ACTION CURATIVE DU MERCURE
llientiques, si formels, que je ne m'attarderai pas à en citer de nouveaux spécimens.
D'ailleurs, il en est d'autres où la démonstration, si c'est possible, est encore plus frappante et aboutit à l'évidence même. Tels sont les cas où des accidents syphilitiques, méconnus comme nature, ont longtemps subsisté sans guérir, puis se sont mis à guérir comme par enchantement le jour où un médecin plus clairvoyant les a traités par le mercure.
Voici, je suppose, une névralgie qui, imputée à telle ou telle cause, durait depuis des mois, rebelle à tout ; — voici une affection psoriasiforme que depuis un an l'on traitait en tant que psoriasis vulgaire par l'arsenic ou les alcalins, et qui ne guérissait pas; — voici une dermatose que l'on avait diagnostiquée lupus et qui, en dépit de tout traitement, s'éternisait dans une immobilité absolue depuis de longues années. Puis, à un jour donné, on s'est dit : « Mais si cette névralgie, si ce prétendu psoriasis, si ce prétendu lupus, n'étaient rien autre que des manifestations syphilitiques? Essayons donc un peu du mercure! » Et l'on a essayé du mercure. Et tout aussitôt cette névralgie s'est calmée en quelques jours ; — et ce psoriasis s'est fané, puis effacé rapidement; — et ce lupus a disparu en quelques semaines !
Que veut dire cela, au nom du simple bon sens, sinon que le mercure a guéri ces accidents parce qu'ils étaient d'essence syphilitique?
TIIAITEMEKT DU LA SVI'HILIS.
0])jectera-t-on encore que ces accidents auraient pu guérir seuls et que le mercure n'est ])our rien dans leur disparition? Mais pourquoi donc ne guérissaienl-ils pas depuis des semaines, depuis des mois, depuis des années, puisque, gi-âce à l'erreur faite sur leur nature, on leur avait laissé toute latitude pour aboutir à résolution spontanée? Et comment expliquer qu'à point nommé, le jour où on les a attaqués par le mercure, ils se soient aussitôt modifiés, pour disparaître à brève échéance ?
Non, vraiment, il n'est pas à discuter de telles choses. Méconnaître, dans les cas de ce genre, une influence médicamenteuse, c'est outrager la logique et le bon sens.
Seconde question : Le mercure exercc-t.-il une action d'ensemble et d'avenir sur la maladie? C'est-à-dire : Agit-t-il sur le principe même de la syphilis, de façon à modifier la maladie, à l'atténuer, à la neutraliser, et, par suite, de ftiçon à initiger ou conjurer ses manifestations d'avenir?
Entendons-nous bien. Voici, je suppose, un malade syphilitique qui, actuellement affecté d'accidents divers de syphilis, est soumis au mercure. C]e mercure agira bien , comme nous venons de l'établir, sur les symptômes actuels; mais fera-t-il
ACTIOX PRÉVENTIVIÎ DU MERCUHE.
autre chose? Exercera-t-il une influence sur la cause même de ces accidents, c'est-à-dire sur la maladie ? Modifiera-t-il le principe du mal? Aurat-il le pouvoir d'enrayer la diathèse dans son livolution, de prévenir d'autres accidents, de mitiger ceux qui, en dépit de lui, viendraient à se produire, de sauvegarde!^ V avenir^ en un mot, après avoir guéri dans le présent? Telle est la question.
Or, cette influence d' ensemble et d avenir sur la maladie est ce qu'on a le plus souvent et le plus vivement contesté au mercure. Car bon nombre de médecins, tout en acceptant l'action indéniable de ce remède sur les accidents de la syphilis, lui refusent la faculté d'exercer une modification générale sur la diathèse. « Oui, disent-ils, le mercure atténue et guérit les manifestations de la vérole ; mais il n'agit que sur ces manifestations et ne touche pas à la vérole. Il laisse la maladie ce qu'elle est ; il blanchit pour le moment) suivant l'expression consacrée), et c'est toul. » — « Et la preuve, ajoutent-t-ils, c'est que, les phénomènes pour lesquels on a donné le mercure une fois effacés et disparus, d'autres reparaissent, puis d'autres encore. En un mot, il ne guérit pas. C'est un palliatif, un curatif même d'accidents actuels, mais ce n'est que cela; ce n'est pas un antidote, un contrepoison de la vérole. ))
Nous croyons, nous, au contraire, que l'action du mercure ne se borne pas aux symptômes, mais s'étend à la maladie. Nous croyons que ce
remède, d'une part, guérit les accidents actuels de la vérole, et que, d'autre part, administré suivant une méthode dont je vous parlerai bientôt, il exerce sur l'ensemble de la diatlièse, sur la maladie tout entière, une Influence générale^ que je n'hésite pas à qualifier de curative. — Notre opinion sur ce point si essentiel, si important, n'est pas une simple vue de l'esprit, une appréciation conjecturale ; elle repose sur des arguments cliniques et sérieux que je dois vous soumettre.
 pi^iori^]e me représente difficilement comment le mercure, exerçant une action incontestée sur les manifestations ou les lésions syphilitiques de tous les systèmes vivants, pourrait posséder cette action s'il n'avait prise sur la cause même de ces phénomènes, s'il n'influençait pas la maladie. Je conçois bien que l'opium puisse calmer une douleur sans agir sur la cause même de cette douleur, et que la digitale soulage certains symptômes cardiaques sans modifier les lésions des valvules ou des orifices du cœur. Mais mon intelligence se refuse opiniâtrément à comprendre qu'un remède puisse modérer tous les effets d'un poison et poursuivre ce poison dans tous les organes où il lui plaît de se retrancher, qu'un remède puisse guérir les manifestations successives, variables non moins que disséminées, d'une diathèse, sans se trouver en rapport, en conflit avec ce poison, avec le principe de cette diathèse, avec la cause première de ces troubles morbides. Toutefois,