TROUBLES GASTRIQUES ET INTESTINAUX
dépasse pas certaines doses et qu'on observe certaines régies que nous aurons à spécifier.
Puis, alors même qu'il éveille quelques troubles de cet ordre, ces troubles ne sont en général que légers, et, très généralement aussi, nous avons moyen de les combattre, de les atténuer, de les réduire à néant. C'est affaire à nous de réaliser ce résultat d'une façon ou d'une autre, soit en variant le remède jusqu'à ce que nous ayons mis la main sur une préparation inoffensive, soit en proportionnant les doses à la tolérance individuelle, soit en associant au mercure quelque correctif, tel que l'opium , qui lui serve de c passeport » dans l'estomac. (C'est là, par exemple, ce qu'ont fait Dupuytren et Ricord en introduisant l'extrait tliébaïque dans les célèbres pilules qui portent leurs noms).
Dans le même but, il sera indiqué de ne jamais prolonger au delà de quelques semaines l'administration du mercure. Car l'expérience démontre ceci, qu'au delà de quelques semaines l'estomac le plus vigoureux peut flécbir, se fatiguer du remède et en éprouver quelque dommage. J'ai vu maintes et maintes fois en ville des malades, après cinq à six semaines de traitement mercuriel, venir me dire : « Docteur, j'en ai assez, je crois; vos pilules me troublent l'estomac, je me sens mal à l'aise, etc. ». Il y a alors indication formelle à suspendre le traitement. De là, pour le dire immédiatement, une des raisons, une des bases de la méthode que j'ai
FouRNiEti. — Traitement de laSypIiilis. y
essayé d'inlroduire clans la thérapeutique sous le nom de méthode des traitements successifs ou traitement intermittent de la syphilis.
Que si, d'ailleurs, en dépit de tous nos efforts, il devient certain que le mercure donné par la houche offense les voies gastro-intestinales, le bon sens dit qu'il faut renoncer à cette méthode et lui substituer telle ou telle autre. Cela est obligatoire en certains cas, mais cela est rare. J'en appelle à l'expérience journalière, combien il est peu de malades qui ne supportent pas le mercure ! Combien peu en est-il à qui l'on ne parvienne, après quelques rébellions éphémères de l'estomac ou de l'intestin, à le faire tolérer, et cela grâce à tel ou tel artifice, par exemple en ayant soin de le donner soit immédiatement avant les repas, soit même incorporé aux aliments!
Qu'il y ait des (( intolérants » pour le mercure, qu'il y ait des estomacs ou des intestins qui s'y montrent réfractaires, je ne le nie pas ; mais j'ai le droit de dire qu'il y en a peu, bien peu, relativement à la masse énorme d'individus qui le supportent sans dommage.
De sorte, au total, que la possibilité réelle, indéniable, de troubles digestifs, comme résultat de l'administration du mercure, ne constitue pas une raison suffisante pour contre-indiquer l'usage de ce remède dans le traitement de la syphilis.
MEUCUnE. TROUBLES NUTRITIFS.
III. — Troubles nutritifs ou généraux. — Voici qui est plus sérieux. « Le mercure, a-t-on dit, produit ou peut produire des troubles nutritifs. Il détermine une chloro-anémie toxique; il amaigrit; il fatigue, il détériore la constitution.... Il peut même aboutir à la cachexie, au marasme, et cela parce que c'est un dénutriteur, un antiplastique ^ un destructeur des éléments du sang, etc. ».
Pour une petite part de vérité, que d'exagérations et d'erreurs dans ce que vous venez d'entendre!
Oui, il est absolument vrai que le mercure est susceptible de déterminer quelques phénomènes d'alanguissement, d'anémie, d'inappétence, de fatigue, générale, d'amaigrissement, etc.; mais en quelles conditions? Presque exclusivement dans les deux ordres de cas que voici : i° alors qu'il est donné à fortes doses, à des doses qui fatiguent le tube digestif, qui déterminent de la dyspepsie, de la diarrhée, des coliques, etc. ; — 2° alors que l'administration en est continuée trop longtemps, et cela même à doses modérées. Je l'ai dit et ne cesse de le répéter, le mercure n'est tolérahle que pour un temps, passé lequel ou l'estomac, ou l'intestin, ou l'organisme se révolte contre lui. Et alors, ou il ne fait plus rien ou il fait mal. De cela j'ai eu la preuve des centaines de fois en voyant des malades, qui
jusqu'alors avaient bien supporté le mercure, venir me dire : « Docteur, je ne sais ce que j'ai, mais cela ne va pas. Je perds l'appétit; j'ai des coliques de temps à autre; je me sens faible, mal ^n train; je maigris, et tout le monde me dit que j'ai mauvaise mine, etc. ». Qu'est-ce que cela? Tout simplement, de la saturation mercurîelle. Et alors, si vous continuez le mercure quand même, les choses vont de mal en pis. Au contraire, suspendez-le, tous ces phénomènes se dissipent, et quelques jours après il n'y paraît plus.
Mais, en dehors de ces deux conditions, j'affirme que le traitement mercuriel administré à doses modérées et administré par cures intermittentes (suivant le programme dont je vous parlerai bientôt) est toléré par l'organisme sans le moindre dommage, sans échec à la nutrition générale, sans production de symptômes d'anémie, sans fotigue, sans amaigrissement, sans « détérioration de la santé » . Et j'affirme qu'il est toléré de la sorte non pas seulement par des individus de robuste constitution, mais par tout le monde, par les femmes aussi bien que par les hommes, voire par les enfants. Je dirai même qu'il est peu de médicaments qui soient aussi bien acceptés que lui par l'organisme pour un traitement de longue haleine.
D'ailleurs, jugez-en par ce que vous voyez dans nos salles, où constamment vous avez sous les yeux une cinquantaine de malades des deux sexes, de toute constitution et de tout âge, soumis à tous les
MEUCURR. TROrfnLES NUTIUTIFS. l33
modes de médications mercurielles. Est-ce que leur santé paraît en souffrir? Est-ce qu'ils se plaignent de leur traitement? Est-ce que vous constatez sur eux quelques troubles de l'état général paraissant ressortir à ce traitement?
Et de même en ville. En ville, où nos clients jouissent naturellement et d'un régime meilleur qu'à l'hôpital et d'un « confortable )) très différent, le traitement mercuriel est, sauf exceptions rares, bien toléré. A ce point que la plupart a prennent leur mercure, comme ils le disent, sans même s'en apercevoir )) ; ce qui, par parenthèse, ne laisse pas de les étonner parfois et de leur inspirer quelque défiance à l'endroit d'une médication « aussi inoffensive ». Ainsi maintes fois j'ai entendu de mes clients le propos suivant : « Ah çà, docteur, est-ce que vous espérez me guérir avec vos petites pilules? Mais elles ne me font rien, mais je n'en sens aucun effet ».
Et c'est bien autre chose encore à certaines eaux minérales. Dans les eaux sulfureuses par exemple, où les malades sont soutenus par un ensemble réconfortant (grand air des montagnes , exercice , bonne hygiène forcée, stimulation tonique de la cure et des douches, etc.), on arrive à faire tolérer le traitement par frictions à des doses considérables sans exercer la moindre influence fâcheuse sur l'économie. Ce traitement par les « grandes frictions » aux eaux d'Uriage, de Ludion et autres constitue même pour les malades des classes aisées
une ressource énergique dont j'aurai plus lard à vous parler \
Enfin, j'ai soumis au contrôle irréfutable de la balance l'action exercée sur l'organisme par les cures mercurielles. Pendant plusieurs années, j'ai pesé mes malades avant et après chaque cure, comme aussi au début et à la fin d'un traitement composé de toute une série de cures de ce genre. Or, sans vous importuner par un long défilé de chiffres, je vous donnerai le résultat général de ces pesées en vous disant ceci : Un traitement mercuriel, à doses moyennes et par cures intermittentes, n'exerce pas d'influence bien sensible sur le poids du corps. Il l'accroît quelquefois, mais le plus souvent il le laisse en l'état. Je n'ai pas vu (sauf exceptions bien rares) qu'il le diminuât.
Et je n'ai été ni le premier ni le dernier à constater cette innocuité du mercure donné à doses thérapeutiques. Ainsi :
Hufeland a signalé l'augmentation du poids du
Le traitement i^ar frictions mercurielles combiné au traitement thermal sulfureux est généralement très Lien toléré par les malades. A Uriage, je fais pratiquer journellement des frictions avec des doses de 6 à 8, lo, 12 grammes d'onguent mercuriel (et quelquefois davantage) sans déterminer d'accidents d'intolérance. La stomatite même n'est que très exceptionnelle.... Sous l'influence de ce traitement, on voit d'une façon presque constante l'état général s'améliorer, en même temps que s'atténuent et disparaissent les symptômes spécifiques ... J'ai pris l'habitude de peser mes malades avant et après la cure. Or, le fait habituel est de constater après la cure une augmentation de poids plus ou moins notable, en moyenne d'un demi-kilogramme à deux kilogrammes... » (D" Doyon.) ^