MÉTHODE DES INJECTIONS MEHCURIELLES
L'aiguille aura une longueur d'environ quatre centimètres (parce qu'elle doit être enfoncée profondément dans les tissus, comme nous le verrons dans un instant) ; — elle sera faite d'un métal résistant et inoxydable (on préfère aujourd'hui le platine iridié); — elle sera bien acérée de pointe, etc.
IV. — Le manuel opératoire sera soumis aux règles de l'antisepsie la plus méticuleuse : purification des mains du médecin ; — lavage de la région sur laquelle doit être faite l'injection, et cela soit à l'eau phéniquée, soit à la lic|ueur de Van Swieten ; — lavage de la seringue avec l'alcool ou la solution phéniquée (quelques médecins conseillent même de la soumettre à l'ébullition); — flambage de l'aiguille, etc.
V. — Précaution majeure : l injection sera toujours faite profondément. Sur ce point tout le monde est d'accord. C'est, en eflet, un résultat d'expérience que, seules, les injections profondes, hardiment insérées loin du derme, sont bien tolérées; tandis que les injections superficielles, timidement déposées au voisinage du derme, et a fortiori les injections C[ui ne dépassent pas l'épaisseur de la peau, sont à la fois douloureuses et dangereuses. C'est d'elles surtout que procèdent les douleurs, les inflammations cutanées, les abcès, les sphacèles, etc.
Il faut donc, d'un coup brusque et rapide, traverser la peau, perpendiculairement à sa surface, cl plonger l'aiguille profondément, voire jusqu'à
la garde, de façon à déposer le liquide le plus loin possible de la face interne du derme.
Mais jusqu'où convient-il de conduire l'aiguille? Divergences d'opinions sur ce point. Pour les uns, il suffit que l'injection soit insérée profondément dans le panuicule cellulo-graisseux qui double la peau et, là, le plus loin possible de la peau. Mais d'autres, et en grand nombre aujourd'hui, veulent que l'injection soit plus profonde encore, qu'elle soit musculaire. Ainsi, quand l'injection est faite à la fesse, ils l'introduisent en plein muscle fessier. A l'appui de celte pratique ils invoquent trois ordres déraisons : i° L'injection musculaire, disentils, est moins douloureuse que l'injection sousdermique; — 2° elle produit moins de réaction inflammatoire que celle-ci; — 3° elle s'absorbe plus rapidement et sans laisser de traces. — Je reconnais que l'innocuité des injections musculaires a été généralement vérifiée par l'expérience; et cependant il ne m'est pas possible de rester sans quelque appréhension à leur sujet, étant données les conséquences sérieuses auxquelles pourrait aboutir, par le fait d'une faute opératoire dont persoinie n'est à l'abri, un phlegmon, puis une suppuration intra-musculaire. Si l'accident ne s'est pas encore produit, n'est-il pas de l'ordre de ceux qui pourraient se produire?
Yj, — Ce qui n'a pas moins d'imporlance, c'est le choix de la région à injecter. Très positivement il est des régions du corps lolérantes, comme il en
MÉTHODE DES INJECTIONS MERCUniELLES. 1'] l
est d'autres intolérantes pour les injections mercurielles. Cela ressort de l'expérience. Ainsi, les injections sont mal tolérées sur les mem])res, spécialement sur les bras où elles déterminent des douleurs de l'engourdissement, des symptômes d'hyperestliésie névralgiforme ; elles se montrent au contraire ])ien plus inoflensives sur le dos ou les fesses. Terrillon a vu ceci : des piqûres faites avec nue même solution déterminer, au niveau de la région supéro-interne des cuisses, des nodosités fréquemment suivies d'abcès, tandis que sur d'autres régions, telles que le dos et les lombes, elles ne produisaient aucun accident. Grefijcrg a même étal^li, pour les différentes parties du corps, une « écbelle de sensilDilité douloureuse aux injections » ; la nuque y figure au premier rang, et les fesses au dernier, comme la région la moins sensi])le, etc.
Eh bien, empiriquement, on est parvenu à déterminer certains districts anatomiques c|ui, en raison de leur tolérance, constituent de véritables sièges d'élection pour la méthode hypodermique. Ces sièges d'élection sont au nomlire de trois, à savoir :
1° La fossette rétro-trochantérienne^ ou point (le Smirnoff';
2' ensellure lombaire^ de chaque côté de la colonne vertébrale;
3° La région fessiére, au niveau du point de Galliot, point déterminé par l'intersection de deux lignes conventionnelles, l'une horizontale, passant à
deux travers de doigt au-dessus du grand Irochanter, et l'autre verticale, séparant le tiers interne de la fesse de ses deux tiers externes*.
Et, de ces trois régions, ce serait encore, paraîtil, la première à laquelle il conviendrait de donner la préférence; cela, en raison dé l'absence de pression à ce niveau dans toutes les altitudes, c'està-dire soit dans la position assise, soit dans le décubitus latéral ou dorsaP. En ce point, donc, la piqûre sera faite dans la dépression verticale qui longe en arrière le bord postérieur du grand trochanter\
VII. — Au lieu de faire l'injection, suivant le procédé usuel, avec la seringue armée, il y a avantage à procéder en deux temps, de la façon suivante :
Premier temps : on ponctionne avec l'aiguille; puis on attend quelques instants pour s'assurer
1. Ce poiat, d'après M. Galliot, serait l'endroit précis où la douleur et la réaction inflammatoire se réduisent à leur minimum. « Remarquable par l'absence de vaisseaux et de nerfs importants, il a été reconnu, après plusieurs milliers d'expériences, comme le plus favorable à la pratique des injections mercurielles » (Maclaud, Contrihution à f étude du trnilement de la sypliilis par les injections intramusculaires d" oxyde jaune. Thèses de liordeaux, 1890).
2. V. Daniel, Contril/ution à l'étude des accidents déterminés parles injections liypodermiijues et principalement par tes injections mercurielles^ Thèses de Paris, 1890.
3. L'injection faite, certains médecins pratiquent in s'tu un léger massage, et quelques-uns même un massage « énergique », en vue de dilTuser le liquide au sein des tissus. D'autres considèrent cette pratique comme inutile ou même nuisible. C'est là, je pense, un simple détail sans importance.
Pour tout pansement, on applique sur la piqûre une couche de coUodion riciné ou un petit disque d'emplâtre de Vigo.
INJECTIONS MEUCUniELLES SOLUBI.ES.
qu'il ne sort pas de sang-, c'est-à-dire qu'on n'a pas ouvert un vaisseau.
Second temps : on ajuste à frottement ou l'on visse la seringue sur l'aiguille, et on lance l'injection.
Cette manière de faire exclut le risque d'introduire dans un vaisseau soit la matière liquide de l'injection, soit des poudres insolubles pouvant jouer le rôle d'embolies,
VIII. — Il est indiqué de pousser lentement, très lentement, l'injection, en vue d'éviter une distension brusque, forcée, douloureuse, des tissus.
IX. Enfin, dans le cas où plusieurs injections doivent être faites sur la même région, on s'accorde sur une précaution à observer, à savoir celle d'espacer les piqûres, de les distancer de trois à quatre centimètres au moins, afin d'éviter l'irritation d'un ancien foyer par le voisinage d'un nouveau.
Méthode des injections solubles.
Cela dit sur la technique opératoire, venons maintenant à la méthode ou plutôt aux méthodes hypodermiques, puisque déjà, avons-nous dit, il en existe deux rivales.
L'une — celle qui est la plus usitée — consiste en ceci : une série d'injections, fréquemment ou même en général quotidiennement renouvelées,
FouRNiER. — Traiiemcnt de la Syphilis. ,3 '
avec un composé mercuriel soluble. Cl'est la méthode dite des injections solubles. Nous l'examinerons tout d'abord.
La plupart des composés mercuriels solubles (ou susceptibles d'être solubilisés par une combinaison quelconque) ont été utilisés pour cet ordre d'injections, et tous le seront vraisemblablement dans un avenir prochain. C'est ainsi qu'on a pratiqué tour à tour des injections hypodermiques avec :
le sublimé ' ;
le chloro-albuminale de mercure'";
les peptonates de mercure ' ;
le chlorure double de mercure et d'ammonium*;
, G. Lewin, îsote à TAcadémie de médecine, 7- -^'^ Ujdlang der Syplulh mit suhaU. Sublima.-injectloncn, Berlin i8by. Liégeois, Annales de dermat. et de sypiul., 1869-70. 1. H. Aaderson, The Lancel, 1870.
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M itriianon (Lyon, i88o), elc.
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cliloro-albuminense, Pans, 1873.
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de Paris, 1880. , , . „ ,qq.,
„c n,i!/,-tin "én de thérapeutique,
Mémoires de la Soc. méd. des l-P-'|88i, p.
Ibid., 1882, p. 70- — iS»*- ' •
k. Bloxam, The Lancel, 1888.
INJECTIONS WERCUIIIELLES SOLUBLES.
le bi-iodure, soluliilisë par l'iodure de potassium ^ ;
le bi-iodure en solution huileuse^; l'iodure double de mercure et de sodium ' • le cyanure de mercure*;
le formamide de mercure, hydrargyriun for^ mamidatiun ^ ;
le glycocole de mercure " ; Furée-mercure ' ;
le salicjlate de mercure solubilisé par le salicylate de soude ;
le benzoate de mercure solubilisé par le chlorure de sodium * ;
1. Aimé-Martin, Gazette des hôpitaux, 1868. — Bulletiu m-nn- de tlierap., 1869. °
2. Vibert, Des Injections intra-musculaires de mercure dans la thé rapeutiqiie oculaire. Thèse de Paris, 1892.