail huit jours avant son entrée à l'hôpital. Comme son état ne se modifiait pas malgré un repos relatif, il est venu à la consultation de l'Hôtel-Dieu et a été admis dans un service de médecine.

Examen du malade à l'entrée. — C'est un jeune homme au visage amaigri el pâle. Les creux sus et sous-claviculaires sont déprimés, les muscles de la ceinture scapulo-thoracique

ar

sont légérement atrophiés. Tout le haut du tronc fait contraste avec le bas: le ventre présente, en effet, un volume exagéré avec légère circulation veineuse collatérale sous-ombilicale.

La percussion décèle la matité des flancs se déplaçant avec les mouvements, et une zone médiane de sonorité.

La sensation de flot est nette : il y a donc ascite libre.

À la palpation profonde on sent des paquets d’anses agglutinées surtout à gauche,

Les poumons ne sont pas indemnes : il y a de la submatité de la région sous-claviculaire à droite, en avant et le-murmure vésiculaire s'y trouve très affaibli.

En arrière, submatité des sommets et matité plus accentuée de la base gauche, avec, à l'auscultation, quelques ràles humides aux sommets à prédominance gauche, et affaiblissement du murmure vésiculaire à la base.

Rate et foie normaux.

Pas de sucre, pas d'albumine dans les urines.

Le diagnoslic de péritonite tuberculeuse est posé.

Le malade est mis au repos absolu au lit, avec une serviette chaude humide sur le ventre, recouverte de taffetas gommé,

Il est mis au lait el reçoit des cachets de chaux.

L'état reste stationnaire pendant 5 à 6 jours, la température continue à osciller le soir entre 3898 et 39°2 pour retomber voisine de la normale le matin.

Les selles sont un peu moins fréquentes et le ventre moins tendu, mais la zone de matité augmente à la base gauche du poumon et bientôt apparaît un souffle doux, il ÿ a aussi un peu d'ægophonie et de pectorilogine aphone ; il s’agit de pleurésie avec épanchement moyen.

Le 25 mars, nous faisons une thoracentèse el relirons 1 litre 1/2.

Les jours suivants, l’état s'améliore sensiblement, la température s'abaisse. Le malade se sent de l'appétit et nous commençons à l’alimenter : nous lui donnons un, puis deux, trois potages par jour. Il sont bien tolérés, nous y adjoi-

gnons des purées, des pâtes alimentaires. Le ventre s'assouplit, l'ascite disparaît, seul subsiste l'empâtement dans l'hypocondre gauche jusqu’au voisinage de la crête ilaque.

Le liquide pleural ne s’est pas reproduit après la thoracentèse, le murmure vésiculaire est progressivement perçu. ;

Le malade reçoit deux jaunes d'œuf puis de la viande crue. L'alimentation est lrès bien supportée. Les joues se recolorent, les forces reviennent, le malade demande à sortir le premier juin, nous refusons; mais il profite de notre absence momentanée pour quitter hôpital le 7 juin 1915.

Il se repose quelque temps chez lui, se sentant fort el se croyant guéri, il se remet au travail et quitte bientôt son ancien emploi pour un autre plus lucratif mais qui l’oblige à porter de lourdes charges.

Pendant cinq mois travaillant ferme et gardant son appélit, il ne suit aucun traitement. A la fin de décembre, à la suite d'un refroidissement brusque, il se met à tousser, mais il continue à travailler sans prendre aucune précaution. Bientôt les forces diminuent, l'appétit devient capricieux, en même temps la toux augmente et les sueurs nocturnes apparaissent.

Il'entre à l'hôpital le 24 mars 1916. Il présente un ramol-, lissement des sommets des poumons avec prédominance gauche. En avril, il fait un pneumothorax qui dut être ponclionné.

Il quitte l'hôpital en juin, pour mourir deux jours après chez lui en tuberculeux pulmonaire sans avoir présenté, pendant son second séjour, aucune réaction du côté du ventre : sa tuberculose péritonéale était restée guérie.

Observation XVI (personnelle et inédite).

M. L.., âgé de 40 ans, entre à l'Hôlel-Dieu, salle Tavernier, à la fin de mars 1916 parce qu’il tousse, présente des alter-

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