MERCURE. TROUBLES NUTRITIFS
corps chez les syphililiques traités par le mercure.
Liégeois, qui a étudié avec précision la méthode des injections mercurielles , a constaté de même chez ses malades une augmentation du poids et de l'embonpoint, en coïncidence avec un fonctionnement normal du tube digestif. Il tenait le mercure administré à faibles doses pour un reconstituant des plus puissants, propre à déterminer l'assimilation nutritive.
Martineau a établi, à Lourcine, une série de recherches comparatives sur trois séries de malades (femmes), traitées les unes par des injections de peptone mercurique, les autres par l'usage interne de cette même peptone, les autres par des frictions mercurielles. Dans les trois séries il a noté invariablement une augmentation du poids et une élévation du chiffre des globules sanguins.
Wilbouchewitch, Reyes, E. Robin ont constaté que le mercure donné à petites doses agit comme tonique et augmente le nombre des globules.
Enfin, un très intéressant travail d'hématologie clinique, dû au D' Gaillard, élève de M. le P"" Hayem, nous montre également le mercure exerçant une action tonique et réparatrice dans la période secondaire, au double point de vue de la richesse globulaire et de la richesse hémoglobique*. — Mais il y a plus. Le même auteur a étudié l'action du mercure sur le sang des anémiques en dehors de la syphilis,
I. De l'action du mercure sur le sang chez les sypIiUitiques et chez les anémiques. Arch. gén. de méd., i885, t. II.
et, en traitant des sujets anémiques par des doses quotidiennes de i à 2 centigrammes de sublimé ou de 10 centigrammes de proto-iodure, il a vu, sous Fnifluence de celte cure pour le moins singulière, « l'appétit augmenter, le poids du corps s'accroître, le sang s'enrichir en hémoglobine ». De sorte, ditil comme conclusion, « qu'il est permis de comparer le mercure au fer, et cela non seulement chez les syphilitiques qui n'auront jamais de tonique plus efficace, mais chez les anémiques qui pourraient parfois en tirer profit* ».
Bien entendu, je laisse à qui de droit la responsabilité de tous ces beaux résultats, qui me paraissent exiger encore confirmation. Mais il m'est impossible de n'en pas retenir pour le moins cette impression générale, à savoir que le mercure n'est pas ce qu'on
I. De même encore, dans une série de recherches plus récentes, M. le D"- Stoukovenkoff (de Kiew) et son médecin-adjoint, le D"' Jelenew, ont été conduits à constater ceci : que, dans la première partie d'un traitement mercuriel (de i à i6 injections benzomercurielles, par exemple), la quantité d'oxyhémoglobine et de globules rouges, généralement abaissée chez les syphilitiques, se relève jusqu'au taux normal, au taux de la santé (sauf en cas de complications, telles que diarrhée, fièvre, etc.).
A la vérité, si l'on insiste sur le traitement, si, par exemple, on continue les injections (de i6à3o), un résultat inverse se produit, c'est-à-dire la quantité de l'oxyhémoglobine et des globules rouges décroît graduellement. — Mais, après cessation du traitement, elle peut revenir à la normale en 6 à 8 jours. {De la c/iloroandinie syphilitique et mercwielle^ Annales de dermat. et de syph., 1892, p. 924.)
Nous aurons plus tard à mettre à profit ces curieux résultats pour la direction du traitement et, plus spécialement encore, pour la durée qu'il convient d'assigner aux cures mercurielles successives qui composent ma méthode.
HYDRAnGYniB.
croyait autrefois quant à son action dangereuse sur la nutrition, sur la santé, sur le sang. Que nous voici loin, avec ces derniers résultats de la science exacte, non seulement des préjugés populaires, mais encore de certaines doctrines médicales qui faisaient de ce remède un véritable épouvantail, un ennemi-né de tous les êtres vivants, un destructeur universel! Pour le moins, je le répète, c'en est fait de ces vieilles erreurs, et l'observation clinique, aidée de l'observation expérimentale, nous permet d'affirmer ceci : que, donné à doses thérapeutiques, donné avec mesure et prudence, le mercure est innocent de cette influence nocive qu'on lui attribuait jadis par rapport à la nutrition, à l'état général, à ce qu'on appelle la santé.
C'est là surtout et par-dessus tout ce qu'il nous importait de savoir pour la pratique et dans l'intérêt de nos malades.
IV. — Accidents cutanés [Hydrargyrie). — Le mercure a deux façons d'être éruptif : par irritation locale et par absorption.
Les éruptions mercurielles dérivant d'une action topique se bornent le plus souvent à quelques accidents locaux que nous étudierons à propos du traitement par les frictions. Celles du second ordre, seules, nous occuperont pour l'instant.
Ces dernières ont eu, hisloriquemenl, u.ie fortune singulière. Bien longtemps ignorées, méeonnues, elles furent du premier coup décrites d'une façon magistrale par Alley, au début de notre siècle . Puis, elles tombèrent immédiatement dans un oubli profond, dont ne parvint pas à les tirer une description nouvelle de Bazin, d'ailleurs calquée sur celle d'Alley. A ce point que, ces derniers temps, elles ont été reniées, répudiées, dans Uine de nos sociétés savantes*. Je confesse que, pour ma part, je n'y attachais guère créance ou du moins ne les considérais qu'au titre de curiosités idiosyncrasiques d'ordre tout à fait exceptionnel, lorsqu'il y a quelques années elles se sont révélées et imposées à nous d'une façon irrécusable par toute une série de cas qui se sont produits dans cet hôpital et qui ont été présentés pour la plupart à notre Société de dermato-svphiligraphie. Conséquemment l'attention s'est trouvée rappelée sur elles, et voici que maintenant, depuis que notre éducation s'est foiteà leur sujet, il nous arrive d en rencontrer de temps à autre quelques nouveaux spécimens qu'à coup sûr nous aurions mèconiius jadis et affublés d'une étiquette toute différente. Leur étude a été reprise à compte nouveau, et vous en trouverez un exposé complet dans un très intéressant mémoire dû à mon dis-
I. G. Alley (de Dublin), Observations on ihe. peculiav enmthe disease ''nsin^^fronithec./dùinonofrnercurj, i 804. - a° édil. Londres, ,810. 3. bociéié de Thérapeutique, 26 février 1890.
HYDIIARGYRIE.
tingué chef de clinique et ami le D'"Morel-Lavallëe'.
Ces hydrargyries par absorption du mercure sont done moins exceptionnelles qu'on ne l'avait cru jusqu'à ces derniers temps, tout en restant néanmoins d'une incontestable rareté.
Résultant d'un phénomène d'absorption, elles paraissent indépendantes — et c'est logique — du mode suivant lequel se fait cette absorption. C'est ainsi qu'on les a vues succéder soit à l'ingestion de divers composés mercuriels (calomel, protoiodure, sublimé); — soit à des frictions avec l'onguent napolitain; — soit à des injections mercurielles ; — soit à des applications d'emplâtres mercuriels; — soit à des inhalations mercurielles; — soit même (mais ceci très exceptionnellement) à de simples cautérisations avec le nitrate acide de mercure, etc.
Tantôt elles se produisent (à la façon de la plupart des éruptions médicamenteuses ou alimentaires) immédiatement après l'absorption première du remède, c'est-à-dire dès les premières heures; c'est là le cas le plus habituel; — tantôt elles n'entrent en scène qu'après quelques jours; — tantôt enfin elles n'apparaissent, à la façon d'un phénomène de saturation lentement acquise, qu'après plusieurs semaines.
Aucune cause appréciable ne préside à leur manifestation. Elles sont purement et simplement
I. A. Morel-Lavallée, Des hjdrargjries pathogénétiqttes , érythèmes polymorphes scarlaliniformes dus à l'usage interne du mercure.
un résultat de l'absorption mercurielle par un organisme qui ne tolère pas le mercure, et qui ne tolère pas le mercure quant à son système cutané; car, chose curieuse, elles ne s'accompagnent le plus souvent d'aucun phénomène d'intolérance vers d'autres systèmes, c'est-à-dire se produisent isolément, sans diarrhée, vomissement, gingivite, etc.
Qu'elles dérivent d'une prédisposition personnelle, d'une idiosyncrasie, cela ne fait pas l'ombre d'un doute, de par les trois considérations que voici :
I- — D'une part, il est certains sujets mal doués vis-à-vis du mercure, qui, positivement, ne peuvent accepter le mercure sans irritation cutanée. J'ai cité de vieille date le cas d'un malade qui, infailliblement, prenait une éruption scarlatinoïde chaque fois qu'il touchait au mercure. J'ai vu, sur lui, cette éruption se produire à propos de pilules de protoiodure, à propos de pilules de sublimé, à propos d'onctions mercurielles, à propos d'un bain mercuriel, voire (c'est à n'y pas croire, et pourtant le fait est des plus authentiques) à la suite d'une cautérisation très limitée au nitrate acide de mercure * .
n. — D'autre part, les hydrargyries sont bien moins affaire de dose médicamenteuse que de susceptibilité individuelle; car il suffit souvent, pour les provoquer, de quelques pilules, d'une seule