‹ Traitement de la syphilisChapitre 31 sur 92 · PRÉVENTIVE · texte numérisé non relu

PRÉVENTIVE

DU MERCUIIE.

Résumons actiiellement cet exposé, qui a pu être long-, mais qui était indispensa])le, en raison de l'importance de la démonstration à établir.

Trois ordres de témoignages viennent de nous montrer ce qu'est capable de produire l'intervention du mercure relativement à la période secondaire, à la période tertiaire et à l'hérédité syphilitique. Invariablement nous avons constaté ce fait, que le mercure exerce une action préventive sur les manifestations de la syphilis. On avait récusé cette influence préventive, tout au moins on la donnait comme douteuse, hypothétique. De par les données de la clinique nous sommes en droit de l'affirmer positivement, énergiquement, et ce n'est même que justice de la proclamer à la fois authentique et puissante.

Non, très certainement, le mercure n'est pas, comme on l'a dit, un simple « effaceur d'accidents ». Il est plus que cela. Non, très certainement, il ne fait pas que (( blanchir », guérir des symptômes. Il fait plus que cela. Par un mécanisme que j'ignore, mais dont je constate les effets, il entre en conflit avec la cause même des symptômes, il s'en prend au principe pathogène, quel que soit ce principe, virus ou microbe, ce que j'ignore également. Très positivement, il exerce sur la maladie une influence d'ensemble, une influence générale, de par laquelle non seulement il guérit les symptômes actuels, mais encore prévient des manifestations qui, sans lui, se produiraient quelque jour.

Or — notons-le bien — c'est l'action préventive du mercure qui constitue le bénéfice capital de la médication mercurielle. En fait de syphilis, guérir des symptômes, c'est fort bien; mais mieux est encore de prévenir.

C'est l'action préventive du mercure qui confère espérance et consolation aux malades, aussi bien qu'elle constitue l'idéal que s'efforcera de réaliser la thérapeutique du médecin. — Et de cela voulezvous la preuve? La voici :

S'il nous arrivait, à nous médecins, de contracter aujourd'hui la syphilis, qu'est-ce qui nous affecterait le plus, et que redouterions-nous principalement dans la syphilis? Le chancre? Non; car le chancre n'est qu'une lésion locale et éphémère, sans importance. — La période secondaire? Non encore; car, si elle peut être importune, vexatoire, nous savons bien qu'elle est généralement sans gravité. — La période tertiaire ? Oui, très certainement, oui. Toutes nos appréhensions porteraient sur cette période éloignée de la maladie. Ce qui ferait notre chagrin, notre inquiétude, c'est la perspective de quelque catastrophe tertiaire dans un avenir plus ou moins éloigné ; — sans parler aussi de l'éventualité d'une transmission héréditaire possible.

En l'espèce, donc, quelle serait notre aspiration, et quel serait notre confort? Un remède qui réaliserait ce suprême bienfait de porter avec lui une garantie d avenir.

PROCÈS DU MERCUnE.

La sauvegarde de l'avenir, tout est là dans la syphilis.

Or, cette sauvegarde, il est d'expérience que le mercure la confère, non pas certes d'une façon constante et absolue, mais d'une façon habituelle, très habituelle. C'est pour cela que, tous tant que nous sommes ici, nous prendrions du mercure. — Conclusion : nous ferons pour nos malades ce que nous ferions pour nous-mêmes.

Somme toute, c'est dans cet esprit, c'est avec cet idéal en perspective, à savoir la préservation de l'avenir, que le traitement mercuriel de la syphilis doit être institué, dirigé, poursuivi, prolongé, et cela suivant une méthode que j'aurai à vous développer dans ce qui va suivre.

Pour achever ce que j'appellerai volontiers le procès du mercure^ il me reste encore à vous parler de quelques objections secondaires qui ont été opposées au traitement mercuriel de la syphilis.

Mais soyez rassurés, je serai bref, le plus bref possible sur les litiges de cet ordre. Car il me tarde, comme à vous sans doute, d'aborder les questions pratiques, ce que je ferai dans un instant.

I. — « Le mercure, a-t-on dit, ne prévient pas les récidives. » — Oui, sans doute, répondrai-je, on observe des récidives (ou ce qu'on appelle

improprement des récidives) à la suite du traitement mercuriel; et cela, nous le savons de reste, car c'est un fait dont nous avons des exemples chaque jour. Oui, sans doute, tel malade, à qui nous donnons aujourd'hui du mercure pour un chancre ou pour une syphilide, pourra fort bien, dans deux mois, dans six mois, dans un an, présenter de nouveaux accidents. Cela est vrai, mais quelle est la portée de ce fait qu'on présente comme une ol)jection au traitement mercuriel? Prétendons-nous, par cela seul que nous administrons le mercure, étouffer du coup. Juguler la syphilis, de façon à ce qu'elle ne donne plus signe de vie? Nullement. Nous croyons, tout au contraire, que, si le mercure influence et atténue la syphilis, il n'arrive à cet immense résultat que peu à peu, lentement, graduellement, progressivement ; nous croyons que, si l'on parvient à maîtriser finalement la diathèse, ce n'est jamais qu'au prix d'une médication longtemps, très longtemps poursuivie, et grâce à une série de traitements échelonnés sur un certain nombre d'années. Nous savons parfaitement qu'un malade syphilitique qui commence à prendre du mercure aujourd'hui, je suppose, sera exposé, quoi qu'on puisse faire, à des accidents, accidents qu'on appelle récidives et qu'avec plus de raison, je pense, on doit considérer comme des poussées normales, des décharges prévues et attendues de la maladie. Mais ce que nous ne savons pas moins, de par expérience, c'est que,

PROClks DU MEnCURE.

chez un sujet en voie de traitement, ces décharges ultérieures sont, d'une part, plus rares qne de coutume et, d'autre part, se montrent atténuées^ singuhèrement atténuées comme caractère d'accidents. Que voyons- nous, en effet, se produire comme symptômes de retour en de telles conditions? Le plus souvent, rien autre que des manifestations relativement bénignes. Ce sont, par exemple, des éruptions superficielles et sèches, à une époc[ue où la diathèse abandonnée à elle-même devrait se traduire par des éruptions profondes et suppuratives ;

— ce sont encore et surtout des éruptions partielles, circonscrites, discrètes, remarc|uablement discrètes ;

— ce sont non moins souvent des syphilides muqueuses isolées; — ce sont, en un mot, tous phénomènes légers et insignifiants pour la plupart, témoignages non équivoques de poussées avortées^ lesquelles attestent par leurs caractères mêmes une atténuation de la diathèse.

Donc, le mercure ne coupe pas court d'emblée à toute manifestation spécifique et n'éteint pas du coup la syphilis; il n'empêche pas que les poussées ultérieures, qui composent le processus normal de la maladie, ne tendent à se produire; mais il atténue progressivement ces poussées comme frécjuence de retours et comme intensité de manifestations.

II. — Seconde objection : « Le mercure laisse parfois se produire à sa suite des accidents divers, voire des accidents graves. »

Cela est vrai encore, incontestablement et mal-

TnAITEMKNT Dlî LA SYPHILIS.

heureusement vrai. Oui, chez quelques malades, le traitement mercuriel, même rigoureusement suivi, même prolongé, n'empêche pas toujours des manifestations plus ou moins sérieuses de se produire. Cela, il nous faut le reconnaître et même le dire bien haut, pour signaler un desideratum dans notre thérapeutique et faire appel en ce sens à de nouveaux efforts.

Mais j'ajouterai aussitôt : Cela est rare. Comptons, s il vous plaît. Ouvrons les recueils d'observations, les livres d'anatomie pathologique, et voyons si les cas graves, les cas mortels de syphilis s'observent communément chez les malades qui se sont bien traités, ou s'ils ne sont pas plutôt le fait soit de l'expectation pure et simple, soit de traitements incomplets, tronqués, irréguliers, insuffisants. J'ai fait ce travail de statistique pour mon édification personnelle. Eh bien, je puis vous affirmer que l'immense majorité de ces cas néfastes est relative à des sujets qui ne se sont pas traités ou qui, s'étant crus guéris après une médication de quelques mois, se sont abstenus au delà de tout traitement. Je le répète, les cas de vérole grave ou mortelle incombent, sinon tous, du moins pour l'énorme majorité, soit à la méthode expectante, soit à des traitements incomplets.

Au surplus, voici ma statistique, basée sur 1703 cas d'accidents tertiaires de tout ordre, la plupart graves, et même mortels pour un certain nombre.

pnocKs DU MEncunE.

ANTIÎCKDENTS THERAPKUTIQUKS DE I ^o3 CAS DE MANIFESTATIONS TF.RTIAIRES :

Traitement nul, absolument nul . ..... ai'; cas

Traitement court (au-dessous d'une année) . 1162 —

Traitement moyen (d un à deux ans) .... 265 ■ —

Traitement long (au-dessus de deux ans). , . 53 — Traitement d'une durée supérieure à trois

ans G —

Total ... I ^o'5 cas

Ainsi, sur i^oS cas d'accidents tertiaires, nous en trouvons :

Cinquante-neuf séiiml produits à la suite et en dépit de traitements sérieux, de traitements qu'on aurait pu croire suffisants ;

Et seize cent quarante-quatre ayant succédé soit à des traitements écourtés, d'insuffisance notoire, soit à l'expectation pure et simple.

Devant de tels chiffres tout commentaire serait superflu.

Et, d'ailleurs, les exemples d'accidents graves se produisant à la suite d'un traitement mercuriel sérieux seraient-ils moins rares qu'ils ne le sont, que prouverait encore cela? Tout simplement, que le mercure, efficace et préservateur le plus souvent, reconnaît parfois des cas rebelles; tout simplement, qu'il n'est pas infaillible. Or, avonsnous jamais prétendu le contraire? Avons-nous jamais pris parti pour l'infliillibilité du mercure? — Mais réservons ce point, car il constitue pré-

cisément la Iroîsième el dernière objection qu'i! nous reste à diseuter.

III. — (( Le mercure, dit-on encore, n'est pas un spécifique. » — « Spécifique » est un de ces mots vagues et à double entente que chacun interprète à sa guise. Si l'on veut réserver la dénomination de spécifique à tout remède exerçant sur une maladie ou sur un symptôme donné une action propre, particulière, directe, oui, le mercure est un remède spécifique. Mais tel n'est pas habituellement le sens qu'on attache à ce terme, alors qu'on reproche au mercure de ne pas être un spécifique contre la vérole. Spécifique, dans les débats qui se sont élevés sur le point qui nous occupe, est devenu, par une appropriation détournée, par un véritable abus de langage, synonyme infaillible ; et, dans la bouche de nos adversaires, la non-spécificité du mercure équivaut à sa non-infaillibilité. — Soit ! Acceptons la discussion sur ce terrain et dans ces termes.

Eh bien, ma réponse se bornera à répéter ceci : que nous ne considérons pas le mercure comme infaillible, que nous ne le donnons pas comme un remède qui guérisse la vérole à coup sûr et dans tous les cas. Loin de là. Nous insistons, au contraire, et nous insistons énergiquement pour dire que le mercure a ses défaillances, qu'il lui arrive parfois de ne pas produire ce qu'il produit le plus habituellement, bref qu'il connaît, comme tout

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