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PROCÈS

DU MERCURE

agent tliërapeulique, des cas rebelles. Ce qu'en effet nous redoutons le plus pour lui, c'est l'enthousiasme irréfléchi, l'optimisme exagéré de quelques-uns de ses partisans (les « amis dangereux » du fabuliste) qui l'exaltent comme une panacée merveilleuse, comme un incomparable remède, comme l'antidote radical et l'ennemi invaincu de la vérole. La stricte et simple vérité est toujours préférable à de tels panégyriques, et cette vérité, en l'espèce, la voici : c'est que le mercure exerce sur la plupart, sur la presque généralité des sujets syphilitiques, une influence curative des plus puissantes ; mais c'est aussi qu'en certains cas cette influence fait défaut ou du moins reste insuffisante. Incontestablement, il est des malades sur lesquels le mercure semble n'avoir pas prise, sur lesquels, en dépit d'une médication régulière, des accidents plus ou moins sérieux ne cessent de se produire et de se reproduire, chez lesquels, en un mot, la diatlièse persiste envers et contre tous nos efforts, multipliant et disséminant ses manifestations, poursuivant son évolution comme si elle était astreinte à une marche fatale, passant du stade secondaire au stade tertiaire, et menaçant même la vie quelquefois par des localisations viscérales aux conséquences les plus graves.

De tels cas sont rares, plus que rares même, exceptionnels^ je m'empresse de l'affirmer. Mais seraient-ils plus communs, qu'ils ne constitueraient pas encore une raison pour condamner le

TnAITRMENT DE LA SYPHILIS.

mercure et le bannir de hi ihërapeuUqiie. Quoi ! parce qu'un médicament compterait des échecs, parce qu'il n'aurait qu'une puissance réelle comme lo, au lieu d'avoir une action idéale comme 20, il faudrait y renoncer, le proscrire, 'et ne pas bénéficier des résultats heureux qu'il peut produire! Mais, à ce compte, quel remède nous resterait, quel remède trouverait grâce devant de telles exigences? Est-ce que le sulfate de quinine guérit toutes les fièvres palustres? Est-ce que le copahu tarit toutes les chaudepisses? Est-ce que l'opium soulage toutes les douleurs, toujours et quand même? Est-ce qu'il est un seul agent thérapeutique absolument parfait? N'empêche que le sulfate de quinine, le copahu, l'opium, ne soient d'admirables remèdes dont nous faisons un très utile usage, dont tout le monde se sert et s'applaudit.

Eh bien, le mercure ne fait ni plus ni moins, ne vaut ni mieux ni pis. Au lieu de l'attaquer, de le rejeter parce qu'il ne guérit pas toujours et à coup sûr, prenons-le pour ce qiiil est^ profitons de ce cju'il vaut, et bénéficions en somme de l'influence qu'il peut exercer sur la vérole, quelle que soit d'aiUeurs la mesure de cette influence.

Voilà ce que dit le simple bon sens, et nous ne disons pas autre chose.

Enfin, messieurs, un dernier mot pour terminer ce long débat. Nous serions peut-être autorisés à tenir rigueur au mercure, si nous avions par devers

MODES d'aDMINISTUATION DU MERCURE.

nous nombre d'autres agents à mettre en œuvre d'une foçon efficace dans le traitement de la syphilis secondaire ou de la syphilis en général. Mais c'est que, bien malheureusement, telle n'est pas la situation. En tant que remèdes produisant ce que produit le mercure et capables de le suppléer, de le « doubler », notre pénurie est absolue. L'iodure de potassium même ne saurait lui servir de succédané, comme nous le verrons bientôt. De sorte que, tout compte fait, nous sommes loin d'être gênés par l'embarras du choix. Excellente raison à ajouter à tant d'autres pour légitimer, s'il en était besoin,, l'intervention du mercure dans le traitement de la syphihs.

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MODES d'administration DU MERCURE.

J'arrive enfin. Messieurs, au point le plus important et le plus pratique, mais aussi le plus déhcat, le plus difficile, de notre sujet.

Vous avez décidé en principe, je suppose, de traiter par le mercure un sujet affecté de syphilis. Comment allez-vous lui administrer, lui faire absorber ce mercure ? •

Quatre méthodes principales se présentent à votre choix. (Je dis principales, parce que chacune

FoxJHNlEJi. — Ti ni Icmenl de la Syphilis. j.^

d'elles comporte des variantes ou des annexes dont nous palperons en temps et lieu.) Ces quatre méthodes sont :

1° La méthode par iiigeslion (appelée encore méthode buccale ou stomacale), qui consiste à donner le mercure par la bouche, sous forme de pilules, de solutions, de sirops, etc.

1° La méthode par frictions, qui consiste à faire pénétrer le mercure par la surface de la peau, fortement frottée avec un composé mercuriel.

3° La méthode par injections hypodermiques^ qui se définit d'elle-même.

4° méthode par fumigations^ dans laquelle on fait absorber le mercure, sous forme de vapeurs, soit par la surfiice cutanée, soit par la voie pulmonaire.

De ces quatre méthodes laquelle allez-vous choisir?

J'ai reeret à entendre souvent des médecins expérimentés me dire : « Moi, je n'emploie le mercure que sous forme de frictions )) ; ou bien : (( Moi, je ne donne le mercure que par l'estomac » ; ou bien encore : « Moi, je ne mets plus en œuvre que les injections sous-cutanées, etc., etc. ». Eh bien, ou je me trompe fort, ou cet absolutisme, ces préférences exclusives pour tel ou tel mode d'administration du mercure sont aussi contraires que possible au véritable esprit médical.

Le bon sens, en effet, et l'expérience s'accordent sur ce point, qu'il n'est pas de règles à formuler en

MODES d'administration DU MERCURE.

pareille matière, et qu'il ne saurait y avoir rien d'absolu clans la préférence à donner à telle ou telle méthode. Et cela, pour la très simple et excellente raison qu'il n'est pas de méthode qui soit bonne à tout, qu'il n'est pas de méthode qui s'applique également et indistinctement à tous les cas.

Lé choix d'une méthode, d'un mode d'administration du mercure, doit être fait non pas sur des données théoriques et des conceptions de cabinet, mais bien d'après des indications cliniques relevant de conditions propres au malade, de circonstances afférenJes à la maladie, etc., tous éléments essentiellement variables et souvent impossibles à prévoir. Telle méthode, bonne ici, sera mauvaise là, et réciproquement. La meilleure sera celle que, d'abord, tolérera le malade, et qui, d'autre part, exercera une influence salutaire sur les manifestations morbides. Or, cette méthode meilleure que d'autres, nous ne la connaissons pas a priori; l'expérience seule nous la révèle. L'absolutisme n'est donc pas de mise en l'espèce, et le médecin véritablement jaloux des intérêts de son client abordera le traitement de la maladie sans esprit préconçu, sans plan invariablement déterminé à l'avanceil l'abordera, tout prêt au contraire à sacrifier ses préférences aux indications du cas particulier, tout prêt à abandonner sa méthode favorite pour telle autre qui pourra sembler mieux appropriée.

De cela faut-il vous fournir quelques exemples? Oui, puis.jue no^is voici sur le terrain de la pure

pratique et que rien n'est superflu pour la pratique.

D'abord, un cas grave, très grave, ne comportera pas la liberté du choix. Le plus vulgaire l)on sens indique qu'il y a nécessité, en vue de conjurer un danger imminent, de mettre en œuvre le procédé de mercurialisation le plus actif, le plus rapidement actif et le plus intense. C'est donc en pareil cas ce procédé qui s'impose, à l'exclusion de tout autre, et quels qu'en puissent être d'ailleurs les inconvénients. On ne discute pas avec une nécessité d'urgence.

Inversement, rien de grave n'est en question. Il s'agit seulement d'instituer un traitement courant, un traitement de longue haleine, un traitement (( par extinction », destiné à épurer une diathèse qui ne s'accuse actuellement par aucune manifestation sérieuse, qui même reste actuellement latente. Ne serait-ce pas un contresens pratique que d'aller faire choix, en telle situation, d'un traitement gênant, fastidieux, insupportable, exposant aux dangers de la stomatite, tel que la méthode par les frictions? A quoi aboutirait une pratique aussi malencontreuse, si ce n'est à dégoûter, à fatiguer le malade, qui bientôt n'aspirera qu'à se débarrasser d'une médication aussi importune?

Troisième exemple. Votre malade est un dyspeptique, un gastralgique ; ou bien c'est un sujet qui, pour un rien, prend la diarrhée. Lui prescrire le mercure par l'estomac ne ferait qu'exaspérer son

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intolérance gastro-intestinale. Ici, donc, force sera d'exclure la méthode par ingestion.

Autre éventualité des plus fréquentes. En certains cas ou complexes ou graves, il peut y avoir indication à faire feu de toutes pièces, c'est-à-dire à prescrire simultanément plusieurs agents thérapeutiques. Or, administrer tous ces remèdes à la fois par l'estomac serait inciter comme à dessein des symptômes d'intolérance gastrique. Donc, pour éviter une surcharge médicamenteuse de l'estomac, on aura soin, en pareil cas, d'administrer le mercure par les voies externes, en réservant la voie gastrique aux autres remèdes.

Viennent ensuite les indications dérivant de l'âge. Chez le tout jeune enfant, il y a toujours grand avantage à respecter l'intégrité des fonctions digestives, d'où dépend la vie, si vulnérable à cet âge. Les frictions conviennent donc mieux que la méthode par ingestion à cette période de l'existence.

Enfin, il n'est pas jusqu'à certaines considérations extra-médicales qui parfois n'imposent l'exclusion de telle ou telle méthode, d'ailleurs excellente en soi. Exemple : Un mari prend la syphilis et entend se traiter à l'insu de sa femme. Lui conseillerezvous la méthode des frictions, qui le dénoncerait tout aussitôt?

Et ainsi de suite.

De sorte, vous le voyez, que, pour des raisons aussi multiples que diverses, le choix d'une mé-

ihode d'administralion du mercure ne saurait être déterminé d'une façon générale, abstraite, théorique. Ce choix reste soumis à des nécessités de pratique, à des circonstances spéciales, à des considérations imprévues et tout individuelles. Tout est subordonné^ en l'espèce, aux indications du cas particulier^ et c'est à ces indications qu'il faut toujours obéir.

Cela posé, venons maintenant à l'étude des diverses méthodes qui servent à l'absorption du mercure.

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