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VI. — Les purgatifs de tout genre, notamment les drastiques

Yll. — Les eaux minérales (sulfureuses, chlorurées, arsenicales, et autres), très utiles agents, à titre d'auxiliaires indirects, pour amender les vices constitutionnels, tonifier l'organisme, etc. ; mais agents dépourvus, contrairement aux croyances les plus accréditées près des gens du monde, de toute influence spéciale contre la syphilis.

VIII. — Des agents multiples d'origine minérale ou autre : or, argent, platine, arsenic, antimoine, cuivre, thallium, hyposulfite de soude, acide nitrique, ammoniaque, eau oxygénée, bichromate de potasse.

IX. — Puis, sont venus, de nos jours, les agents antizymotiques : acide phénique, acide salicylique, acide thymique, créosote, etc.

Sans parler de cent autres que je passe sous silence — et vous n'y perdez rien'. — Dire qu'aucun de ces remèdes n'exerce la moindre influence sur la svphilis serait peut-être dépasser la mesure. CJertains d'entre eux, au titre d'adjuvants et en vue d'indications spéciales, ne sont peut-être pas incapables de rendre quelques services. Mais ce n'est que justice en tout cas d'affirmer ceci : qu'aucun

I. Je ne dirai rien non plus de très nombreuses pratiques qui, à diverses époques, ont été préconisées contre la sypliilis, telles que : émissions sanguines (saignées, sangsues, ventouses); — bains de vapeur; — révulsifs el dérivatifs; — vésication profuse et entretenue ; — « tartarisation » par emplâtres stibiés ; — vaccination ; cure d'inanition (cura famh^ diète sèche, diète arabique), etc., etc. Tout cela est oublié et n'a plus qu'un in'.érêt liistoiique.

THAITKMKNT DK LA SYPHILIS.

n'est (loué d'une véritable action antisypliililiquo, et que la bien minime influence qu'on a pu reconnaître à quelques-uns est tellement inférieure à celle du mercure et de l'iodure qu'il n'y a vraiment pas lieu d'en tenir compte.

Au total donc, en tant qu'agents anlisyphilitiques proprement dits, la thérapeutique ne dispose que de deux remèdes, le mercure et l'iodure.

Eh bien, de même qu'il est rationnel d'étudier une arme avant de s'en servir, de même je vous propose de commencer par étudier ces deux remèdes en eux-mêmes avant d'entrer dans les détails de leur application au traitement de la syphilis. Voyons donc tout d'abord ce qu'ils sont, quelle action ils exercent sur l'organisme, ce qu'on peut en espérer comme ce qu'on peut en craindre, et surtout ce qu'il y a de vrai ou de faux dans les dangers qu'on leur a attribués.

Le mercure va nous occuper en premier lieu.

MERCURE

C'est presque dès l'apparition du mal français en Europe que le mercure fut appliqué au traitement de cette maladie.

Depuis lors, il est toujours resté en scène, mais avec des fortunes diverses, à la vérité; c'est-à-dire

MERCURR.

lanlôt exalté, prôné avec enthousiasme à la façon d'un « remède sauveur », d'un (( remède incomparable, sans égal », tantôt honni, conspué, décrié, diffamé, vihpendé, mais ne tardant guère à revenir en honneur, et cela tant en raison de ses vertus propres que de l'impuissance des remèdes rivaux qui lui étaient momentanément préférés.

Et la place qu'au prix de tant de péripéties il a conquise dans la thérapeutique, il la conservera toujours, il la conservera définitivement, soyez-en sûrs; car il la doit à une action puissante qu'il exerce sur la maladie, action qui a bien pu être contestée — tout est contestable, à commencer par la lumière du jour pour ceux qui ferment les yeux — , mais qui s'affirme d'une façon tellement habituelle, tellement éclatante, qu'elle s'impose véritablement en toute évidence et ne saurait être méconnue.

Disons même dès à présent que le mercure est le remède par excellence de la syphilis, que c'en est le remède de fond, qu'il constitue le neutralisateur, le correctif, l'antidote le plus puissant dont nous disposions contre elle, ainsi que cela ressortira, je l'espère, de l'exposé qui va suivre.

Toutefois, avant de nous décider à le prescrire à nos malades, il est une question préalable qui s'impose à nous et qui demande à être résolue avant toute autre. C'est la suivante : Le mercure peut-il nuire P JLst-\\ susceptible, en quoi que ce soit, d'im-

porler un dommage dans la situai ion du malade, d'ajouter un danger quelconque à la vérole?

Question bien essentielle et d'ordre bien pratique; question sur laquelle, Messieurs, vous serez incessamment interrogés par vos clients et à laquelle il importe donc que vous soyez en mesure de donner une réponse exacte, scientifique, péremploire.

Car, s'il est un remède qui ait mauvais renom et qui éveille la défiance du public, c'est le mercure. Et ce n'est pas assez dire. Le mercure est un remède honni, détesté, exécré, dont le nom seul est un épouvantail, pour lequel toutes les classes de la société, les plus élevées comme les plus basses, les plus cultivées comme les plus ignorantes, nourrissent une haine, une horreur native. Venez-vous à le prescrire à un malade, aussitôt surgissent des récriminations comme les suivantes, stéréotypées, pour ainsi dire, dans la bouche des gens du monde : « Mais c'est du mercure, docteur, que vous me prescrivez là! Alors, adieu mes dents! Adieu mes cheveux! Vous allez faire de mon corps un baromètre ! Et la carie des os, me garantirez- vous contre elle? Car le mercure reste dans les os, n'est-ce pas? Puis, ce mercure, comment me le retirere~-vous ensuite du corps? » Et toutes autres raisons semblables, qui ont leur origine dans une aversion profonde pour le mercure, aversion du reste, il faut en convenir, que le mercure a bien méritée jadis, et qui survit aujourd'hui comme un souvenir de ces traitements barbares auxquels étaient soumis les

mtocKS nu MKncuitK. "^^7

syphilitiques des temps passés, alors qu'on faisail résider les vertus du remède dans son action ptyalique et que l'on condamnait les malliem-eux patients au supplice horrible d'une salivation entretenue. Ce n'est pas en vain qu'on fait cracher au public ses dents et ses maxillaires; cela ne s'oulolie guère, et le public d'aujourd'hui garde rancune au mercure en souvenir du passé. ^

Je n'entreprendrai pas à nouveau de justifier le mercure de toutes les calomnies dont on l'a chargé. Ce serait un labeur aussi long qu'inutile. Car vous ne sauriez vous faire une idée, à ne parler même que d'assertions d'origine médicale, du nombre de méfoils qu'on a mis à sa charge. Le réquisitoire dressé contre lui est à nul autre semblable.

Non seulement, en eflet, on l'a accusé (ceci est banal et mérite à peine d'être rappelé) d'enflammer la bouche, de faire tomber les dents, de faire tomber les cheveux, mais on lui a imputé cent autres effets nocifs, désastreux. C'est de lui que dériverait une foule d'accidents et de maladies que nous aurions, paraît-il, l'aveuglement ou l'entêtement de rapporter à d'autres origines. Ainsi, il produirait, assuret-on, « des ulcérations, des gangrènes, des lésions graves du système osseux, des affections viscérales multiples et notamment des néphrites, des dégénérescences graisseuses, des accidents de phthisie, des accidents de métrite et d'avortement, des rétrécissements du. rectum, des phénomènes nerveux de tout genre, tels que tremblement, douleurs, apo-

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TIIAITKMRNT DK LA SYPHILIS.

plexie, paralysie, liébélude, épilepsie, folie, etc., etc. » Sans compler qu'en dehors de ces déterminalions locales sur divers systèmes, il exercerait une action générale plus pernicieuse encore, se traduisant paru l'anémie, l'amaigrissement, l'albuminurie, la décrépitude, la cachexie ». Au total, il constituerait « l'un des agents de destruction les plus actifs de ia santé humaine ». — « C'est un abominable poison à fuir comme la peste », écrivait déjà Torrella en 1497. — " t'^'est un toxique universel, a-t-on dit de nos jours, un toxique pour les animaux, pour les œufs des animaux, pour les plantes, pour les graines, etc. » — Et ailleurs encore : « Ce qu'on a désigné sous le nom de syphilis cérébrale ne mériterait-il pas mieux le nom de mercurisme cérébral? » — Et ainsi de suite.

Ce n'est pas tout, d'ailleurs. Il ne foitpas que cela. Car, sans lui, c( la syphilis conslitutiomielle n existerait pas ». Oui, s'il n'y avait pas de mercure, il n'y aurait pas de syphihs constitutionnelle; et ne croyez pas que j'exagère ici. Messieurs. Je parle textes en main. Car, d'une part, Murphy a prétendu démontrer que le mercure est l'unique cause des accidents secondaires. D'autre part, Bœrensprung, bien plus heureux que tout le monde, n'a jamais observé de syphilis tertiaire chez les syphilitiques qui s'étaient abstenus de mercure! YX Hermann soutient non moins explicitement que « les accidents compris sous le nom de syphilis lerliaire ne sont jamais le produit de la véritable syphilis; on

PU oc lis DU MKHCURI5.

ne les rencoiilre que chez les malades qui ont subi un iraitemenl mercuriel; ils sont exclusivement la conséquence d'une médication mercurielle ou d'une autre dyscrasie ». Aussi bien, comme conclusion pratique, proj30se-t-il d'adresser une requête aux Gouvernements pour les inviter à interdire la vente

du mercure ! •

Messieurs, il Y a des erreurs, des aberrations auxquelles vraiment il est superflu de répondre. Celles que je viens de citer sont de ce genre. Cent fois il a été démontré, cliniquement et anatomiquement démontré, que les lésions déterminées par le mercure et les lésions issues de la syphilis sont absolument dissemblables. Des milliers de foits ont été produits pour témoigner que des symptômes ou des lésions qu'on avait indûment imputés au mercure restent à la charge de la syphilis, et cela pour une raison aussi simple que probante, à savoir que ces symptômes et ces lésions s'observent couramment sur des sujets syphilitiques n'ayant jamais absorbé un atome de mercure. Exemple ces cas si nombreux, si instructifs, de « syphihs ignorées », conséquemment de syphihs restées vierges de tout traitement, où surabondent tous les accidents que certains de nos confrères s'obstinent à rapporter au mercure. Des observateurs non moins patients que scrupuleux ont même produit des statistiques à ce propos, par exemple sur l'alopécie, une des manifestations dont, tout spécialement, le mercure est considéré comme responsable. Ainsi notre éminent collègue M. Diday

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TltAITEMIJNT Ulî LA SYPHILIS.

(qui n'est pas ccpendanL un ami bien fervent du mercure) a constaté l'alopécie fois sur 60 malades sv j)liilitiques traités sans mercure. Et de même pour tant et tant d'autres exemples que j'aurais à citer.

De sorte que je ne perdrai ni votre temps ni le mien à réfuter les billevesées qui précèdent. Nous n'avons plus à nous en occuper. Les signaler suflil, au litre d'erreurs d'un autre âge.

C'est qu'en effet jamais le mercure administré tliérapeutiquement n'a produit les symptômes morbitles qu'en éprouve soit un doreur, soit un chapelier, soit surtout un mineur d'Almaden ou d'Idria. Il n'est aucune analogie à établir entre les accidents du mercure à dose médicamenteuse et ses accidents industriels, professionnels. Tenter un rapprochement de cet ordre, c'est émettre une de ces hérésies médicales qui ne méritent plus aujourd'hui l'honneur d'une réfutation.

Est-ce donc à dire que le mercure administré médicalement soit inoffensif ? Bien loin de nous une telle opinion, qui serait, en sens inverse, une ineptie de l'ordre de célles que je viens de condamner. Non, certes, le mercure, même à doses médicamenteuses, même sagement et prudemment administré, n'est pas inoflénsif. 11 a ses inconvénients, ses accidents, voire ses dangers. Il n'est actif thérapeutiquement que parce qu'il influence puissamment l'économie d'une certaine; façon. Donc, tout naturellement, il peut nuire si l'on exa-

IMEHCUUJ3.

KrriîTS l'TVALIQUIÎS.

gère les limites de celte influence, si oo la dirige mal, si on ne la dirige pas. // n agit en bien que par cela même qa il peut agir en mal^ si l'on s'en sert d'une façon abusive ou défectueuse. 11 en est de lui comme d'une arme quelconque, avec laquelle on peut ou tuer son ennemi ou se tuer suivant qu'on la manie bien ou mal.

Mais sortons des généralités et précisons. Au total, quel mal peut-il faire ? Cela, nous praticiens, nous avons besoin de le savoir, et pour nos malades et pour nous-mêmes. Car, si ce remède comportait de sérieux dangers, nous n'aurions rien plus à cœur que d'en restreindre les applications; comme aussi nous ne serons aptes à conjurer ces dangers qu'après avoir appris à les connaître.

Or, tout le mal qu'il peut faire, tous les méfaits dont il peut être coupable se rangent sous les quatre chefs que voici :

i" Effets ptyaliques;

2" Troubles gastriques ou intestinaux ;

3" Troubles nutritifs ;

L\ Accidents cutanés ou hydrargyric.

Voyons en quoi consistent ces divers accidents, et comment , dans quelle mesure nous pouvons les prévenir.

1° Effets ptyaliques. — Oui, certes, le mercure peut, suivant l'expression de nos malades, « porter

THAITJÎIMlîNT DE LA SYPHILIS.

à la l)ouclie » el délcrminor là un ensemble d'accidents connus sous les noms de stomatite ou salivation mercurielle. C'est même là, disons-le immédiatement, le grief capital à lui .opposer, car c'est là un de ses effets les })lus communs. A ce point que la crainte de cette stomatite est une gêne constante, une préoccupation assidue pour le médecin qui prescrit le mercure. Ah ! que nous serions bien plus à l'aise, bien plus libres de nos mouvements, bien plus hardis dans le maiiiement du mercure, si nous n'avions pas constamment à compter avec l'éventualité de ses accidents buccaux!

Oui, certes, dirai-je en second lieu, le mercure peut déterminer vers la bouche des accidents sérieux, très sérieux, graves même quelquefois, en tout cas pénibles, douloureux, longuement douloureux, insupportables, susceptibles de constituer un véritable supplice de plusieurs septénaires. On l'a vu autrefois (comme on le verrait encore aujourd'hui, si on l'employait de la même façon et pour les mêmes visées) déterminer des stomatites intenses, effroyables, avec ulcérations de la muqueuse, gangrènes locales, ébranlement et chute des dents, nécroses partielles, adhérences vicieuses, « bridure de la mâchoire », comme disaient nos pères, etc., etc.

Et j'ajouterai même, en troisième lieu, cette autre considération plus déplorable encore : C'est qu'il n'est ni préparation mercurielle, ni mode d'administration du mercure qui mette sûrement à l'abri des accidents de cet ordre. Ainsi :

MEBCURE. EFFETS PTYALIQUES. Il3

D'une part, on a vu la stomatite se produire avec tous les composés mercuriels. Chaque fois qu'un nouvel agent mercuriel fait son entrée dans la thérapeutique, il ne manque guère de se recommander à nos préférences en se prévalant de « n'exercer aucune réaction sur la bouche ». Puis, après quelque temps d'expérience, il manque encore moins de rentrer dans la règle commune.

Et, d'autre part, que l'on administre le mercure par l'estomac, par la peau, par l'hypoderme, parles muscles, par les voies respiratoires, c'est tout un ; on n'échappe par aucune voie au risque de déterminer une salivation.

Tel est le triple aveu par lequel il nous faut débuter.

Mais, tout cela dit et reconnu en principe, je m'empresserai de reprendre en ces termes, au nom de la clinique et de l'observation journalière :

I. — D'abord, les stomatites graves, véritablement graves, celles qui déterminent une salivation profuse, des ulcérations étendues, des gangrènes, celles' qui ébranlent les dents et menacent les maxillaires, ne sont plus des accidents de nos jours. Ce sont des souvenirs historiques. Des stomatites de cet ordre s'observaient à l'époque où l'on croyait la saHvation utile, dépurative, indispensable à la cure de la vérole en tant qu'exutoire, en tant que processus expulsif des germes mêmes de la maladie. Cela se voyait, par exemple, au temps où l'on croyait, avec Astruc, que « pour une bonne guérison il fallait

FouiiKiEn. — Trailcmenl de la Syphilis. 8

une bonne salivation de quatre à cinq livres par jour », salivation qu'il était nécessaire d'entretenir à cette dose pour un certain temps. Les stomatites de cette forme, de cette gravité, se produisaient alors qiion les cherchait^ qu'on les voulait, qu'on les accueillait comme « un favorable présage », alors, en un mot, que le traitement mercuriel était synonyme de traitement (( par la salivation ».

Mais aujourd'hui c'en est fait des stomatites de ce genre. Nous n'en voyons plus, et cela pour une bonne raison : c'est qu'au lieu de les souhaiter, nous les redoutons; c'est qu'au lieu de les provoquer, nous mettons tout en œuvre pour les prévenir; c'est qu'au lieu de traiter la syphilis par salivation, nous la combattons par une méthode tout autre et bien autrement tolérable, la méthode dite par extinction.

Aussi bien les accidents mercuriels qu'il nous arrive encore parfois (et bien malgré nous) de développer vers la bouche ne rappellent-ils en rien les stomatites du temps jadis ; ils sont à celles-ci ce qu'est une forme bénigne d'une maladie à ses formes malignes. Ce que nous observons aujourd'hui comme accidents possibles de nos traitements actuels, ce sont (sauf exceptions rares, sur lesquelles nous reviendrons en temps et lieu) des stomatites ébauchées, des stomatites partielles., sans gravité, sans dommage pour les dents et surtout pour les maxillaires. Je n'ai pas sur la conscience, je l'affirme, la chute, voire l'ébranlement d'une seule dent, et je

mercuhk.

EFFETS PTYALIQUES.

suis de ceux cependant qui ne marchandent pas le mercure aux malades quand je le crois nécessaire à bonnes doses; encore moins, n'ai-je jamais offensé un maxillaire.

II. — Et surtout ce que j'ai à dire en réponse aux griefs sus-énoncés, c'est que nous avons moyen de palier aux dangers buccaux du mercure^ c'est qu'avec la préférence donnée à certains modes d'administration du remède , avec de certains soins, avec de l'attention et surtout avec de la surveillance (car tout est là), nous pouvons conjurer ces dangers presque toujours et presque sûrement.

Gardez-vous de croire en effet , messieurs , ce qu'admettent en principe nombre de malades, à savoir cju'un sujet soumis au mercure est par cela même un sujet condamné à la salivation. C'est là une erreur profonde, absolue. J'estime, par expérience, que, sur 5o malades traités par le mercure et surveillés par un médecin attentif, il y en aura un tout au plus qui, du fait du mercure, aboutira à la stomatite, et à une stomatite presque toujours bénigne, moyenne au plus. Les stomatites graves, je le répète et ne crains pas de le répéter , sont des accidents périmés, qu'on ne voit plus, ou tout au moins qu'o/z devrait ne plus voir. De nos jours, des stomatites de cet ordre ne se rencontrent plus que dans trois ordres de cas, à savoir : par le fait de mauvaises méthodes, telles que la méthode des injections massives dont nous aurons à parler plus tard; — par le fait de circonstances d'excep-

tion, où la gravité des accidents à combattre (accidents cérébraux, par exemple, menaçant la vie à brève échéance) a autorisé le médecin à dépasser les limites d'une administration prudente du mercure ; — par le fait de négligences ou d'imprudences, imputables soit au médecin, soit aux malades. Spécimen du genre, que vous me permettrez de vous citer au passage : Une jeune femme contracte la syphilis. Epouvantée, elle va consulter trois médecins. L'un lui prescrit des pilules de proto-iodure, le second la liqueur de Van Swieten, et le troisième le sirop de Gibert. Ne sachant auquel de ces remèdes donner la préférence, elle les prend tous les trois. Et, dix jours après, elle m'arrive avec une stomatite intense que, franchement, elle avait bien méritée.

Ces accidents buccaux du mercure, nous avons moyen, vous disais-je à l'instant, de les conjurer, au moins dans l'énorme majorité des cas. Comment cela? Grâce à une certaine série de mesures préventives, dont voici le moment venu de a-ous entretenir.

I. — D'abord, choix du remède et de la méthode d' administration. — C'est, en effet, un résultat d'expérience que tous les composés mercuriels et que tous les modes d'absorption du mercure n'exposent pas également aux dangers de la stomatite.

Ainsi, à doses thérapeutiques à peu près équiva-

MERCURE. EFFETS PTYALIQUES. Iiy

lentes, le proto-ioclure est plus ptyalique que le sublimé.

Le mode d'absorption a une importance bien autre. De tous les procédés d'introduction du mercure dans l'organisme, le plus dangereux pour la bouche consiste dans ce que je vous décrirai plus tard sous le nom d'ùi/ections jnasswes, d'injections dites « de réserve, d'approvisionnement ». Avec une seule injection de cet ordre on risque de produire et l'on a produit des stomatites brutales, suraiguës, phlegmoneuses, gangréneuses, susceptibles même d'aboutir à une terminaison fatale.

Le procédé par frictions expose certes beaucoup plus aux accidents buccaux que la méthode par ingestion. Et, de plus (comme nous le verrons bientôt), il a le désavantage de produire une stomatite presque spéciale, triplement différente de la stomatite qui résulte de la méthode par ingestion en ce qu'elle est plus brusque d'invasion, plus générale d'emblée et plus intense.

Eh bien, s'il en est ainsi, n'est-ce pas affaire à nous, médecins, de consulter ces données de l'expérience clinique pour choisir, entre tous les modes d'administration du mercure, celui qui expose le moins aux accidents d'irritation buccale? Quand nous avons la liberté du choix, pourquoi donjier la préférence aux méthodes ptyaliques? Que ces dernières puissent être quelquefois utiles et qu'il y ait avantage à y recourir en certains cas sur des indications particulières, cela n'est pas niable.

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Mais réservons-les pour ces indications particulières, et surtout n'en faisons pas (ce qu'on a proposé cependant plus d'une fois) des méthodes usuelles, d'application courante.

n. — Puis, quel que soit le composé mercuriel, quel que soit le mode d'administration auquel on se soit arrêté, il est un certain nombre de précautions auxquelles le médecin doit s'astreindre et astreindre son malade, en vue de se tenir en garde contre l'action ptyalique du remède. Celles-ci, pour mieux les fixer en votre mémoire, je les grouperai sous quatre chefs, de la façon suivante :

1° — Ne jamais commencer le traitement mercuriel sans avoir pris soin de s assurer de visu que la bouche du malade est en état de tolérer le mercure.

Toutes les bouches ne sont pas égales en tant que résistance à l'action du mercure. Sans parler des idiosyncrasies individuelles qui ne sont pas en cause pour l'instant, les bouches mal soignées, a fortiori non soignées, les bouches à dents cariées ou ébréchées, à gencives enflammées, ramollies, couvertes de tartre, à chicots encadrés de gingivites chroniques, etc., sont celles sur lesquelles sévit de préférence la stomatite mercurielle. Cela est tellement vrai que, dans nos services, il nous arrive souvent de présager que tel malade à bouche mal tenue ne supportera pas le mercure, et presque toujours l'événement confirme nos prévisions. Cela est tellement vrai, que la stomatite du mercure débute le

MERCURE

EFFETS PTYALIQUES.

plus souvent autour de dents malades, autour de chicots, au niveau de gencives préalablement enflammées.

Inversement, une bouche en bon état, à gencives fermes et intactes, supporte bien le mercure en sénéral, au moins relativement. De cela nous avons eu ces derniers jours un exemple frappant et digne d'être cité. Une toute jeune femme prend la syphilis et se présente à la consultation d'un hôpital où on lui délivre un cornet de l\o pilules de proto-iodure à 5 centigrammes. Un peu émue de sa maladie , elle ne trouve rien de mieux, pour noyer son chagrin, que de se griser d'importance, et, en état d'ivresse, elle avale dans la même journée 34 de ces pilules ! Eh bien, vous avez vu ce que cette dose monstrueuse a produit sur la bouche de cette jeune femme : rien de plus qu'une stomatite minime, véritablement minime, se bornant à un léger degré de boursouflement des gencives inférieures. Pourquoi cette bénignité singulière, étant donnée la dose formidable de mercure ingéré? Très vraisemblablement parce que cette femme, toute jeune encore, a la bouche et les dents dans le plus irréprochable état qui se puisse imaginer.

De là ce précepte de pratique à ne pas oublier : N'administrer le mercure à un malade qu'après inspection de sa bouche. Si vous lui trouvez la bouche saine, vous pouvez inaugurer le traitement séance tenante. Mais, au cas contraire (et tel est bien le cas 2 ou 3 trois fois sur 5, même chez les gens du

monde), attendez, différez le traitement, et commencez par adresser votre client à mi bon dentiste qui lui soignera la bouche, lui extraira ses chicots, lui obturera ses dents cariées, nettoiera celles qui sont encroûtées de tartre, fera toutes choses techniques de son métier, et vous le renverra, huit ou quinze jours plus tard, en état de tolérer le mercure qu'il n'aurait certes pas toléré sans cet ensemble de soins préalables.

Cette précaution, avouons qu'on n'en tient guère compte, que même on n'y songe guère en pratique courante. Et cependant elle est essentielle, indispensable en nombre de cas. Que de fois, en ville, n'ai-je pas vu venir à moi des malades désolés « de ne pouvoir supporter le mercure » ! Et, quinze jours plus tard, ces mêmes malades avaient acquis la tolérance du mercure grâce aux simples soins d'un dentiste.

2° Au cours du traitement mercuriel , surveiller attentivement l'état de la bouche et prescrire une hygiène buccale minutieuse. C'est-à-dire :

A. — D'une part, à chacune des visites que vous fera votre malade, lui examiner la bouche, et surtout (car, sans cette précaution, on pourrait ne pas voir ce qu'il y a intérêt à voir) inspecter les régions où se localise, se cantonne usuellement la stomatite à ses débuts. C'est qu'en effet la stomatite mercurielle (j'ai déjà appelé votre attention sur ce point dans l une de nos conférences antérieures') n'est que

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