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CHAPITRE X

Sommaire : Arsenic. — Eaux minérales arsénicales, Ja Bourboule, le Mont-Dore. — Chlorure de sodium et lait chloruré. — Eaux chlorurées et carbonatées sodiques. — Quels phtisiques faut-il envoyer aux eaux thermales? — Quelle vie doivent-ils y mener?

1/ arsenic est un des médicaments les plus employés dans le traitement de la phtisie pulmonaire. Dès que l'on eut constaté que les habitants de laBasse- Autriche employaient l'arsenic pour augmenter leurs forces respiratoires et se donner un teint frais, on eut l'idée d'employer ce métalloïde comme tonique et reconstituant. Trousseau contribua à son introduction définitive dans la thérapeutique générale. On expliquait diversement son action bienfaisante. Généralement on admit que l'arsenic, comme l'alcool, est un médicament d'épargne; qu'il diminue la .formation de l'urée, de l'acide carbonique et qu'il abaisse la température du corps. Germain Sée a adopté cette idée théorique; il pense que cette substance diminue les oxydations et qu'il est en outre dépresseur de la circulation. Je crois que l'on a trop

oublié que l'arsenic s'emmagasine dans les centres nerveux, qu'il est un excitant de la nuintion par l'intermédiaire du système nerveux trophiquo.

Les effets de la médication arsenicale sur les phtisiques me permettent de maintenir mon opinion théorique. D'après E. Moutard- Martin, qui a fort bien étudié ce médicament en 1866, les tuberculeux voient leur appétit se réveiller, leurs forces renaître, leur teint terreux devenir clair, leur œil s'animer et leur poids augmenter. Ces effets ont été constatés par Pidoux, Jaccoud, Hérard, Cornil et Hanot, Peter, Dujardin-Beaumetz' Il me semble difficile de les expliquer à l'aide du mécanisme de l'épargne par diminution des combustions. Il est au contraire très simple et très rationnel de dire avec Peter que l'arsenic « stimule l'assimilation » et nous ajouterons : en agissant sur le système nerveux trophique.

L'arsenic, comme les autres médicaments, a voulu aussi passer au rang de parasiticide. En 1883, Buchner, de Munich, essaya de démontrer que l'arsénisation systématique était une médication germicide, qu'elle rendait l'organisme réfractaire à l'évolution tuberculeuse, qu'elle stérilisait le terrain. Cette immunité acquise serait due à une irri-

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lalion nutritive des cellules qui s'opposerait àlapullulationdes microbes. Ces prétentions de Buchner ne purent être réalisées avec l'arsenic. 11 donnait à ses malades, le premier jour 2 milligrammes d'acide arsénieux, le second jour 5 milligrammes, le troisième jour 10 milligrammes, et il maintenait cette dose pendant plusieurs semaines. 11 prétendit avoir guéri ainsi six phtisiques, et surtout il affirmait qu'il faisait disparaître la fièvre. Ces magnifiques résultats ne furent confirmés ni dans la clinique de Leyden, ni dans celle de von Ziemmsen, qui ne constatèrent une légère amélioration que sur de très rares phtisiques, et ne virent jamais les lésions locales, la fièvre et les bacilles des crachats diminuer. Kempner fit des observations analogues. Aussi depuis 1884, en Allemagne comme en France, on admet que l'arsenic peut modifier la nutrition générale de certains phtisiques, mais qu'il n'a aucune action anti- Ihermique et aucune action antiparasitaire.

C'est principalement chez les phtisiques dont les lésions tuberculeuses sont envoie de réparation naturelle que l'arsenic vient apporter un secours utile, et cette classe de malades devra en alterner l'usage avec celui des pliospbates et de l'huile de foie de morue. Jaccoud donne 2 milligrammes d'acide arsé-

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nieux par jour, puis augmente de 2 milligrammes par semaine jusqu'à 8 ou H) milligrammes et maintient indéfiniment la dose maxima, s'il ne survient aucun trouble toxique. Iléi'ard, Cornil et Hanot donnent aussi l'arsenic pendant très longtemps de suite pour imprégner l'organisme. A l'exemple de Peter, je ne recherche jamais cette arsénisation systématique et je ne prescris l'arsenic que pendant lo jours par mois. Pnr cette méthode, j'ai obtenu souvent d'excellents résultats chez les tuberculeux, non fébriles, dont les lésions étaient limitées, sans tendances congestives et envahissantes, mais dont l'appétit et la nutrition étaient languissants.

Les doses d'arsenic supportées par les phtisiques sont très variables. Je connais des phtisiques qui supportent sans accident 8 à 10 milligrammes d'acide arsénieux par jour; j'en connais d'autres qui ne peuvent jamais dépasser 4 à S milligrammes sans éprouver de vertiges, surtout en se levant, ou des crampes d'estomac, ou un sentiment de grande lassitude. L'arsenic est très mal supporté par les tuberculeux qui ont de la diarrhée ou des vomissements, de la dyspepsie, ou de la gastralgie, de la dilatation stomacale. Pour tous les phtisiques atteints de

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Iroublcs digestifs, l'arsenic, môme à faibles doses, est un poison dangereux.

Les préparations arsenicales les plus employées sont :

Les granules de Dioscoride, contenant un milligramme d'acide arsénieux;

La liqueur de Fowler, contenant en poids un centième d'acide arsénieux, ou deux centièmes d'arséniate de potasse ;

La liqueur de Pearson, contenant un six centième d'arséniate de soude;

La liqueur de Boudin, dont 20 grammes, ou une cuillerée à soupe, renferment 2 milligrammes d'acide arsénieux.

Plusieurs médecins ont employé l'arsenic en injections hypodermiques. Ainsi Ladenhorf, de Saint-Andreasberg, injecte aux phtisiques fébricitants un demi-gramme, puis dès le troisième jour un gramme de la solution suivante :

Liqueur de Fowler 2 grammes.

Eau distillée tO —

Chlorliydralo de cocaïne .... Osi^-OSc.

11 prétend avoir obtenu un effet antithermique dans un tiers des cas environ, après 8 ou 10 injections. Ces résultats n'ont jamais été reproduits.

Les eaux minérales arsenicales françaises sont très fréquentés par les phtisiques. La

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Bourboulc doit sa cùlébrilo à Noël Guencaii do Mussy qui en a beaucoup vanté les bons cfTcls; celle du Monl-Dore est plus ancienne. L'eau de la Bourboulc contient 0'''',01 d'arséniate do soude et 3 grammes de chlorure de sodium par lilrc;

L'eau du Mont-Dore ne renferme que 0»^,0009 d'arséniate de soude et 0«',3 de chlorure de sodium. Sa minéralisation est donc insignifiante, au point de vue de Tarsenic et du sel marin; quand on boit deux verres d'eau du Mont-Dorc on prend à peine 4 dix milligrammes d'arsenic, et 15 centigrammes de sel; on pourrait en l)oire sans inconvénient de 1 à 10 litres par jour; aussi la cure utile du Mont-Dore consiste-t-elle surtout dans les inhalations de vapeurs d'eau chaude ; ces inhalations diminuent la toux et facilitent l'expectoration, comme l'a très bien démontre Lassalas. L'excitation cutanée, provoquée par les bains, les douches, etsurloutles bains de pieds très chauds, dans quelques cas peut aussi être très utile. En outre il ne faut pas oublier que le Mont-Dore est situé à une altitude de 1,030 mètres, que cette station offre tous les avantages d'une station de montagne, que, par l'effet de l'altitude élevée, les mouvements respiratoires deviennent plus amples et moins fréquents, que l'appétit augmente et

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que l'oppression disparaît. Il est très regrettable que les installations du Mont-Dore soient peu confortables, car on pourrait parfaitement envoyer les phtisiques y faire une cure d'altitude pendant l'été, sans prendre les eaux, qui n'ont aucune valeur curative, si on créait des hôtels modernes ou un sanatorium dirigé par un médecin. Généralement on conseille la cure des eaux du Mont-Dore aux phtisiques débutant, même hémoptoïques, lorsqu'ils sont d'une famille goutteuse, rhumatisante ou dyspeptique.

L'eau de la Bourboule est surtout prise en boisson et à petites doses, puisque un litre contient 10 milligrammes d'arséniate de soude; on commence par un demi-verre, on continue par 1, 2, 3 et rarement 4 ou 5 verres par jour. Les installations de la Bourboule sont assez confortables et on peut y envoyer en toute sécurité desphtisiques scrofulcux, ou atteints d'adénopathie bronchique. Cette station a aussi une altitude élevée, 830 mètres. Elle est tonique par son air, son arsenic et son chlorure de sodium.

Le chlorure de sodium a été regardé comme un spécifique de la phtisie pulmonaire, surtout par Amédée Latour qui publia des cures merveilleuses obtenues avec le sel marin. Il avait cru remarquer que les singes des sal-

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limbanques nourris avec du sel, succombaienl plus rarement à la phtisie pulmonaire que les singes du Jardin des Plantes. Il n'avait pas compris que les singes des saltimbanques vivent isolés et au grand air, tandis que les singes du Jardin des Plantes vivent dans un air confiné et se contagionnent les uns les autres. A. Latour faisait absorber quotidiennement 12 à 15 grammes de sel à une cbèvre, et augmentait la dose de 5 grammes par jour jusqu'à 30 grammes. Les malades devaient absorber un litre de ce lait de chèvre, par très petites quantités à la fois. Hérard, Cornil et Hanot, qui ont pratiqué ce mode de traitement, ont vu qu'il excitait l'appétit et augmentait le poids du corps.

Il est certain qu'il estbonpour les tuberculeux d'absorber du chlorure de sodium. J ai démontré en 1876 que ces malades éhminent beaucoup de sel marin par leurs crachats; plus récemment Rommelaere de Bruxelles, Stokvis d'Amsterdam, Guerder et Gaulrelct ont constaté que les phtisiques éliminent de grandes quantités de chlorures par les urines au début de leur maladie. Il est important de leur restituer cet élément, car il a un rôle fort utile dans l'économie. On sait en effet que le chlorure de sodium empêche la destruction des globules rouges du sang ; tous les

médecins savent que, pour compter les globules rouges, on mélange le sang avec un liquide conservateur des globules, qui est la solution physiologique de sel marin à 7 pour 1,000. Aussi comprend-on facilementquePoggiale ait vu l'urée et le poids total des globules rouges augmenter chez les animaux dont la nourriture était fortement salée.

Mais, si le chlorure de sodium est un aliment utile, il n'est nullement un spécifique de la tuberculose, comme le démontrent les expériences d'Israël, de Copenhague. Cet expérimentateur a nourri journellement des lapins avec 8 à 10 grammes de chlorure de sodium mélangé avec du son, des navets, des choux et de l'avoine. Cette dose équivaudrait à environ loO grammes de chlorure de sodium absorbés journellement par un homme adulte. Le 20 décembre 1887 il inocula sous la peau du dos de deux lapins ainsi nourris, et de deux lapins témoins, des tubercules frais provenant d'un lapin inoculé dans la chambre antérieure de l'œil. Les quatre lapins maigrirent, perdirent l'appétit, devinrent haletants; l'ulcération tuberculeuse se forma au lieu d'inoculation vers le milieu du mois de février 1888. Les deux lapins, nourris avec le chlorure de sodium, moururent le 2 et le

10 mars avec une tuberculose des ganglions, I. 9»

des poumons, de la raie et des reins. Le premier lapin témoin ne mourut que le 27 mars. Le chlorure de sodium, ingéré à haute dose, n'a donc aucune action spécifique sur le tubercule.

Les eaiixsaléesles plus vantées dans le traitement de la phtisie pulmonaire sont celles de Soden, situées près de Francforl-sur-le-Mein, au pied du Taunus. La cure de Soden doit être recommandée aux phtisiques lymphatiques, qui trouveront en outre dans cette stlation un assez agréable climat d'été, comme l'a très exactement fait remarquer Thilenius. Soden n'a que 145 mètres d'altitude. — Parmi les eaux chlorurées sodiques fréquentées par les phtisiques, il faut citer Wiesbaden, sur les bords du Rhin , et Ischl, dans les Alpes autrichiennes; leurs eaux ont peu de valeur, mais ces stations sont d'agréables climats d'été, et on y trouvera des installations très confortables pour les malades.

Les eaux alcalines ont été aussi fort vantées dans le traitement de la phtisie pulmonaire : Royat, en Auvergne, qui a une altitude de 430 mètres; Ems, sur les bords du Rhin, qui possède une altitude de 100 mètres; Schlangenbad, sur le versant méridional du Taunus, à 300 mètres d'altitude ; Gleichenberg en Styric, et Weissenburg dans le canton

de Berne. Dans toutes ces stations, les eaux améliorent l'état des voies digestivcs des phtisiques. Nous recommanderons surtout la résidence de Weissenburg, située à 900 mètres d'altitude, dont les eaux ont une valeur très médiocre, mais dont le climat est très favorable aux phtisiques congestifs et nerveux; on y jouit d'un air humide et doux, dans lequel on respire à l'aise. Depuis quelques années on a installé à Weissenburg- et à Schlangenbad d'excellents logements pour les malades. A Royat etàEms, il y a aussi de bonnes installations, mais il y fait trop chaud pendant l'été.

On a prétendu que les bains alcalins ont une action décongestionnante sur les poumons. Chauvet, à Royat, a vu, après un bain d'eau courante de 30 minutes, la température baisser de S dixièmes dans le rectum, et en même temps la peau du corps rougir. La congestion périphérique décongestionnerait les organes profonds. Ce serait là une action comparable à celle qui a été observée par Jaccoud pendant le séjour sur les montagnes : congestion cutanée et anémie des organesinternes. A ces inductions théoriques, la clinique répond qu'en général les bains sontmal supportés par les phtisiques.

Quand le médecin envoie un tuberculeux aux eaux, il doit se demander ce que son malade

retirera de sa cure. Il repondra difficilement à cette question s'il veut chercher des points de repère au milieu du chaos des classifications compliquées que les hydrologues ont étahlios. La première question à résoudre est celle-ci : Quels tuberculeux faut-il envoyer aux eaux f

Il faut diriger sur les stations minérales les phtisiques qui ont besoin d'être arrachés pendant quelques semaines à l'air confiné des villes, à la vie de bureau, de cercle, qui ont besoin de grand air, de repos, d'être éloignés des soucis de la famille ou des affaires. Quant aux malades qui ontune inslallation à la campagne, qui y suivent une méthode hygiénique scrupuleusement précise, il faut bien se garder de les déplacer; le voyage les fatiguera; ils ne retrouveront pas le confort de leur demeure et de leur jardin intelligemment aménagés; ils perdront leurs bonnes habitudes d'exercice et de repos alternatifs. Ils n'ont rien à gagner ; ils ont tout à perdre.

Quand on aura décidé d'envoyer un phtisique aux eaux, il faudra choisir une station dont le climat soit frais en été, dont les logements et les hôtels soient confortables, dont Feau d'alimentation soit pure, dont les égouts soient propres. Puis alors seulement on s'occupera del'altitudeetdelacompositiondes eaux.

Parmi les stations élevées, on choisira

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GautoreLsetseseaux sulfureuses, ou laBourboulo elscs eaux arsenicales, pour les phtisiques lymphatiques et non congestifs ; on choisira Weissenburg et ses eaux sulfatées sodiques pour les phtisiques congestifs et nerveux; le Mont-Dore pour les descendants de goutteux ou de rhumatisants. Parmi les stations moyennes ou basses, on ciioisira Saint-Honoré ou Allevard et leurs eaux sulfureuses pour les tuberculeux non congestifs, etdontrexpectoration,difficilementexpulsée, cause des troubles d'infection générale par sa rétention; on choisira Soden pour les malades lymphatiques facilement congestifs, Ems ou Royat pour ceux qui' ne craignent pas la grande chaleur. Le plus souvent, il sera bon de recommander aux phtisiques d'aller, dans les stations minérales, faire une cure de bon air, et de n'y pas faire de cure balnéaire.

J'ai visité presque toutes les stations fréquentées par les phtisiques, et je regrette d'avoir à dire que plusieurs stations françaises sont fort mal aménagées pour les malades ; il est triste de voir que les eaux d'Allemagne ont des routes bordées de bancs propres et de refuges couverts, où l'on peut se mettre à l'abri du vent, du soleil ou de la pluie, des sentiers proprement entretenus à travers les bois et les montagnes, des vacheries d'une propretéchar-

mantes, que les appartcmenls meublés sont confor la])lcs, que ces stations possèdent des promenoirs couverts, que les rues sont fort bien entretenues, que le système de l'évacuationdes matières usées seperfectionnecliaquc jour. Il est triste d'avoir à faire cette énumération, quand chez nous, nous n'avons aucun de ces utiles adjuvants, sauf dans trois ou quatre stations qui ne sont pas fréquentées par les phtisiques.

Le médecin ne devra jamais envoyer aux eaux les malades pendant une crise fébrile, pendant une crise d'hémoptysie, ni pendant la période consomptive. Il se souviendra que, pendant sa cure balnéaire, le malade ne doit pas se fatiguer ou commettre des imprudences. Il ne devra pas oublier que les eaux ne guérissent pas les phtisiques, et que les cures balnéaires ne sont pas une colonne fondamentale du traitement de la tuberculose pulmonaire. Il relira cette phrase si juste de Lacnnec : « 11 est probable que les bons effets des eaux minérales sont en partie dus au changement de lieu, car par elles-mêmes elles ont une efficacité au moins douteuse et beaucoup de phtisiques se sont très bien trouvés de l'air des montagnes, quoiqu'ils n'eussentpas pu supporter les bains et l'usage interne des eaux. »

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