I. V. mes leçons sur la stomatite mercurielle
MEHCURE. EFFETS PTYALIQUES.
rarement générale d'emblée. Presque toujours elle s'annonce et prélude par des gingivites partielles, à foyers d'élection qu'il faut connaître povir les découvrir sûrement. Je vous rappelle que ces gingivites partielles, ces « stomatites d'alarme », comme je les ai appelées, affectent quatre types principaux, dont l'un surtout est particulièrement commun, à savoir :
1° La gingivite médiane inférieure^ qui se localise au collet des incisives médianes inférieures;
2° La gingivite périphérique^ périphérique à une dent en mauvais état, à un tronçon de dent, à un chicot encadré d'une gencive chroniquement enflammée et ramollie ;
3° La stomatite génienne^ se produisant sur la muqueuse de la joue au point correspondant à la dernière molaire inférieure ;
4° Et surtout le décollement rétro-molaire, qui est la lésion la plus commune en pareil cas, celle qu'on observe 8 ou 9 fois sur 10, et que je recommande en conséquence à toute votre attention.
Ce qui se produit est ceci : le repli muqueux qui borde en arrière la dernière molaire inférieure se décolle de la dent, et figure là une petite languette flottante^ verticale, rouge, érosive, saignant assez facilement au moindre contact. A peine le malade s'en aperçoit-il tout d'abord; plus tard, il accuse là (encore s'il y est sollicité) une certaine gêne, ({ comme un point endolori ». Et c'est tout.
Eh bien, cette lésion minime, minuscule, géné-
par excellence, une lésion mercarielle-, c'est là un prélude de stomatite, et de stomatite qui, primitivement localisée, tendra à s'étendre, voire à se généraliser peut-être, si la cause qui l'a produite vient à se continuer.
Donc, c'est sur ce point, à savoir la région rétromolaire, que devra porter surtout et spécialement votre examen.
— D'autre part, au cours du traitement par le mercure, prescrivez à votre malade des soins assidus d'hygiène buccale, à savoir ; rinçage de la bouche à la suite de chaque repas ; — brossage des dents, matin et soir pour le moins, avec une brosse molle saupoudrée d'un dentifrice quelconque, tel que le suivant, en usage dans nos salles :
"if Poudre de charbon finement iJorjïhyrisëe . /
Poudre de quinquina Essence de menthe . .
Ou bien celui qui a été proposé par mon collègue et ami le P'' Panas :
"if Poudre de quinquina
âà i5 grammes
I gramme 5 gouttes
Poudre de cachou Poudre de tanin .
Essence de menthe M.
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On a conseillé aussi, à litre préventif : Des gargarismes fréquemment répétés soit avec une solution de chlorate de potasse (4 grammes de ce sel pour un grand verre d'eau), soit avec de l'eau tiède additionnée de la mixture suivante :
7f Eau de Botot. . . .
Alcool de cochléaria. .
Teinture de quinquina Teinture de cachoxi .
Teinture de benjoin.
Ou bien encore des badigeonnages sur les gencives, plusieurs fois par jour, avec un pinceau d'aquarelle trempé dans un collutoire boraté ou clîloraté, tel que le suivant :
200 grammes
2 g. (J. Simon)
If Glycérine pure 3o
Borate de soude lo
Tous ces moyens et tant d'autres analogues ne peuvent qu'être favorables. On ne saurait leur reprocher que d'être superflus, l'hygiène précitée étant amplement suffisante dans la plupart des cas.
3" Faire l' éducation du malade relativement aux accidents buccaux qui peuvent dériver du mercure.
Encore une précaution qu'on néglige le plus habituellement, et cela parce qu'on a peur d'effrayer les malades , déjà si prévenus et si timorés à l'égard du mercure. C'est une faute, car, en l'espèce.
le malade doit être son propre médecin, et il sera son meilleur médecin si, prévenu de ce qui peut se produire, il cesse son traitement à la première alerte.
Ne négligez donc jamais — vous vo'yez que je ne crains pas d'insister sur les choses de pure pratique — de dire à votre client : « C'est du mercure que je vous prescris là. Or, le mercure peut déterminer un certain degré d'irritation des gencives. N'ayez pas peur de cela, car il dépend de vous que cela ne soit rien. Mais observez-vous, et du premier moment où vous vous sentirez les gencives agacées, nuitées, cessez tout aussitôt votre traitement, et venez me voir. »
Nombre de malades, en effet, n'ont dû leur stomatite qu'à leur ignorance des effets possibles du mercure sur la bouche. Souffrant de la bouche et ne soupçonnant pas la cause de cette irritation buccale, ils continuent leur traitement quand même et aboutissent de la sorte à des accidents de plus en plus sérieux. Exemple du genre, bien fait pour vous convaincre :
Un tout jeune homme prend la syphihs. Ne voulant rien dire de cela à sa famille, il va consulter en cachette un de ces médicâtres de bas étage qui étalent leurs annonces dans de petits monuments publics. On lui ordonne des pilules mercurielles, à raison de deux par jour. Quelques jours après, il se sent mal à la bouche. Effrayé, îl croit, suivant sa propre expression, que « c'est la vérole qui lui
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remonte à la bouche », et s'empresse de prendre trois pilules par jour au lieu de deux. Les douleurs augmentent; alors il se met à une ration quotidienne de quatre pilules. Finalement, il arrive chez moi, en proie à une stomatite intense, généralisée, ulcéreuse, laquelle ne dura pas moins de 5 à 6 semaines. — Eh bien, cette stomatite, le mercure certes en était moins responsable que le médecin qui avait négligé de prévenir ce jeune homme des effets possibles du remède prescrit.
4° Enfin, dernier point, et celui-ci tellement simple que je pourrai me borner à l'énoncer :
Suspendre le traitement mercuriel à la première menace^ si légère soit-elle, cVirritation buccale.
Cela est élémentaire. Et cela, de plus, est presque toujours suffisant à enrayer l'évolution morbide.
Telles sont les précautions de divers genres qui doivent, dans tous les cas, présider à l'institution du traitement mercuriel.
Grâce à elles, ce traitement peut trouver son application pratique sans dangers réels pour la bouche.
Comme témoignage, voyez ce qui se passe dans nos services spéciaux, où nous avons toujours en permanence une cinquantaine de malades environ (hommes et femmes) soumis au traitement mercuriel et souvent même à des traitements mercuriels intensifs. Si la stomatite était un accident inévitable
du mercure, elle devrait être à l'ordre du jour dans nos salles. Eh bien, elle y est rare, absolument rare; elle n'y est qu'à l'état d'exception.
Et, quand elle s'y produit, sous quelle forme s'y produit-elle? Presque toujours, à l'état d'ébauche, à l'état de gingivite partielle, circonscrite, localisée, qui cède rapidement sous l'influence de la suppression immédiate du traitement et de quelques soins locaux, dont je vous parlerai en temps et lieu.
Mais les stomatites véritablement graves, en rencontrez-vous dans nos services? Les cas de cet ordre que, de temps à autre, vous avez pu y voir, nous viennent presque invariablement du dehors, c'est-à-dire nous sont ofiferts par des malades qui n'ont pas été surveillés, qui se sont traités euxmêmes et sans direction, qui ont alnisé du mercure. Exclusion ûiite de ces cas (dont nous ne sommes pas responsables), les. stomatites graves sont devenues de nos jours, je le répète, une exception rare dans les hôpitaux de vénériens.
Je ne dis certes pas que nous soyons maîtres aujourd'hui de l'action ptyalique du mercure ; je ne dis pas que nous soyons à l'abri des accidents, voire des dangers buccaux du mercure. Ce serait là une exagération qui provoquerait aussitôt des démentis motivés. Certes oui, nous avons tous sur la conscience d'avoir déterminé des stomatites plus ou moins sérieuses, mais pourquoi et dans quelles conditions? Parce que, d'abord, il nous arrive plus qu'à d'autres d'avoir affaire, dans nos services hospi-